Le 3 octobre 1980, Viviane Simon-Bensoussan aurait pu se trouver à la synagogue de la rue Copernic. Ce vendredi soir-là, elle avait finalement pris le train pour rejoindre ses parents. Quarante-six ans plus tard, elle raconte le hasard d’une heure, l’angoisse d’un père et cette date qui ne l’a jamais quittée.
Mes parents avaient quitté Paris trois ans plus tôt et j’avais décidé, ce vendredi soir-là, comme régulièrement, de prendre un train Gare de l’Est pour aller passer le week-end chez eux.
Il m’arrivait souvent, pour retrouver des amis devenus ma famille parisienne de substitution, de me rendre, le vendredi soir, à la synagogue libérale de la rue Copernic.
Ce jour-là, j’avais prévenu mes parents que je n’irais pas. Et que, si finalement j’y allais, je prendrais un train une heure plus tard, ce qui m’obligerait à quitter l’office quelques minutes avant la fin…
À cette époque, pas de TGV, pas de téléphone portable. Le train mettait quatre heures trente.
J’avais dit que, si je prenais le second train, j’appellerais pour prévenir depuis la première cabine téléphonique sur mon chemin. Sinon, je n’appellerais pas.
Je n’y suis pas allée.
Je n’ai pas eu besoin de téléphoner.
J’étais dans le train.
La bombe a explosé quelques minutes avant la fin de l’office.
À 18 h 38.
À l’heure où j’aurais pu téléphoner…
Je n’oublierai jamais le visage décomposé de mon papa, venu m’attendre à l’arrivée sans savoir si j’étais dans le train ou si j’étais sortie quelques minutes avant la fin de l’office…
Je ne savais rien de ce qui s’était passé, mais j’ai compris que j’avais eu beaucoup de chance ce soir-là : ce n’était pas l’heure…
Ce fut le premier attentat antisémite perpétré sur le sol de ma France.
Une plaque a été apposée en mémoire des « victimes innocentes », pour reprendre, avec amertume, la phrase malheureuse et impardonnable du Premier ministre de l’époque, Raymond Barre.
Ne les oublions pas…
Le terroriste est toujours en liberté…
D’autres courent, à Paris, à Manchester…
Depuis, le terrorisme fait partie de notre vie.
Il y a eu le 11-Septembre, Toulouse, le 7-Octobre, et tant d’autres…
« Dispersez-vous », nous a-t-on enjoint à la sortie de la synagogue, la semaine dernière, après la Neïla…
Les temps sont sombres…


