Des cartes, des itinéraires, des objectifs, la disposition des forces de sécurité, jusqu’aux lieux où se trouvaient des civils. Les documents retrouvés après le 7-Octobre sur des assaillants du Hamas permettent de mesurer le degré de préparation de l’attaque. Trois ans après, HaBayta reprend les pièces disponibles et distingue ce qu’elles établissent de ce qu’elles ne permettent pas d’affirmer.
Au lendemain du 7 octobre 2023, parmi les armes, téléphones et équipements récupérés sur les assaillants tués en territoire israélien, apparaissent des papiers.
Des cartes.
Des plans.
Des ordres opérationnels.
À mesure qu’ils sont traduits et examinés, quelque chose devient visible : ceux qui ont franchi la frontière ce matin-là ne découvraient pas les localités israéliennes dans lesquelles ils entraient.
Ils disposaient, pour certaines d’entre elles, d’une connaissance extrêmement précise du terrain.
Kfar Aza, Nahal Oz, Alumim
Quelques jours après le massacre, NBC News obtient des documents et des cartes retrouvés sur les corps d’assaillants.
Ils concernent notamment Kfar Aza, Nahal Oz et Alumim.
Un autre ensemble porte sur Kfar Sa’ad.
Il ne s’agit pas seulement de cartes géographiques indiquant comment atteindre une localité.
Les documents organisent l’attaque.
À Kfar Sa’ad, deux unités distinctes doivent progresser depuis deux points de rassemblement différents. Le nombre de véhicules est précisé. Les itinéraires sont définis.
Des lieux civils apparaissent parmi les objectifs : une école, un centre de jeunesse, un réfectoire.
Les instructions prévoient également la capture d’otages et leur transfert vers Gaza.
Ce sont donc à la fois le terrain, la cible et la mission qui ont été préparés.
Mefalsim : connaître les défenses avant d’entrer
À Mefalsim, les documents retrouvés sont encore plus explicites.
CNN rapporte qu’ils comportaient des renseignements sur les moyens de défense de la localité, notamment le nombre d’hommes susceptibles de participer à sa protection.
Le Washington Post a pour sa part examiné un document opérationnel de quatorze pages, dont l’authenticité avait été confirmée au journal par les autorités israéliennes.
Le plan prévoit notamment une diversion à l’entrée principale pendant qu’une autre unité doit ouvrir une brèche ailleurs.
Il comporte des indications sur les accès, les déplacements à l’intérieur du kibboutz et la manière de neutraliser sa défense.
Les assaillants connaissaient donc non seulement où aller, mais également ce qu’ils risquaient de rencontrer en arrivant.
Ce matin-là, Mefalsim ne connaîtra pourtant pas le sort de plusieurs communautés voisines. Son équipe de sécurité parviendra à repousser une grande partie de l’attaque.
Le plan existait.
Son exécution ne s’est pas déroulée comme prévu.
Un plan pour Alumim
Tsahal annoncera également avoir retrouvé sur le corps d’un assaillant un plan détaillé visant le kibboutz Alumim.
L’armée indique avoir collecté dans les jours suivant le massacre des centaines de documents et de matériels : téléphones, moyens de communication, rapports de renseignement et ordres opérationnels.
Certains documents décrivent les différentes phases de l’attaque, les moyens de coordination entre unités et les procédures prévues pour l’enlèvement de civils.
Pris séparément, chacun de ces documents raconte une opération.
Pris ensemble, ils révèlent une méthode.
Ce que ces documents permettent d’établir
En 2024, la Commission d’enquête internationale indépendante des Nations unies est arrivée à une conclusion qui dépasse les seules sources israéliennes.
Après examen des éléments disponibles, elle considère que l’attaque du 7-Octobre était préméditée, préparée sur une période significative et caractérisée par un haut degré d’organisation et de coordination.
Human Rights Watch a également examiné vingt-six pages de documents présentés comme des documents de planification des Brigades al-Qassam, dont plusieurs cartes et des plans concernant notamment Sa’ad et Mefalsim.
Ces documents s’ajoutent aux vidéos des assaillants, aux communications, aux témoignages et à la simultanéité des offensives lancées sur de nombreux points.
Les cartes ne constituent donc pas, seules, la preuve de la préparation du 7-Octobre.
Elles en sont l’une des pièces matérielles.
Et ce qu’elles ne disent pas
Il faut aussi écrire ce que ces cartes ne permettent pas d’établir.
Elles prouvent l’existence d’un renseignement préalable extrêmement détaillé.
Elles ne permettent pas, à elles seules, d’en déterminer la provenance.
Dans les semaines suivant le massacre, des accusations ont notamment visé des travailleurs gazaouis qui avaient été employés en Israël, soupçonnés d’avoir transmis au Hamas des informations sur les localités.
HaBayta ne reprend pas cette affirmation comme un fait établi.
Ce que les documents permettent de dire suffit.
Le Hamas possédait avant l’attaque des renseignements concernant certaines localités, leurs accès, leurs défenses et des objectifs situés à l’intérieur.
Comment chacun de ces renseignements a été obtenu est une autre question.
Et une enquête sérieuse doit savoir maintenir cette frontière.
Avant 6 h 29
Le 7 octobre 2023, à 6 h 29, commence ce qui apparaîtra d’abord comme une attaque d’une ampleur inimaginable.
Les cartes racontent quelque chose d’antérieur.
Il y avait eu reconnaissance.
Il y avait eu renseignement.
Il y avait eu répartition des missions.
Il y avait eu désignation des objectifs.
Il y avait eu préparation des itinéraires, des moyens de transport, des brèches et des enlèvements.
Le 8 octobre, HaBayta publiait « 7-Octobre : ce que les corps ont établi » : ce que la médecine légale permet de connaître de ce qui fut fait aux victimes.
Les cartes racontent l’autre côté de la chronologie.
Ce qui avait été préparé avant que les tueurs n’entrent.
Sources : NBC News ; CNN ; The Washington Post ; Forces de défense israéliennes ; Commission d’enquête internationale indépendante des Nations unies ; Human Rights Watch.


