Depuis près de trois ans, Israël cherche à comprendre comment le 7-Octobre a été possible. Les enquêtes militaires ont établi l’ampleur d’un échec systémique. Une nouvelle enquête affirme désormais que Benjamin Netanyahou aurait personnellement reçu, une dizaine de jours avant le massacre, un avertissement du président émirati Mohammed ben Zayed concernant une opération majeure préparée par Yahya Sinwar. Le Premier ministre dément catégoriquement. Mais d’autres alertes, d’autres signaux, d’autres chaînes de transmission apparaissent désormais. HaBayta ouvre le dossier : qui savait quoi, quand — et qu’a fait chacun de ce qu’il savait ?
Mis à jour le 10 septembre 2026 à mesure de l’apparition de nouveaux éléments sur les alertes ayant précédé le 7-Octobre.
Il y a une question qui hante Israël depuis le 7 octobre 2023.
Comment cela a-t-il été possible ?
Pendant longtemps, cette question en contenait une autre : comment les services de renseignement, l’armée et le gouvernement d’un pays dont la sécurité constitue presque une raison d’État ont-ils pu ne pas voir venir une attaque d’une telle ampleur ?
Mais à mesure que les enquêtes avancent et que de nouvelles pièces apparaissent, la question se déplace.
Non plus seulement :
Pourquoi ne savait-on pas ?
Mais :
Que savait-on ?
Et surtout :
Qui savait quoi, quand, à qui l’information fut-elle transmise — et qu’a fait chacun de ce qu’il savait ?
C’est cette question que HaBayta ouvre aujourd’hui.
Non pour désigner à l’avance un coupable.
Mais parce que les éléments désormais disponibles rendent impossible de s’en tenir à l’idée d’une attaque surgie dans un désert informationnel.
Une attaque qui ne surgit pas de nulle part
Les enquêtes conduites par Tsahal après le massacre ont dressé un constat particulièrement sévère.
L’échec ne fut pas seulement celui d’un manque de renseignements.
Des informations existaient.
Des signaux existaient.
Des anomalies avaient été détectées.
Mais ces éléments ne furent ni correctement assemblés, ni correctement interprétés, ni transformés en alerte opérationnelle à la hauteur de la menace.
L’armée israélienne a identifié plusieurs défaillances majeures : une conception stratégique erronée du Hamas ; des échecs dans le renseignement ; le traitement insuffisant du plan d’attaque connu sous le nom de « Mur de Jéricho » ; des problèmes de culture organisationnelle ; une inadéquation entre la menace et le dispositif militaire ; enfin, les décisions prises — ou non prises — pendant la nuit du 6 au 7 octobre.
Le Shin Bet a lui aussi reconnu son échec.
Son enquête interne a conclu que l’organisation avait mal évalué les intentions du Hamas et n’avait pas suffisamment exploité certains signaux dont elle disposait.
Autrement dit :
le 7-Octobre ne fut pas seulement un échec de collecte de l’information. Il fut aussi un échec de compréhension de l’information disponible.
Cette distinction est essentielle.
Des avertissements bien avant octobre
Plusieurs avertissements avaient atteint le sommet politique israélien avant l’automne 2023.
Durant l’été, les responsables de la sécurité avaient alerté Benjamin Netanyahou sur le fait que la crise intérieure israélienne, les divisions du pays et l’érosion de sa cohésion étaient perçues par ses ennemis comme un affaiblissement.
Un document vient désormais préciser cette chronologie.
Un extrait, récemment autorisé à la publication par la censure militaire et révélé par Ronen Bergman dans Yedioth Ahronoth/Ynet, montre que le 23 juillet 2023, le général de brigade Amit Saar, alors chef de la division Recherche du renseignement militaire, avait adressé au sommet politique une alerte stratégique.
Cette analyse ne concernait pas seulement l’Iran et le Hezbollah. Elle intégrait également des signaux provenant d’un canal clandestin de communication avec le Hamas et évoquait plusieurs « mèches explosives » susceptibles d’embraser la région.
Ce document est important.
Mais il faut dire exactement ce qu’il établit — et ce qu’il n’établit pas.
Il démontre qu’une inquiétude stratégique incluant le Hamas avait été portée au niveau politique.
Il ne démontre pas que Netanyahou avait été averti d’une invasion massive de Gaza, encore moins du scénario ou de la date du 7-Octobre.
Confondre les deux reviendrait à écrire l’histoire à rebours.
Septembre : le « séisme »
À la mi-septembre, la nature des signaux semble changer.
Selon l’enquête de Shlomi Eldar et Ruth Yuval, Yahya Sinwar aurait, dans le contexte de négociations qui s’enlisaient avec Israël, adressé par l’intermédiaire de contacts palestiniens un message beaucoup plus inquiétant.
Il aurait parlé d’une « énorme surprise ».
D’une opération extraordinaire.
Et employé à plusieurs reprises un mot arabe :
zilzal.
Un séisme.
Pourquoi cette formulation ? Parce qu’Abu Zaida a bien déclaré le 18 septembre qu’il avait servi d’intermédiaire et que Sinwar lui avait demandé de transmettre un message à Israël. Mais c’est Shlomi Eldar qui l’a ensuite identifié publiquement comme « Coal Eyes » et qui lui rattache le détail du “zilzal”. Le 19 septembre, Abu Zaida a demandé qu’on ne lui attribue pas encore les détails publiés dans les médias israéliens avant son propre récit complet.
L’enquête Eldar-Yuval affirme que cette information finit par atteindre directement le Shin Bet à la mi-septembre.
Ronen Bergman, dans une enquête distincte pour Yedioth Ahronoth/Ynet, confirme lui aussi l’existence, à cette période, d’un renseignement très sensible attribué à Sinwar annonçant quelque chose susceptible de provoquer un « tremblement de terre ».
Des réunions urgentes auraient alors été organisées au sein du renseignement israélien.
Cette corroboration indépendante est importante.
Elle ne signifie pourtant toujours pas que les services israéliens comprirent ce signal comme l’annonce du scénario qui allait se réaliser le 7 octobre.
C’est même précisément là que réside l’un des nœuds du dossier.
Un signal transmis au Shin Bet — mais comment fut-il compris ?
La chaîne de transmission commence elle aussi à se préciser.
Selon i24NEWS, des informations provenant de Sinwar auraient transité par Soufian Abou Zaida, proche de Mohammed Dahlan et disposant de contacts à la fois avec des responsables du Hamas et avec un responsable du Shin Bet.
Elles auraient été communiquées aux services israéliens en septembre.
Mais un très haut responsable israélien du renseignement interrogé par i24NEWS relativise fortement la portée du signal.
Selon lui, celui-ci n’était pas « rouge vif ».
Tout au plus « rose ».
L’information était inquiétante, mais elle n’était ni suffisamment précise ni suffisamment opérationnelle pour permettre d’en déduire la préparation d’une invasion massive depuis Gaza.
La chaîne de transmission commence elle aussi à se préciser.
Selon i24NEWS, des informations provenant de Sinwar auraient transité par Soufian Abou Zaida, proche de Mohammed Dahlan et disposant de contacts à la fois avec des responsables du Hamas et avec un responsable du Shin Bet.
Elles auraient été communiquées aux services israéliens en septembre.
Mais un très haut responsable israélien du renseignement interrogé par i24NEWS relativise fortement la portée du signal.
Selon lui, celui-ci n’était pas « rouge vif ».
Tout au plus « rose ».
L’information était inquiétante, mais elle n’était ni suffisamment précise ni suffisamment opérationnelle pour permettre d’en déduire la préparation d’une invasion massive depuis Gaza.
Une nouvelle divergence apparaît désormais sur la manière dont le Shin Bet a traité ce signal. Shlomi Eldar affirme avoir interrogé, après les révélations d’Abu Zaida, un haut responsable du service. Selon cette source, le Shin Bet aurait informé le système de sécurité dès réception du message et recommandé à Benjamin Netanyahu une action préventive ainsi qu’un renforcement des défenses. L’enquête rapporte également que Ronen Bar aurait demandé à parler immédiatement au Premier ministre, puis qu’une consultation sécuritaire se serait tenue deux jours plus tard sans qu’aucune mesure concrète ne soit approuvée.
Mais une autre source israélienne donne une lecture différente. Un très haut responsable du renseignement, interrogé par i24NEWS, affirme que les informations reçues par le Shin Bet n’étaient « ni de nature à donner l’alerte, ni de grande qualité, ni opérationnelles » et qu’elles n’auraient donc provoqué aucune mesure particulière. À ce stade, ces deux récits reposent sur des sources anonymes. Aucun compte rendu officiel de la consultation, aucune recommandation écrite du Shin Bet ni aucune instruction gouvernementale correspondante n’ont été rendus publics. La question n’est donc plus seulement de savoir si un signal a été reçu, mais comment il a été qualifié et quelles recommandations précises ont effectivement été adressées au pouvoir politique.
Une autre version existe désormais. Shlomi Eldar affirme avoir interrogé un haut responsable du Shin Bet selon lequel le service aurait, dès réception du message, fait remonter l’information et recommandé à Benjamin Netanyahu une action préventive ainsi qu’un renforcement des défenses. Selon ce récit, Ronen Bar aurait demandé à parler rapidement au Premier ministre et une consultation sécuritaire se serait tenue deux jours plus tard.
À ce stade, ces deux récits ne peuvent être départagés. L’un, rapporté par i24NEWS, décrit un renseignement jugé insuffisamment précis et opérationnel pour constituer une véritable alerte ; l’autre, rapporté par Shlomi Eldar, affirme au contraire que le Shin Bet jugea le signal suffisamment préoccupant pour recommander des mesures. Dans les deux cas, les sources restent anonymes et aucun compte rendu officiel de la consultation ni aucune recommandation écrite du Shin Bet n’ont été rendus publics.
Le Hamas était encore largement considéré comme cherchant à obtenir des avantages économiques, des libérations de prisonniers et un assouplissement des conditions imposées à Gaza tout en évitant une guerre totale.
C’est là que le dossier devient particulièrement difficile.
Car une information peut avoir été reçue sans avoir été comprise.
Et la connaissance de ce qui s’est effectivement produit le 7 octobre risque aujourd’hui de transformer rétrospectivement chaque signe inquiétant en avertissement évident.
Il ne l’était pas nécessairement lorsqu’il fut reçu.
Elle fut donc analysée à travers les schémas intellectuels du moment.
C’est là que le dossier devient particulièrement difficile.
Car une information peut avoir été reçue sans avoir été comprise.
Et la connaissance de ce qui s’est effectivement produit le 7 octobre risque aujourd’hui de transformer rétrospectivement chaque signe inquiétant en avertissement évident.
Reste donc à établir non seulement comment ce signal fut compris lorsqu’il fut reçu, mais aussi quelles recommandations précises furent alors formulées — et quelles décisions politiques les suivirent, ou ne les suivirent pas.
L’alerte égyptienne
Une autre pièce est venue s’ajouter au dossier.
Selon la radio de l’armée israélienne, le Shin Bet avait également présenté à Benjamin Netanyahou une alerte reçue des services égyptiens selon laquelle le Hamas entendait « faire trembler le sol à Gaza ».
L’avertissement ne comportait, selon ces informations, ni date, ni cible, ni scénario opérationnel précis.
Ronen Bar l’aurait interprété, au moins en partie, dans le contexte des négociations autour des otages et des prisonniers, notamment du dossier de la chercheuse israélienne Elizabeth Tsurkov, alors détenue en Irak.
Si cette information est confirmée dans toutes ses composantes, elle pose une question considérable.
Non seulement :
l’alerte est-elle parvenue au pouvoir politique ?
Mais :
comment le service chargé de l’analyser l’a-t-il lui-même présentée au pouvoir politique ?
Car si le Shin Bet transmet une information à Netanyahou tout en lui donnant une interprétation qui n’envisage pas une invasion massive de Gaza, les responsabilités deviennent nécessairement plus complexes.
Puis vient l’affaire Mohammed ben Zayed
C’est ici que se produit le véritable bouleversement des derniers jours.
Selon l’enquête de Shlomi Eldar et Ruth Yuval, Mohammed ben Zayed, président des Émirats arabes unis, aurait téléphoné personnellement à Benjamin Netanyahou environ dix jours avant le 7-Octobre.
MBZ aurait été préoccupé par les messages attribués à Sinwar que son entourage avait recueillis.
Durant un échange d’environ quarante-cinq minutes, il aurait averti Netanyahou que Sinwar préparait une opération majeure susceptible d’entraîner un bain de sang, de déstabiliser la région et de mettre en danger les accords d’Abraham.
Selon ce récit, Netanyahou aurait répondu qu’Israël maîtrisait la situation à Gaza, que si le Hamas préparait quelque chose cela concernerait plus vraisemblablement la Cisjordanie, et qu’Israël était prêt à toute éventualité.
Si cet avertissement est établi dans les termes rapportés, il change évidemment de nature par rapport aux avertissements stratégiques précédents.
Il ne serait plus seulement question d’un Israël vulnérable.
Il serait question de Sinwar, du Hamas et d’une opération majeure en préparation.
Des corroborations apparaissent
L’enquête Eldar-Yuval n’est désormais plus seule à soutenir l’existence d’un avertissement venu des Émirats.
Le Times of Israel affirme avoir obtenu, indépendamment de Haaretz, la confirmation d’une source émiratie connaissant la conversation, selon laquelle Mohammed ben Zayed avait bien averti Benjamin Netanyahou lors d’un appel téléphonique qu’une attaque majeure du Hamas se préparait.
D’autres sources émiraties citées par des médias israéliens confirment qu’une alerte provenant d’Abou Dhabi avait été transmise à Israël.
Le 19 septembre, une source officielle émiratie citée par le quotidien d’Abou Dhabi The National a apporté une réponse plus précise : selon elle, les Émirats traitent les questions de sécurité avec les autres États par l’intermédiaire des organismes compétents et ne discutent pas de tels détails au niveau des dirigeants nationaux. Cette déclaration met directement en cause la version d’un avertissement personnel de Mohammed ben Zayed à Benjamin Netanyahu. Elle ne dément toutefois ni l’existence d’un renseignement concernant une action prochaine du Hamas, ni sa possible transmission à Israël par d’autres canaux. Elle entre par ailleurs en contradiction avec une source émiratie anonyme connaissant la conversation, qui avait auparavant confirmé au Times of Israel l’existence de l’appel et de l’avertissement. À ce stade, aucune pièce documentaire publique ne permet de trancher entre ces versions.
Il a déclaré ne pas commenter les conversations entre dirigeants tout en rappelant que les deux pays entretiennent des canaux directs et que les renseignements pertinents sont, lorsque nécessaire, communiqués entre leurs organismes.
Ce communiqué ne peut être présenté comme une confirmation de l’appel.
Mais il n’en constitue pas davantage le démenti.
Shlomi Eldar affirme par ailleurs que l’enquête menée avec Ruth Yuval ne repose pas seulement sur trois sources indépendantes, mais également sur un enregistrement et des documents concernant la conversation.
Ces pièces n’ont pas été rendues publiques.
Elles ne peuvent donc, à ce stade, être examinées ni authentifiées indépendamment.
Cette distinction doit rester absolue :
des journalistes affirment disposer d’une preuve matérielle ; la preuve matérielle elle-même n’est pas encore publique.
Burns, Bennett : des récits encore contradictoires
L’enquête affirme également que Mohammed ben Zayed aurait parlé après coup de son avertissement à William Burns, alors directeur de la CIA.
Certaines sources américaines indiquent effectivement que MBZ a évoqué auprès de Burns une conversation préalable avec Netanyahou.
Mais la nature du message reste disputée.
Une source américaine citée depuis décrit l’avertissement comme beaucoup plus général : MBZ aurait alerté Netanyahou sur le caractère explosif de la situation palestinienne plutôt que sur une offensive imminente du Hamas.
D’autres responsables de l’ancienne administration Biden disent n’avoir eu connaissance d’aucun avertissement émirati spécifique avant le 7-Octobre.
Cela ne prouve pas que la conversation n’exista pas.
Cela signifie simplement qu’aucune corroboration américaine publique ne permet encore d’en établir le contenu exact.
Naftali Bennett affirme de son côté que l’information publiée sur l’avertissement adressé à Netanyahou est vraie.
Il n’a pas expliqué publiquement sur quoi repose cette certitude.
Des médias israéliens ont rapporté qu’il aurait personnellement entendu le récit de MBZ ; le bureau de Bennett a contesté cette information.
Sa position doit donc être classée comme ce qu’elle est actuellement : une affirmation politique forte d’un ancien Premier ministre, mais non une preuve indépendante rendue publique.
Le démenti de Netanyahou est catégorique
Benjamin Netanyahou nie absolument avoir reçu cet avertissement.
Son bureau conteste même l’existence de la conversation avec Mohammed ben Zayed pendant la période indiquée.
La primature affirme avoir vérifié les relevés de communications ainsi que les registres correspondant aux procédures utilisées pour les échanges confidentiels avec le dirigeant émirati, sans trouver trace de l’appel décrit par l’enquête.
Elle souligne notamment que les conversations les plus sensibles entre les deux dirigeants passaient habituellement par un téléphone sécurisé apporté au bureau du Premier ministre par un représentant émirati.
Ces registres n’ont toutefois pas été rendus publics ni vérifiés par une instance indépendante.
L’ancien ministre Ron Dermer, l’un des collaborateurs les plus proches de Netanyahou et un acteur central des relations avec les Émirats, nie lui aussi qu’une telle conversation ait eu lieu.
À l’inverse, Yoav Gallant, ministre de la Défense au moment des faits, dit ne pas avoir été informé d’un tel avertissement, mais rappelle avoir découvert à plusieurs reprises, lorsqu’il était ministre, l’existence de conversations diplomatiques de Netanyahou dont il n’avait pas connaissance.
Gallant ne confirme donc pas l’appel MBZ.
Mais son témoignage interdit de considérer l’absence d’information des autres responsables israéliens comme une preuve suffisante de l’inexistence d’une conversation.
Nous sommes ici devant une contradiction factuelle majeure.
L’appel a-t-il eu lieu ?
Par quel canal ?
Que contenait-il exactement ?
Existe-t-il un enregistrement ?
Et qui possède les documents permettant enfin de trancher ?
Depuis la publication de l’enquête, ce volet a reçu une corroboration distincte : une source émiratie connaissant la conversation a confirmé au Times of Israel que Mohammed ben Zayed avait bien appelé Benjamin Netanyahu et qu’un avertissement concernant une action importante du Hamas lui avait été transmis. Cette confirmation demeure toutefois anonyme et ne constitue pas une reconnaissance officielle d’Abou Dhabi. Le ministère émirati des Affaires étrangères n’a ni confirmé ni démenti l’existence de l’appel, se bornant à rappeler que les Émirats et Israël disposaient de canaux directs et échangeaient, lorsque nécessaire, les renseignements pertinents. Le bureau de Netanyahu, de son côté, nie catégoriquement qu’un tel appel ait eu lieu avant le 7-Octobre et affirme que les vérifications effectuées dans ses relevés officiels n’en ont retrouvé aucune trace.
Le 1er octobre : encore une alerte ?
L’enquête Eldar-Yuval affirme qu’au 1er octobre 2023, Ronen Bar proposa de nouveau une action proactive contre le Hamas, pouvant aller jusqu’à frapper de hauts responsables de l’organisation.
Netanyahou n’aurait alors pris aucune décision immédiate.
Cette présentation est cependant contestée par son bureau, qui donne une lecture différente de cette réunion et affirme que le Shin Bet préconisait également des mesures destinées à maintenir le calme.
Là encore, l’enjeu ne consiste pas à choisir la version qui convient à une thèse politique.
Il consiste à obtenir les comptes rendus, les documents préparatoires et les témoignages contradictoires permettant de savoir ce qui fut réellement proposé et décidé.
Quatre façons de « savoir »
C’est peut-être ici que commence véritablement notre enquête.
Demander simplement :
« Netanyahou savait-il ? »
est insuffisant.
Il existe au moins quatre niveaux de connaissance.
Savoir qu’Israël était vulnérable.
Sur ce point, le sommet politique avait été averti.
Savoir que le Hamas préparait quelque chose.
Plusieurs éléments montrent désormais que des signaux attribués à Sinwar et au Hamas circulaient au sein du renseignement israélien.
Savoir qu’une offensive majeure depuis Gaza était envisagée.
C’est précisément à ce niveau que l’avertissement attribué à Mohammed ben Zayed pourrait devenir déterminant s’il est finalement établi dans les termes rapportés.
Savoir qu’une offensive allait avoir lieu le 7 octobre au matin, avec le scénario qui s’est effectivement produit.
À ce jour, aucun élément public suffisamment solide ne permet d’affirmer que Benjamin Netanyahou possédait cette connaissance précise avant le déclenchement de l’attaque.
Ces distinctions sont capitales.
Elles nous protègent de deux récits également simplificateurs :
« Netanyahou savait tout. »
Et :
« Personne ne pouvait savoir. »
Et Tsahal ? Et le Shin Bet ?
L’apparition de cette nouvelle question concernant le Premier ministre ne saurait effacer les responsabilités déjà reconnues au sein de l’appareil sécuritaire.
Tsahal a reconnu un échec historique.
Le Shin Bet a reconnu le sien.
Les renseignements militaires n’ont pas transformé l’ensemble des informations disponibles en une alerte correspondant à la menace réelle.
Le commandement Sud et la division de Gaza n’ont pas assuré la défense de la frontière.
Et pendant la nuit du 6 au 7 octobre, malgré plusieurs signes inhabituels, aucune modification du dispositif militaire n’a permis de préparer les forces à l’offensive qui commençait quelques heures plus tard.
Surtout, les nouveaux éléments montrent combien il serait réducteur d’opposer désormais un Premier ministre qui aurait « su » à des services qui n’auraient « pas su ».
Le Shin Bet semble lui-même avoir reçu certains signaux.
Il les a analysés.
Il en a transmis certains au pouvoir politique.
Et il ne les a manifestement pas interprétés comme l’annonce de l’offensive qui allait se produire.
C’est pourquoi recevoir une alerte, comprendre une alerte et agir à partir d’une alerte sont trois choses différentes.
La bataille des récits
Depuis le massacre, une bataille politique accompagne la recherche des responsabilités.
Benjamin Netanyahou affirme que les responsables sécuritaires ne l’ont pas suffisamment alerté et insiste aujourd’hui sur le fait qu’il n’aurait pas été réveillé assez tôt dans la nuit précédant l’attaque.
D’anciens responsables du renseignement et de l’armée rappellent les avertissements adressés au gouvernement.
Bennett et les principaux dirigeants de l’opposition accusent désormais directement Netanyahou.
Les enquêtes militaires établissent leurs propres défaillances.
Et surgit aujourd’hui l’hypothèse d’un avertissement personnel venu d’un dirigeant arabe allié d’Israël.
Dans ce contexte, le rôle du journalisme ne peut être de choisir le récit correspondant le mieux à ses préférences politiques.
Il consiste à reconstruire la circulation de l’information.
Qui possédait quelle information ?
À quelle date ?
Avec quel degré de fiabilité ?
À qui fut-elle transmise ?
Comment fut-elle interprétée ?
Et quelle décision en résulta ?
Ou n’en résulta pas.
Responsabilité n’est pas connaissance absolue
La responsabilité politique ne suppose pas nécessairement que le chef du gouvernement ait connu à l’avance le plan exact de l’ennemi.
La responsabilité opérationnelle n’est pas non plus celle du Premier ministre : ce n’est pas lui qui commande une division à la frontière ni qui interprète chaque renseignement tactique.
Mais la responsabilité politique comporte une autre question :
qu’avez-vous fait des informations qui vous sont parvenues et de l’autorité qui vous avait été confiée ?
La même question, adaptée à leurs fonctions respectives, doit être posée aux responsables du Shin Bet, d’Aman, de Tsahal et aux différents échelons du commandement.
C’est pourquoi la recherche d’un responsable unique serait probablement la manière la plus sûre de ne pas comprendre le 7-Octobre.
Ce que nous savons désormais — et ce que nous ignorons encore
Depuis la première publication de cet article, les informations nouvelles renforcent une hypothèse devenue centrale :
les semaines ayant précédé le 7-Octobre furent moins marquées par une absence totale d’alertes que par leur dispersion, leur degré variable de précision, leur qualification incertaine et l’incapacité collective à comprendre ce qu’elles pouvaient annoncer.
En revanche, une question majeure demeure ouverte.
L’avertissement personnel attribué à Mohammed ben Zayed constitue-t-il le chaînon qui aurait pu changer toute l’analyse ?
Plusieurs sources distinctes affirment aujourd’hui qu’une alerte émiratie a existé.
Une source du Times of Israel affirme explicitement que MBZ a personnellement prévenu Netanyahou.
Les auteurs de l’enquête disent disposer d’un enregistrement et de documents.
Mais Netanyahou et Ron Dermer nient l’existence de l’appel.
Le gouvernement émirati refuse de confirmer ou de démentir publiquement.
Et les pièces matérielles annoncées ne sont toujours pas accessibles.
Le dossier n’est donc pas clos.
Il commence.
HaBayta ouvre le dossier
Nous ne savons pas encore si l’avertissement attribué à Mohammed ben Zayed sera définitivement établi.
Nous ne savons pas encore ce que révéleraient l’enregistrement et les documents dont Shlomi Eldar affirme disposer.
Nous ne savons pas encore si d’autres archives permettront de reconstruire entièrement les dernières semaines — puis les dernières heures — précédant le massacre.
Mais suffisamment d’éléments existent désormais pour poser la question autrement.
Le 7-Octobre ne peut plus seulement être raconté comme l’histoire d’un pays qui n’avait rien vu venir.
Il faut désormais reconstruire :
ce qui fut vu,
ce qui fut entendu,
ce qui fut transmis,
ce qui fut compris —
et ce qui ne le fut pas.
HaBayta ouvre ce dossier et le tiendra à jour.
Non pour distribuer avant l’enquête les certificats de culpabilité ou d’innocence.
Mais pour reconstruire une question dont Israël ne pourra pas faire l’économie :
Qui savait quoi ?
Quand l’a-t-il su ?
À qui l’a-t-il transmis ?
Et qu’a-t-il fait de ce qu’il savait ?



Bel et fondamental article. Merci.
La catastrophe est le résultat, avant tout, de l etat d esprit défaitiste insufflé par une hiérarchie largement infectée de wokisme qui se préoccupe avant tout du bien être de l ennemi.
Les envois de cerf volants incendiaires restèrent sans réponse, le meurtre à bout portant d un soldat resta sans réponse, les incendies et provocations diverses et variés restèrent sans réponse car les patrons de la défense du pays pensaient comme des militants de gauche au lieu de penser comme des militaires en guerre.une fois pour toute Israël n est pas le Danemark et nos voisins ne sont pas des suédois : nous survivons au milieu de peuples arriérés qui violent et tuent à chaque fois que l occasion leur en est offerte. Il suffit de regarder comment les islamistes syriens ont genocidé leurs voisins druzes en quelques jours en toute spontanéité !