De passage en Normandie, Thierry Amouyal rencontre un Français qui apprend qu’il vit en Israël. Quelques questions suivent, toutes simples : la guerre, les voisins, les élections, le président. Une conversation sans éclats ni slogans, qui ne prouve rien — sinon peut-être qu’au-delà du vacarme, il reste des gens qui veulent simplement comprendre.
Lors de mon récent périple français, mes pas me conduisirent en Normandie. L’occasion me fut donnée d’échanger avec un Normand du cru.
Ce sympathique représentant d’une France qu’on dit « profonde » m’interpella avec curiosité lorsqu’il apprit que j’étais israélien.
— Quelle est la situation en Israël ? fut sa première question.
— Très stable, répondis-je instantanément : nous sommes 8 millions de Juifs qui essayons de survivre sur une superficie équivalente à celle de deux départements français, entourés de quelque 450 millions d’Arabes sur un quasi-continent !
— Je comprends bien. Et comment s’établissent vos relations avec vos voisins ?
— Disons que l’échelle des dangers est assez large : de ceux qui nous haïssent passivement à ceux qui entrent chez nous pour violer et égorger, en passant par ceux qui se contentent de nous bombarder.
— Oui, je comprends ce que vous exprimez. Et les élections ? Pensez-vous que Netanyahou puisse repasser ?
Mon interlocuteur ayant dépassé les 75 ans, je tentai une comparaison :
— Notre système électoral ressemble davantage à celui de votre IVe République qu’à celui de la Ve. Tout dépendra donc de la majorité qui pourra se constituer à la sortie des urnes. Le parti de Netanyahou est désormais sérieusement concurrencé : rien n’est certain.
— Oui, je comprends mieux. Et le président ? Il est aussi dénué de pouvoir que le nôtre avant 1958 ?
— C’est un peu cela, même si le président Herzog n’hésite pas à s’exprimer régulièrement.
— Merci pour vos explications. Me voilà un peu éclairé. Je vous souhaite un bon retour chez vous.
Ce bref échange ne constitue évidemment ni un sondage ni une photographie de l’opinion française. Il m’a pourtant rappelé quelque chose que j’avais déjà observé lors de précédents séjours.
Derrière le fracas des déclarations politiques, des manifestations et des réseaux sociaux, il existe aussi une France beaucoup moins bruyante. Une France qui pose des questions avant de prononcer des sentences. Qui ne connaît pas nécessairement Israël, son système politique ou les réalités de sa géographie, mais qui veut comprendre.
Et parfois, quelques chiffres suffisent à changer la perspective.
Huit millions de Juifs dans un minuscule territoire au milieu d’un immense environnement arabe : cela ne résume évidemment ni l’histoire du Proche-Orient ni ses conflits. Mais cela permet peut-être de comprendre quelque chose de ce sentiment de vulnérabilité qui accompagne l’existence israélienne depuis sa naissance.
Je ne sais pas ce que pensait de nous ce Normand avant notre conversation. Je sais seulement qu’il m’a interrogé, qu’il m’a écouté et qu’il m’a souhaité « un bon retour chez vous ».
Chez vous.
Ces deux mots-là m’ont suffi.


