Au lendemain de l’affaire du vol Flydubai FZ1073, Palestinian Media Watch revient sur un discours récent de Mahmoud Abbas et sur une émission historique de la télévision officielle de l’Autorité palestinienne. À l’écran : plusieurs grandes figures de la lutte armée palestinienne, parmi lesquelles Leïla Khaled, qui participa à deux opérations de détournement d’avion. Une plongée dans la mémoire officielle que l’Autorité palestinienne continue de transmettre.
Alors que le monde suivait avec stupeur l’incident survenu à bord du vol Flydubai à destination de Tel-Aviv, une page ancienne de l’histoire du terrorisme aérien revenait à la mémoire : les détournements d’avions menés, à partir de la fin des années 1960, par plusieurs organisations palestiniennes.
Or les auteurs et organisateurs de certaines de ces opérations demeurent aujourd’hui des figures célébrées dans le récit officiel palestinien, affirme Palestinian Media Watch.
Lorsque les dirigeants d’un pays évoquent leurs « pères fondateurs », l’expression renvoie généralement aux personnalités auxquelles ils rattachent l’histoire de leur nation.
Mahmoud Abbas, lui, vient de rendre hommage à ceux qu’il appelle les « frères fondateurs » du mouvement palestinien.
Et avant de citer ces figures du passé, il a salué les « martyrs », les « prisonniers » et les « blessés » palestiniens.
Lors de la première session du récent Conseil révolutionnaire du Fatah, le président de l’Autorité palestinienne a déclaré :
« Vive le mouvement Fatah ! Gloire et éternité à nos purs martyrs, liberté à nos braves prisonniers et prompt rétablissement à nos blessés. Qu’Allah ait pitié de nos martyrs et des frères fondateurs, au premier rang desquels le dirigeant et symbole, le martyr Yasser Arafat, ainsi que les dirigeants Khalil al-Wazir, Salah Khalaf, Farouq al-Qaddoumi, Khaled al-Hassan, Abu Yusuf al-Najjar, Abu Ali Iyad, Abu Sabri et les autres frères et dirigeants qui ont conduit la voie de la révolution depuis le tout premier instant du lancement du mouvement. »
Télévision officielle de l’Autorité palestinienne, 11 septembre 2026.
Parmi les hommes cités par Mahmoud Abbas figurent plusieurs responsables directement associés à des attentats et opérations armées contre des civils israéliens.
Khalil al-Wazir, dit Abu Jihad, cofondateur du Fatah et adjoint de Yasser Arafat, dirigea son appareil militaire. Il est notamment associé à la préparation de nombreuses opérations, parmi lesquelles l’attaque de la route côtière de 1978, au cours de laquelle 37 Israéliens furent tués, dont 12 enfants.
Salah Khalaf, dit Abu Iyad, autre fondateur du Fatah et dirigeant de Septembre noir, est associé à la préparation de l’attentat des Jeux olympiques de Munich de 1972, qui se termina par la mort de onze membres de la délégation israélienne.
Abu Yusuf al-Najjar, membre du Comité central du Fatah et du Comité exécutif de l’OLP, occupa également des responsabilités au sein de Septembre noir et fut lié à l’opération de Munich.
Abu Ali Iyad dirigea à partir de 1966 les opérations militaires du Fatah et fut associé à plusieurs attaques menées dans les années 1960.
Pour Palestinian Media Watch, le discours de Mahmoud Abbas s’inscrit dans une continuité : celle d’une mémoire officielle dans laquelle des hommes impliqués dans des attentats continuent d’être présentés comme des figures fondatrices.
Et à la télévision palestinienne : Leïla Khaled
PMW en donne un autre exemple.
Une nouvelle émission historique de la télévision officielle de l’Autorité palestinienne, The Road to the Homeland, s’ouvre sur une succession d’images retraçant l’histoire palestinienne.
Parmi les personnalités montrées apparaît Leïla Khaled, membre du Front populaire de libération de la Palestine.
Le 29 août 1969, elle participa au détournement du vol TWA 840.
Un an plus tard, le 6 septembre 1970, elle tenta avec Patrick Argüello de détourner le vol El Al 219 reliant Amsterdam à New York.
Cette seconde opération échoua.
Le commandant de bord refusa d’ouvrir la porte du cockpit et effectua une manœuvre brutale destinée à déséquilibrer les deux assaillants.
Patrick Argüello ouvrit le feu et blessa grièvement le chef steward Shlomo Vider. Il fut ensuite mortellement touché par un agent de sécurité israélien présent à bord.
Leïla Khaled fut maîtrisée.
L’avion effectua un atterrissage d’urgence à Londres, où elle fut remise aux autorités britanniques.
Elle fut libérée le 1er octobre 1970 dans le cadre d’un échange lié aux otages détenus par le FPLP.
Dalal Mughrabi, George Habash, Abu Iyad…
Le générique de l’émission montre également Dalal Mughrabi, qui dirigea l’attaque de la route côtière en 1978.
Trente-sept Israéliens, parmi lesquels douze enfants, furent tués.
Apparaissent encore George Habash, fondateur du Front populaire de libération de la Palestine ; Nayef Hawatmeh, dirigeant du Front démocratique de libération de la Palestine ; Yasser Arafat et Salah Khalaf — Abu Iyad.
Une photographie montre aussi un enfant lançant des pierres pendant la première Intifada.
Puis vient une autre image.
Yasser Arafat.
Mahmoud Abbas.
Bill Clinton.
Yitzhak Rabin.
La pelouse de la Maison-Blanche.
La signature des accords d’Oslo en 1993.
Mais Palestinian Media Watch relève un détail : cette photographie n’apparaît qu’à la fin du générique et pendant une fraction de seconde.
À l’inverse, les portraits de Leïla Khaled et de Dalal Mughrabi restent chacun environ trois secondes à l’écran, tout comme certaines photographies de Yasser Arafat avec George Habash ou Salah Khalaf.
Pour Itamar Marcus, ce choix de montage n’est pas anodin.
Il y voit une hiérarchie de la mémoire : la lutte armée occupe le premier plan ; Oslo et l’image du processus de paix passent fugitivement à l’arrière-plan.
Les « frères fondateurs »
Yasser Arafat fut le fondateur du Fatah, président de l’OLP puis de l’Autorité palestinienne. Il reçut en 1994 le prix Nobel de la paix avec Yitzhak Rabin et Shimon Peres après les accords d’Oslo. Son rôle exact dans le déclenchement et la conduite de la seconde Intifada reste historiquement discuté. Palestinian Media Watch lui attribue, pour sa part, une responsabilité directe dans la campagne de violences des années 2000-2005.
Khalil al-Wazir — Abu Jihad fut l’un des fondateurs du Fatah et l’adjoint de Yasser Arafat. Il dirigea l’appareil militaire de l’organisation et fut associé à la préparation de nombreuses attaques.
Salah Khalaf — Abu Iyad fut l’un des fondateurs du Fatah, adjoint d’Arafat et dirigeant de Septembre noir. Il est notamment associé à l’opération de Munich en septembre 1972.
Farouq al-Qaddoumi, également cofondateur du Fatah, fut secrétaire général de son Comité central et dirigea le département politique de l’OLP. Il est mort en 2024.
Khaled al-Hassan — Abu Said fut cofondateur du Fatah et proche conseiller de Yasser Arafat. Il siégea au Comité exécutif de l’OLP puis présida la commission des relations extérieures du Conseil national palestinien.
Abu Yusuf al-Najjar fut l’un des fondateurs du Fatah, membre de son Comité central et du Comité exécutif de l’OLP. Il occupa également des responsabilités au sein de Septembre noir.
Abu Ali Iyad prit en 1966 la direction des opérations militaires du Fatah et fut associé à plusieurs attentats et opérations armées.
Leïla Khaled, membre du FPLP, participa au détournement du vol TWA 840 en 1969 puis à la tentative contre le vol El Al 219 en septembre 1970.
George Habash fonda le Front populaire de libération de la Palestine, organisation responsable de nombreux attentats et détournements d’avions.
Nayef Hawatmeh est le dirigeant du Front démocratique de libération de la Palestine, organisation à laquelle ont été attribuées plusieurs attaques meurtrières contre des civils israéliens.
Pour Itamar Marcus, le rapprochement entre ces images et les paroles prononcées par Mahmoud Abbas est révélateur.
D’un côté, les « martyrs », les « prisonniers » et les « frères fondateurs ».
De l’autre, à peine entrevue, l’image d’Oslo.
Son analyse est sans ambiguïté : malgré ses engagements répétés en faveur de la « réforme », l’Autorité palestinienne continue de transmettre un récit dans lequel des auteurs ou organisateurs d’actions terroristes demeurent des modèles et des figures fondatrices.
Et c’est précisément ce que montre, selon lui, ce générique de quelques secondes : la mémoire que l’on choisit de montrer dit aussi l’histoire que l’on choisit de transmettre.
Itamar Marcus | Palestinian Media Watch | 1er octobre 2026
Source : Itamar Marcus, Palestinian Media Watch, 1er octobre 2026. Traduction et adaptation française : Habayta. Les appréciations et conclusions attribuées à Itamar Marcus et à Palestinian Media Watch sont celles de leur auteur.



Peu d israeliens se font encore des illusions sur ce mahmoud abbas et sa pseudo " autoritė " , je pense que les differents gouvernement procrastinent a ce sujet en se disant qu il maitrise vaguement les terroristes et que c est mieux que le chaos.
Je ne fais absolument pas cette analyse qui me rappelle le laxisme avec lequel nous avons traité le hamas et le hezbollah , il faut decider , agir et imposer notre loi ce qui permettra de trouver d autres interlocuteurs chez les arabes lorsque NOUS aurons pris nos positions et pourquoi pas marcher vers un arrangement global.
Comme en France depuis 40 ans , les divers gouvernements israeliens menagent en permanence les extremistes , empechant ainsi un leadership arabe serieux d emerger