À l’époque de l’affaire Dreyfus, l’antisémitisme s’affichait à visage découvert. Aujourd’hui, observe Jacques Frojmovics, il avance volontiers sous d’autres noms. De Léon Blum aux controverses contemporaines, il interroge les mots qui permettent parfois de dissimuler de vieux préjugés sous des habits neufs. Avec cette ironie qui lui appartient, il finit par réclamer aux antisémites une vertu inattendue : le courage de se nommer.
Abonnés absents
Je lis dans une biographie
intéressante
de Léon Blum
que ce jeune homme
brillant, beau causeur,
poète, coqueluche des salons,
a découvert l’antisémitisme
lors de l’affaire Dreyfus.
En tant que haut fonctionnaire,
il a essayé de rester
« neutre ».
Comme tant de ses collègues
coreligionnaires.
Dans un esprit républicain,
tout le monde est réputé
égal devant la loi.
Mais voilà.
Durant cette période,
l’antisémitisme était
clairement affiché.
Dans la presse,
à l’extrême droite,
mais aussi à l’extrême gauche,
dans certains milieux catholiques.
Moins chez les protestants.
Peu à l’université.
Ouf !
Un air de déjà-vu ?
Au moins, à cette époque,
les antisémites
n’étaient pas
aux abonnés absents.
De nos jours,
je ne parviens plus
à débusquer
un antisémite.
On utilise des synonymes.
Moins encombrants.
Plus chics.
Plus corrects
politiquement.
Des antisionistes, par contre,
à la pelle.
Sous Staline,
c’était
l’anti cosmopolitisme.
Et puis, au fil de notre histoire,
d’autres mots,
d’autres habits :
l’antiracisme,
l’anticolonialisme,
l’antifascisme…
Il y en a
pour tous les goûts.
De vrais synonymes.
Au moins,
quand on nomme
clairement le mal,
on peut en parler.
Allez, les antisémites…
Un peu de courage !



