Elle avait entrepris de comprendre l’une des machines les plus fondamentales du vivant : le ribosome. Longtemps regardée comme une rêveuse, Ada Yonath en révéla la structure et le fonctionnement, ouvrant notamment de nouvelles voies dans la lutte contre la résistance aux antibiotiques. Prix Nobel de chimie en 2009, la scientifique israélienne est morte le 31 août à 87 ans. Un souvenir personnel pour saluer une chercheuse immense — et une femme qui n’avait rien perdu de sa simplicité. Par Daniel Sarfati
Ça n’est pas parce que l’on a su déchiffrer le vivant que l’on ne peut pas mourir.
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Le vivant, c’est aussi le ribosome, cette petite structure cellulaire qui traduit l’information portée par l’ARN messager et permet la fabrication des protéines.
Ada Yonath, dans son petit laboratoire de l’Institut Weizmann, à Rehovot, était parvenue à cristallographier le ribosome et à en décrire la structure et le fonctionnement.
Pour cette découverte fondamentale, elle avait obtenu le prix Nobel de chimie en 2009.
Elle est morte hier, à l’âge de 87 ans.
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Ada Yonath est née à Jérusalem, en 1939, dans le quartier pauvre de Geoula. Son père tenait une makolet, une petite épicerie.
« Nous vivions à Jérusalem dans un appartement de quatre pièces partagé par trois familles.
Nous étions très pauvres.
Mon père avait une petite épicerie. Il est mort quand j’avais onze ans. J’avais une sœur encore très jeune. Nous avions très peu d’argent pour vivre, il a donc fallu que je travaille. J’ai tout fait : passer le balai, faire la vaisselle, donner des cours particuliers, garder les enfants… »
Douée d’une grande intelligence et d’une formidable mémoire, Ada Yonath se pose cette question dès le début de ses études :
« Comment les protéines sont-elles produites dans les cellules ? »
Au départ, personne ne prend au sérieux l’objet de ses recherches.
« Lorsque j’ai découvert le fonctionnement du ribosome, j’ai sauté de joie.
Et j’ai été contente que ceux qui me traitaient de folle, d’idiote ou de rêveuse se rangent de mon côté, parce que je suis un être humain et que c’est agréable d’être reconnu. »
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Il y a une dizaine d’années, j’ai eu la chance d’assister à un congrès médical à Jérusalem sur la résistance aux antibiotiques.
Ada Yonath donnait une conférence sur l’action des antibiotiques sur le ribosome.
Un exposé clair et limpide qui me donnait l’impression d’être aussi intelligent qu’elle.
Je suis allé la voir après la conférence.
Un petit bout de bonne femme, pleine d’énergie, d’une grande modestie, pas plus haute qu’un ribosome.
Elle a répondu à toutes mes questions sur l’élaboration de nouveaux antibiotiques grâce à la connaissance de la structure et du fonctionnement des ribosomes.
Puis elle m’a encouragé à « revenir à la maison ».
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Ada Yonath, merci pour tout.
Que sa mémoire soit bénie.
Daniel Sarfati



