Paul Bensussan vient d’être désigné pour participer à l’expertise psychiatrique de Patrick Bruel. Son nom n’est pas inconnu. Il fut l’un des trois psychiatres dont l’expertise conclut, dans l’affaire Sarah Halimi, à l’abolition du discernement de Kobili Traoré. Une conclusion aux conséquences judiciaires immenses : l’assassin de Sarah Halimi n’a jamais été jugé par une cour d’assises.
Il y a des noms qui, lorsqu’ils réapparaissent dans un dossier judiciaire, charrient avec eux une histoire.
Celui du psychiatre Paul Bensussan est de ceux-là.
Les juges d’instruction de Nanterre qui enquêtent sur Patrick Bruel viennent de le désigner, avec un second expert, afin de procéder à l’expertise psychiatrique du chanteur. Cette désignation est déjà contestée : plusieurs avocates de parties civiles ont demandé sa récusation, estimant que certaines de ses prises de position publiques posent la question de la neutralité attendue d’un expert judiciaire.
Mais pour beaucoup de Français, et singulièrement pour ceux qui ont suivi l’affaire Sarah Halimi, le nom de Paul Bensussan renvoie à une autre expertise.
Une expertise qui a compté.
Le 4 avril 2017, Sarah Halimi, 65 ans, médecin retraitée, est battue puis précipitée du balcon de son appartement parisien par Kobili Traoré, qui avait notamment crié « Allah Akbar ».
La justice reconnaîtra le caractère antisémite du crime.
Mais Kobili Traoré ne sera jamais jugé.
Pourquoi ?
Parce que la justice retiendra finalement que son discernement était aboli au moment des faits.
Or Paul Bensussan appartient précisément au collège de trois psychiatres — avec le professeur Frédéric Rouillon et le docteur Élisabeth Meyer-Buisan — mandaté après une première expertise réalisée par le psychiatre Daniel Zagury. Bensussan l’a lui-même rappelé sous serment devant la commission d’enquête parlementaire consacrée à l’affaire Sarah Halimi.
Et la divergence entre les experts fut décisive.
Daniel Zagury avait conclu à une altération du discernement de Kobili Traoré.
La nuance paraît technique.
Elle ne l’était pas.
Une altération du discernement n’efface pas la responsabilité pénale : elle permet un procès.
L’abolition, elle, conduit à l’irresponsabilité pénale.
Devant les parlementaires, Paul Bensussan reconnaîtra d’ailleurs explicitement cette divergence avec Zagury : même diagnostic d’un état psychotique aigu, même reconnaissance de la dimension antisémite du geste, mais désaccord sur ses conséquences médico-légales.
La suite appartient désormais à l’histoire judiciaire française.
En avril 2021, la Cour de cassation confirma définitivement l’irresponsabilité pénale de Kobili Traoré.
Il n’y eut donc jamais de procès Sarah Halimi.
Jamais de cour d’assises.
Jamais ce moment public où un accusé répond des faits qui lui sont reprochés devant les proches de sa victime et devant la société.
Ce point est essentiel.
Il ne s’agit évidemment pas de prétendre qu’un expert décide seul d’une décision judiciaire. Ce sont les magistrats qui jugent. Plusieurs expertises psychiatriques ont été réalisées dans l’affaire Halimi et Paul Bensussan travaillait au sein d’un collège de trois médecins.
Mais les expertises psychiatriques peuvent peser de façon considérable sur la qualification de la responsabilité pénale.
Et celle-ci a pesé.
Voilà pourquoi la désignation de Paul Bensussan dans l’affaire Patrick Bruel n’est pas une information anodine.
Elle ne permet évidemment de présumer ni du contenu de sa future expertise, ni de la culpabilité ou de l’innocence de Patrick Bruel, qui bénéficie, comme tout mis en examen, de la présomption d’innocence.
Elle autorise en revanche une question parfaitement légitime :
qui sont les experts auxquels la justice confie une part aussi considérable de son appréciation des hommes et de leur responsabilité ?
Et lorsque l’un de ces experts a participé à une expertise dont les conséquences judiciaires ont profondément marqué le pays, son passé d’expert appartient lui aussi à l’information.
Paul Bensussan revient aujourd’hui dans un dossier majeur.
Pour ceux qui ont encore en mémoire Sarah Halimi, son nom, lui, n’est jamais vraiment parti.




Pour avoir eu le douloureux privilège d'être en contact permanent avec la famille de Sarah Halimi, Lucie Attal de son vrai nom, lors de la procédure, persiste le regret de constater que mes Confrères français en charge de la défense de Sarah n'ont pas demandé la récusation de l'expert Bensussan. Pour quelle raison ?
Une étrange coïncidence faudrait explorer le CV de cet expert