Le 21 octobre 2026, la cour d’appel de Paris examinait le dossier de Warda Anwar, poursuivie pour plusieurs vidéos publiées après les massacres du 7 octobre 2023. Des propos tournant en dérision les victimes israéliennes, une présentation du Hamas comme mouvement de défense des Palestiniens et des déclarations sur une prétendue « chasse aux sionistes » étaient au cœur des débats. Le parquet général a requis un alourdissement des peines. Le BNVCA et plusieurs associations étaient représentés parmi les parties civiles.
Apologie du terrorisme et provocation à la haine : la cour d’appel de Paris rendra sa décision le 19 novembre 2026.
Trois vidéos au cœur de la procédure
En novembre 2023, quelques semaines après les massacres perpétrés par le Hamas en Israël, Warda Anwar diffusait plusieurs vidéos sur les réseaux sociaux.
Dans l’une d’elles, elle tournait en dérision le récit, alors largement relayé, d’un bébé israélien qui aurait été placé dans un four.
Elle déclarait notamment :
« À chaque fois que je tombe sur l’histoire du bébé qui a été mis dans le four, je me pose la question de savoir s’ils ont mis du sel, du poivre, du thym. »
Dans une autre vidéo, elle contestait la qualification terroriste du Hamas, le décrivant comme un mouvement politique doté d’une branche armée et défendant, selon elle, les Palestiniens.
Enfin, commentant les violences survenues le 30 octobre 2023 à l’aéroport de Makhatchkala, au Daghestan, où une foule avait pris pour cible des passagers soupçonnés d’être israéliens, elle déclarait :
« Là, la chasse aux sunnistes, aux sionistes pardon, est ouverte. Et on ne peut pas dire que ce n’est pas mérité. »
La position des parties civiles
À l’audience du 21 octobre, les parties civiles ont soutenu que ces propos ne relevaient pas de la simple provocation ou d’une ironie maladroite.
Selon leur argumentation, la dérision des victimes, la minimisation du caractère terroriste des attaques du Hamas et la présentation favorable de cette organisation contribuaient à atténuer la réprobation suscitée par les massacres du 7 octobre.
Elles ont également dénoncé les propos relatifs à une « chasse aux sionistes », qu’elles considèrent comme une provocation à la violence.
Le BNVCA et l’Organisation juive européenne (OJE) étaient représentés par Mes Muriel Ouaknine-Melki et Oudy Bloch.
Avocats sans frontières (ASF) et l’AIJJ étaient représentés par Mes Karine Rozenblum et Aude Weill-Raynal.
Des réquisitions aggravées en appel
Selon le compte rendu communiqué des débats, le parquet général a demandé la confirmation des condamnations et un alourdissement des peines.
Pour l’apologie du terrorisme, concernant deux vidéos :
Douze mois d’emprisonnement assortis d’un sursis probatoire, contre dix mois en première instance ;
Cinq ans d’inéligibilité ;
Six mois de restriction d’accès aux réseaux sociaux ;
Confirmation de la confiscation, avec rejet de la demande de restitution.
Pour la provocation à la haine, concernant une troisième vidéo :
Dix mois d’emprisonnement avec sursis, contre cinq mois en première instance.
En première instance, Warda Anwar avait expliqué que son ironie avait été mal interprétée.
Absente lors de l’audience d’appel, elle était représentée par son avocat.
Une décision attendue le 19 novembre
Il appartient désormais à la cour d’appel de déterminer si les infractions sont constituées et de fixer, le cas échéant, les sanctions.
Au-delà de cette procédure, l’affaire pose une question essentielle : où se situe la frontière entre la liberté d’expression, y compris lorsqu’elle choque, et l’apologie du terrorisme ou la provocation à la haine ?
Pour les associations parties civiles, les propos litigieux ont franchi cette frontière.
La décision de la cour d’appel de Paris est attendue le 19 novembre 2026.
Maître Oudy Bloch
Sources complémentaires : Communiqué de l'OJF, 21 octobre 2026 ; Calendrier de l'Association de la presse judiciaire.
Pour info: Warda A. a été condamnée à dix mois de prison avec sursis le 6 décembre 2023 pour apologie du terrorisme, puis à cinq mois avec sursis le 8 avril 2025 pour provocation à la haine. Il s'agit donc de deux condamnations distinctes examinées en appel.
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