En janvier, Alain Finkielkraut désignait LFI comme le seul parti antisémite de France. En février, il qualifiait de « résiduel » l'antisémitisme au RN. En octobre, il appelle à la « plus extrême vigilance » envers ce dernier. Revirement, contradiction ou simple exigence de lucidité ? Lecture de trois déclarations qui méritent d'être rapprochées.
Il arrive qu’une seule phrase, au détour d’un entretien, mérite davantage d’attention que tout ce qui la précède.
Dans Le Figaro du 10 octobre 2026, interrogé par Alexandre Devecchio sur les propos antisémites attribués à Jordan Bardella, Alain Finkielkraut conclut :
« J’en conclus que la plus extrême vigilance doit être de mise vis-à-vis du Rassemblement national, même dédiabolisé. »
La phrase mérite qu’on s’y arrête.
Car le 20 janvier dernier, sur le plateau de C à vous, le philosophe affirmait qu’il existait en France un seul parti antisémite, « passionnément antisémite » : La France insoumise.
Un mois plus tard, sur RTL, il précisait : « C’est au Rassemblement national que l’antisémitisme peut être dit résiduel. »
Ces déclarations avaient le mérite de la netteté. Peut-être aussi le défaut des formulations trop définitives.
Que s’est-il passé depuis ?
Les révélations de Mediapart sur des propos attribués à Jordan Bardella, que celui-ci conteste, ont apporté de nouveaux éléments au débat.
Finkielkraut juge ces propos « épouvantables ». Il y reconnaît non seulement un préjugé antisémite, mais une vision du monde fondée sur la puissance supposée des Juifs. Et il ne s’en tient pas à l’argument de la jeunesse de Bardella. Il évoque ses fréquentations ultérieures, notamment Frédéric Chatillon.
D’où cet appel à la plus extrême vigilance.
Est-ce un revirement ? Non.
Finkielkraut ne retire rien de ses accusations contre La France insoumise. Dans le même entretien, il revient sur les déclarations de Jean-Luc Mélenchon. Il rappelle également que Marine Le Pen et Jordan Bardella ont participé à la marche contre l’antisémitisme de novembre 2023.
Il ne renonce donc pas à la distinction qu’il établit entre les deux formations politiques.
Mais quelque chose a peut-être bougé.
En janvier, le mot « seul » semblait refermer la question. En février, l’adjectif « résiduel » paraissait réduire le danger à ce qui subsistait d’un passé largement révolu.
En octobre, Finkielkraut rappelle que la dédiabolisation ne saurait dispenser de la vigilance.
On relèvera d’ailleurs une tension dans son propos : il commence par dénoncer les investigations journalistiques dans les conversations privées, au point d’évoquer une « Stasi médiatique ». Mais il prend néanmoins suffisamment au sérieux les propos ainsi révélés pour formuler cette mise en garde.
Ce n’est pas nécessairement une contradiction. C’est peut-être simplement la difficulté de tenir ensemble deux exigences : contester certaines méthodes d’investigation et ne pas détourner le regard des faits qu’elles mettent au jour.
Il s’agit de refuser qu’une comparaison devienne une dispense d’examen.
Finkielkraut ne s’est pas amendé au sens où il aurait reconnu une erreur. Il n’a pas désavoué ses positions antérieures.
Mais il a prononcé une phrase qui invite à les relire autrement.
Peut-être est-ce cela, le plus intéressant : non qu’il ait changé de camp, mais qu’il ait laissé revenir une inquiétude là où semblait s’être installée une certitude.
Une conviction, même solidement étayée, ne devrait jamais dispenser de regarder les faits qui la dérangent.
Sarah Cattan
Sources : Alain Finkielkraut, entretien avec Alexandre Devecchio, Le Figaro, 10 octobre 2026 ; C à vous, France 5, 20 janvier 2026 ; Le Journal inattendu, RTL, 21 février 2026.
Voici les trois liens, dans l’ordre chronologique, pour permettre aux lecteurs de retrouver les déclarations d’Alain Finkielkraut.
1. Le 20 janvier 2026 — C à vous, France 5
« Il y a un parti antisémite en France, un seul, et passionnément antisémite […] : c’est La France insoumise. »
Voir l’entretien du 20 janvier. Citation également retranscrite par Acrimed.

Action Critique Médias
2. Le 21 février 2026 — RTL, Le Journal inattendu
« C’est au Rassemblement national que l’antisémitisme peut être dit résiduel. »
Voir et écouter l’extrait RTL — déclaration vers 2 min 50.

Vidéo Dailymotion
3. Le 10 octobre 2026 — Le Figaro, entretien avec Alexandre Devecchio
« J’en conclus que la plus extrême vigilance doit être de mise vis-à-vis du Rassemblement national, même dédiabolisé. »
Lire Le Figaro du 10 octobre 2026 — rubrique Débats, entretien intitulé « La contestation lycéenne, une révolte hors sujet ».






Alain Finkielkraut n'est pas notre boussole morale, évidemment pas concernant Israël où il se trompe avec une remarquable constance, mais pas non plus sur la France et l'antisémitisme.