Elle revient sur une scène parisienne ce soir et demain. Golda Meir, incarnée par Valérie Zarrouk dans le seul-en-scène de Michel Lengliney mis en scène par Steve Suissa. HaBayta a souhaité entendre l’actrice et le metteur en scène. Nous attendons leurs voix. Mais il nous semblait impossible de laisser passer ces deux soirées sans nous arrêter, déjà, devant cette femme dont l’Histoire n’a jamais tout à fait fini de prononcer le nom.
Il y a des personnages historiques que le temps éloigne. Et puis il y a ceux que l’Histoire, brusquement, ramène parmi nous.
Golda Meir est de ceux-là.
On croyait connaître la silhouette. Les cheveux tirés, le visage sans apprêt, le sac à main devenu presque un attribut de fonction, cette façon de ne jamais paraître impressionnée par la solennité que les autres mettaient autour d’elle. Une femme à laquelle la légende a fini par donner un surnom commode : la « dame de fer » d’Israël.
Mais le fer ne dit rien d’une vie. Il ne dit pas l’enfant née à Kiev, l’émigrée de Milwaukee, la pionnière, la militante sioniste, l’épouse, la mère. Il ne dit pas davantage ce que coûte une existence lorsqu’elle finit par se confondre avec le destin d’un pays.
Et surtout, il ne dit pas 1973. Car il est impossible aujourd’hui de regarder Golda Meir sans rencontrer, tôt ou tard, la guerre de Kippour.
Une attaque surprise. Un pays saisi au jour le plus sacré de son calendrier. Des renseignements disponibles et pourtant insuffisamment compris. L’impensable qui, soudain, advient. Puis les morts. La guerre. Les commissions. Les questions. Et cette interrogation que les démocraties posent à leurs dirigeants après les catastrophes : qui savait ? Qui aurait dû savoir ? Qui est responsable ?
Depuis le 7 octobre 2023, ces mots ont changé de poids. Voilà peut-être pourquoi Golda revient aujourd’hui avec une force particulière. Non parce que 1973 serait 2023. L’Histoire ne bégaie jamais aussi docilement qu’on le voudrait. Les circonstances, les ennemis, les responsabilités ne sont pas interchangeables.
Mais certaines questions, elles, traversent le temps: que doit un dirigeant à son peuple lorsque l’État n’a pas su le protéger ? Peut-on n’être coupable d’aucune faute précise et porter pourtant la responsabilité d’un désastre ? Que devient la solitude du pouvoir lorsque viennent les morts ? Et comment un pays recommence-t-il à se regarder après avoir découvert que ce qu’il croyait impossible était possible ?
C’est peut-être là que le théâtre peut faire quelque chose que ni le tribunal de l’Histoire ni le commentaire politique ne savent accomplir tout à fait: rendre un visage à celui que nous avions transformé en statue.
Ce soir 8 septembre et demain 9 septembre, à l’Espace Rachi à Paris, Valérie Zarrouk sera seule en scène dans Appelez-moi Golda, texte de Michel Lengliney, mis en scène par Steve Suissa.
Seule, mais avec toutes les Golda: celle des commencements et celle du pouvoir. Celle de la détermination et celle du doute. Celle que l’on admire et celle que l’on juge. Celle que l’Histoire a consacrée et celle qu’elle n’a jamais cessé d’interroger.
HaBayta a demandé à rencontrer Valérie Zarrouk et Steve Suissa.
À elle, nous voudrions demander ce que cela signifie d’habiter Golda : de lui prêter son corps, sa voix, ses silences ; et ce que trois saisons passées avec elle ont fini par déplacer en soi.
À lui, nous voudrions demander ce que cela signifie de mettre Golda en scène : comment humaniser une figure historique sans l’absoudre ; comment faire du théâtre avec l’Histoire sans la falsifier ; et si l’on peut encore mettre en scène 1973 de la même manière depuis le 7-Octobre.
Nous attendons leurs réponses.
En attendant, il y a ce soir une actrice qui entrera en scène. Et pendant soixante-dix minutes, une femme morte depuis près d’un demi-siècle reviendra nous poser des questions auxquelles, manifestement, nous n’avons pas fini de répondre.
Appelez-moi Golda.
Il se pourrait qu’en 2026 nous ayons, plus que jamais, besoin de l’appeler.





