Le 17 septembre, à Tel-Aviv, se tiendront les premières Assises des Israéliens francophones. À leur veille, Serge Siksik pose pour HaBayta une question qui dépasse largement l’organisation de l’Alyah : Israël sait-il seulement accueillir ceux qui reviennent, ou sait-il leur permettre d’y rester, d’y vivre et d’y construire leur avenir ? Car une Loi du retour ouvre une porte. La Klita, elle, doit permettre de bâtir la maison.
Il existe des moments où une société doit accepter de regarder plus loin que l’urgence du lendemain. Israël vit depuis plusieurs années dans l’urgence : la guerre, la sécurité, les fractures intérieures, le coût de la vie, le logement, l’éducation, la santé. Tout semble prioritaire parce que tout, parfois, paraît urgent.
Et pourtant, au milieu de ces urgences, il existe une question qui touche à la raison même pour laquelle cet État existe : sommes-nous encore capables de donner à ceux qui veulent nous rejoindre, les moyens d’y construire véritablement leur vie ?
Le 17 septembre prochain, à Tel-Aviv, les Assises des Israéliens francophones voudront poser cette question sans faux-semblants.
Car l’Alyah ne peut plus être seulement une affaire de billets d’avion, de célébrations à l’arrivée, de discours ministériels et de drapeaux agités à l’aéroport Ben-Gourion. Faire venir est une promesse. Intégrer est la responsabilité qui commence lorsque la photo est terminée.
Cette responsabilité est devenue plus lourde encore.
Dans de nombreux pays, l’antisémitisme n’est plus un souvenir honteux que l’on croyait relégué aux marges de l’Histoire. Il revient dans les rues, les universités, les réseaux sociaux, parfois dans le discours politique. Des Juifs qui pensaient leur avenir définitivement enraciné ailleurs recommencent à se poser une question que leurs parents, leurs grands-parents et, avant eux, tant de générations avaient dû se poser : où mes enfants pourront-ils vivre pleinement comme Juifs ?
Cette question traverse près de 58 siècles d’histoire juive. Nous avons connu les royaumes et les exils, les expulsions et les émancipations, les âges d’or et les persécutions. Nous avons appris toutes les langues sans jamais oublier totalement la nôtre, habité presque toutes les terres sans cesser de prononcer le nom de Jérusalem. Et après cette vertigineuse traversée du temps, une révolution s’est produite : pour la première fois depuis des siècles, le Juif qui cherche sa maison n’est plus condamné à demander à un autre peuple la permission d’y entrer.
C’est toute la puissance de la Loi du retour adoptée dès 1950 par la première Knesset sous l’impulsion de David Ben-Gurion. Elle n’est pas une disposition administrative parmi d’autres. Elle inscrit dans le droit israélien une promesse historique essentielle : tout Juif doit pouvoir retrouver sa place dans la maison nationale du peuple juif.
Mais une loi peut ouvrir une porte ; elle ne suffit pas à construire une vie derrière cette porte.
Israël doit évidemment dire à ceux qui s’interrogent : ici.
Mais il doit avoir le courage d’ajouter : nous devons rendre cet “ici” possible.
Nous ne voulons pas vendre du rêve. Israël est un pays magnifique et difficile. On peut y éprouver une fraternité extraordinaire et une solitude immense. On peut embrasser le sol en arrivant et, quelques mois plus tard, se heurter à la langue, à l’administration, au logement, à l’emploi, au système scolaire, au coût de la vie.
Une Alyah réussie ne se mesure donc pas au nombre de personnes qui arrivent. Elle se mesure au nombre de celles qui, dix ans plus tard, peuvent dire : ici, j’ai construit ma maison.
Après vingt siècles à espérer pouvoir revenir, nous n’avons pas le droit de laisser ceux qui reviennent se demander s’ils pourront rester.
C’est pourquoi la Klita devrait cesser d’être considérée comme un dossier sectoriel. Elle est une manière de penser Israël.
Car que faut-il pour réussir l’intégration de centaines de milliers de nouveaux Israéliens ? De meilleures écoles. Une santé plus accessible. Des logements abordables. Des démarches administratives simplifiées. Des emplois adaptés aux compétences. Des transports efficaces. Une lutte réelle contre la vie chère. Une attention nouvelle à l’environnement et à la qualité de vie.
Autrement dit, améliorer Israël pour ceux qui arrivent, c’est améliorer Israël pour ceux qui y vivent déjà.
Voilà peut-être le renversement que nous devons provoquer : ne plus demander seulement ce que l’État peut faire pour l’Alyah, mais comprendre ce que l’Alyah peut obliger Israël à améliorer en lui-même.
Et cette responsabilité n’appartient pas seulement au gouvernement.
Elle est aussi la nôtre, nous qui sommes déjà ici.
À ceux qui hésitent encore en France ou ailleurs, nous devons parler vrai. Ne pas dissimuler les difficultés. Ne pas transformer Israël en brochure touristique. Mais raconter également ce qu’aucune statistique ne peut mesurer : la sensation de ne plus être spectateur de l’Histoire juive mais d’y participer ; voir ses enfants parler hébreu ; vivre le calendrier juif non plus dans l’intimité d’une communauté, mais au rythme d’un pays entier.
Après 58 siècles d’histoire, faire son Alyah n’est pas sortir de l’Histoire : c’est entrer autrement dans sa continuité.
Nous devons rassurer sans mentir, encourager sans enjoliver, accueillir sans juger.
Et nous devons exiger de nos responsables politiques qu’ils prennent enfin la mesure de l’enjeu. La sécurité demeurera évidemment la première obligation d’un État confronté à ceux qui veulent sa disparition. Mais défendre Israël, ce n’est pas seulement protéger ses frontières. C’est donner envie au peuple juif d’y construire son avenir.
Enfin, il faudra accomplir tout cela ensemble.
Religieux, laïcs, traditionalistes. Séfarades, ashkénazes. De droite, du centre ou de gauche. Français d’hier, Israéliens depuis trente ans ou olim descendus de l’avion il y a trois semaines.
Nous n’avons pas besoin de devenir semblables pour devenir solidaires.
J’aime cette idée parce qu’elle rejoint une conviction ancienne : un peuple n’est pas un chœur dans lequel toutes les voix chantent la même note. De Moïse à Bach, ce qui donne sa puissance à une œuvre n’est pas l’uniformité, mais la capacité de voix différentes à produire une harmonie sans perdre leur singularité.
Israël a précisément besoin de cela.
Nos différences ne sont pas nécessairement des fractures. Elles peuvent devenir des forces, à condition de cesser de vouloir nous convaincre les uns les autres avant d’accepter de construire ensemble.
C’est le sens de ces Assises du 17 septembre initiées par Smart Klita et son président David Ankri.
Non pas une réunion supplémentaire. Non pas un colloque où chacun repartira avec ses certitudes.
Mais peut-être le commencement d’une exigence collective : placer l’Alyah et la Klita au cœur du prochain projet national israélien.
Car au moment où tant de Juifs dans le monde s’interrogent de nouveau sur leur avenir, nous portons une responsabilité singulière. Après 58 siècles pendant lesquels nos ancêtres ont transmis une appartenance, une mémoire et l’espérance du retour, notre génération possède ce dont ils ont si longtemps rêvé : un État, une souveraineté, une Loi du retour et une maison.
Il nous reste maintenant à faire en sorte que ceux qui franchissent sa porte puissent réellement y vivre.
Une maison assez forte pour nous protéger, assez juste pour nous accueillir, assez fraternelle pour nous retenir, et assez diverse pour nous rassembler sans jamais nous demander de nous ressembler.
Les premières Assises des Israéliens francophones
Jeudi 17 septembre 2026 — 19 h 30
Centre communautaire Reich — 106 Arlozorov, Tel-Aviv




