La FINUL prépare son départ du Sud-Liban. L’Union européenne annonce une mission de soutien aux institutions libanaises, mais sans reprendre les fonctions d’interposition de la force onusienne. Pour Israël, la question reste entière : qui empêchera le Hezbollah de reconstituer ses capacités militaires au sud du Litani ? Francis Moritz examine les limites du dispositif européen, le bilan de la FINUL et les conditions d’une sécurité durable à la frontière nord de l’État hébreu.
L’ONU met fin au mandat opérationnel de sa force militaire au Liban. L’Union européenne prépare une assistance aux institutions libanaises, sans reprendre l’interposition ni garantir la sécurité du nord d’Israël. Derrière l’annonce diplomatique apparaît la portée limitée de l’engagement européen. Israël a créé une zone de sécurité dans le Sud-Liban afin de protéger sa frontière nord et ses citoyens, tout en cherchant à affaiblir le Hezbollah. Mais après des décennies de présence de la FINUL, une question demeure : qui empêchera le retour de la menace ?
Une mission européenne, pas une nouvelle FINUL
Le 12 octobre 2026, le Conseil de l’Union européenne a décidé de créer EUSM Lebanon, une mission de soutien aux institutions libanaises dotée d’un mandat initial de trois ans. Elle comportera deux piliers : militaire, pour conseiller et former les forces armées ; civil, pour accompagner les forces de sécurité intérieure. Les domaines concernés comprennent la surveillance des frontières, la sécurité maritime, la lutte contre la contrebande, la cybercriminalité et la sécurité portuaire. Une décision distincte doit encore autoriser son lancement après achèvement de la planification opérationnelle.
L’annonce ne signifie donc pas qu’une force européenne est déjà constituée et prête à se déployer. Les contributions nationales et les modalités opérationnelles restent à préciser.
Les effectifs envisagés, de l’ordre de 150 personnes, correspondent à une mission d’assistance. Selon les informations publiées par Euronews, celle-ci ne serait pas déployée dans le Sud-Liban. Elle n’aurait ainsi ni le format ni les fonctions d’une force d’interposition.
Israël n’est pas partie prenante de cette mission entre l’Union européenne et le Liban. Celle-ci ne constitue pas un arrangement de sécurité conclu entre les deux voisins et ne donne aux Européens aucune autorité sur les décisions militaires israéliennes.
Présenter cette initiative comme le remplacement de la FINUL entretient donc une confusion. L’Europe propose de renforcer les capacités libanaises au moment où la force onusienne prépare son départ. Elle ne reprend pas sa mission.
Le départ de la FINUL et son bilan
Le calendrier doit être clairement établi. La résolution 2790 du Conseil de sécurité fixe la fin du mandat opérationnel de la FINUL au 31 décembre 2026. Son retrait doit ensuite s’effectuer progressivement dans un délai d’un an. Tous les Casques bleus ne quitteront donc pas le Liban au premier jour de 2027.
Ce départ impose un bilan.
La FINUL a assuré des fonctions de liaison, de surveillance et d’accompagnement humanitaire. Ses personnels ont travaillé dans des conditions dangereuses, avec une liberté de mouvement régulièrement contestée. Ces activités ont eu une utilité, notamment pour les populations civiles.
Elles ne compensent cependant pas l’échec de l’objectif sécuritaire central : empêcher l’enracinement militaire du Hezbollah dans le sud du pays. Cet échec est d’autant plus lourd que le dispositif mobilisait plusieurs centaines de millions de dollars par an.
Le problème dépasse le comportement de tel contingent. Il concerne l’écart entre les objectifs proclamés, les moyens effectivement utilisables, les entraves rencontrées sur le terrain et la volonté politique des États concernés.
La responsabilité première des attaques demeure celle du Hezbollah. Il reste néanmoins légitime d’examiner la responsabilité politique et opérationnelle d’un dispositif international qui n’a pas empêché la constitution de la menace qu’il devait contribuer à contenir.
La France, engagée dans cette mission collective, ne peut davantage transformer sa participation future à une opération de formation en réponse aux insuffisances du dispositif précédent.
Le Litani, ligne de crédibilité
La référence géographique essentielle est le Litani.
La résolution 1701 prévoit qu’entre la Ligne bleue et ce fleuve, il ne doit exister ni personnels armés, ni équipements militaires, ni armes autres que ceux du gouvernement libanais et de la FINUL. La résolution 2790 réaffirme cet objectif et encourage notamment les activités de recherche de tunnels et de caches d’armes.
Cette exigence concerne le dispositif militaire du Hezbollah : combattants, arsenaux et infrastructures. Elle ne signifie pas exclure les habitants selon leurs opinions ou leur appartenance politique.
Pour les populations du nord d’Israël, l’enjeu est concret. Une frontière apparemment calme ne constitue pas une garantie si peuvent se reconstituer, à proximité, les moyens d’une nouvelle attaque.
La crédibilité de toute transition se mesurera donc à une question : qui empêchera effectivement le retour de ces capacités entre la frontière et le Litani ?
Former l’armée libanaise peut contribuer à cette réponse. Cela ne garantit pas qu’elle disposera de l’autorité politique et de la liberté d’action nécessaires pour l’imposer.
Le contrôle des frontières, aussi nécessaire soit-il, ne résout pas à lui seul le problème des arsenaux déjà présents et des structures militaires clandestines.
La zone de sécurité israélienne, une réalité incontournable
L’Europe intervient dans une situation déjà transformée par Israël.
Au nom de la protection de ses populations du Nord, Israël maintient une présence militaire dans une partie du Sud-Liban, qu’il présente comme une zone de sécurité. Dans une déclaration officielle du 28 juin 2026, les autorités israéliennes ont annoncé que leurs forces y resteraient pour détruire les infrastructures du Hezbollah et éliminer les menaces contre les localités du Nord.
Ce contrôle de fait ne constitue pas une souveraineté reconnue sur le territoire libanais. Il représente néanmoins une donnée centrale de toute discussion sur la sécurité régionale.
L’accord-cadre trilatéral du 26 juin, conclu sous égide américaine, organise un processus de rétablissement de l’autorité libanaise et de redéploiement progressif des forces israéliennes, associé à la vérification du désarmement des groupes non étatiques et du démantèlement de leurs infrastructures.
Washington a ainsi intégré la présence israélienne dans un dispositif de transition conditionnelle. Cela ne revient pas à reconnaître une zone israélienne permanente. Cela signifie, en revanche, que le retrait est envisagé dans un processus lié à des garanties de sécurité.
L’affaiblissement du Hezbollah peut aussi bénéficier à la souveraineté libanaise. Réduire sa capacité militaire autonome permettrait à l’État de reprendre la maîtrise de décisions jusqu’ici largement confisquées : quand combattre, contre qui et à quel prix pour la population.
Ce bénéfice potentiel ne doit pas masquer les destructions, les déplacements et les difficultés du retour des habitants. Il dépendra du passage effectif d’un contrôle militaire israélien à une autorité libanaise capable d’empêcher le réarmement.
C’est sur cette transition que l’assistance européenne pourrait avoir une utilité. Elle ne peut en garantir seule l’aboutissement.
Le Hezbollah face à l’autorité de l’État
La récente affaire des explosifs illustre la difficulté.
Les autorités libanaises ont saisi un véhicule transportant, selon les informations relayées par l’AFP, 250 kilogrammes de TNT et autant de C4. Le Hezbollah a reconnu que le chargement lui appartenait et en a réclamé la restitution, affirmant qu’il était destiné à ses opérations contre Israël. Cette destination demeure sa déclaration, non une conclusion indépendante de l’enquête.
L’enjeu dépasse la saisie elle-même. Une organisation armée revendique des explosifs et demande à l’État de les lui rendre, alors que celui-ci cherche précisément à imposer son monopole sur les armes.
Les formateurs européens peuvent améliorer les procédures, la surveillance et les compétences. Ils ne peuvent résoudre à la place des autorités libanaises cette contradiction fondamentale.
L’assistance étrangère ne produira des résultats durables que si elle s’appuie sur une décision politique effectivement applicable. Une armée mieux formée reste limitée si le pouvoir civil ne peut lui permettre d’agir.
L’Allemagne, partenaire militaire d’Israël
Certaines sources laissent entendre qu’une participation allemande à la mission européenne pourrait conduire à une confrontation avec Israël. Cette hypothèse n’est étayée par aucun élément concret dans les sources examinées.
Le texte allemand à l’origine de cette lecture évoque une mise « en contradiction » avec les forces israéliennes. Transformer cette formule en scénario de confrontation militaire constitue une extrapolation.
Elle néglige surtout le renforcement de la coopération entre les armées allemande et israélienne.
Le 20 février 2026, le général Christian Freuding, chef de l’armée de terre allemande, et le général Nadav Lotan, commandant des forces terrestres israéliennes, ont signé un accord portant sur les doctrines, la formation, le développement professionnel, les personnels et les capacités. Le partage des enseignements opérationnels occupe une place importante dans ce rapprochement.
Cette coopération n’exclut pas des désaccords diplomatiques. Elle interdit toutefois de présenter une présence allemande au Liban comme annonçant mécaniquement un affrontement avec Tsahal.
La question crédible est celle de la coordination des missions, des informations et des garanties de sécurité.
La confiance envers l’ONU ne se décrète plus
La défiance israélienne envers l’ONU dépasse le seul bilan de la FINUL.
Selon le décompte d’UN Watch, l’Assemblée générale a adopté en 2025 quinze textes visant Israël, contre onze concernant les autres pays réunis. Ce chiffre doit être attribué à cette organisation et compris selon sa méthode de classification : il ne s’agit ni de condamnations judiciaires ni d’un bilan de toutes les instances onusiennes. Il nourrit néanmoins la critique d’une attention disproportionnée.
Le dossier de l’UNRWA soulève une autre question de crédibilité. L’enquête interne de l’ONU a conclu en août 2024 que les éléments recueillis indiquaient une possible participation de neuf employés aux attaques du 7 octobre ; leurs contrats ont été résiliés. Le rapport Colonna, distinct de cette enquête, avait identifié des failles dans l’application des règles de neutralité, tout en reconnaissant des mécanismes de contrôle développés.
Le problème institutionnel dépasse ces cas individuels : jusqu’où une agence peut-elle garantir sa neutralité si elle ne possède pas les moyens de détecter certaines affiliations clandestines ou de contrôler effectivement tous ses établissements ? L’existence de procédures ne démontre pas leur efficacité.
Les controverses autour de Francesca Albanese ont ajouté à cette défiance. Plusieurs prises de position de la rapporteuse spéciale ont été officiellement condamnées par la France. Ses déclarations restent celles d’une experte indépendante mandatée par le Conseil des droits de l’homme, et non une position collective de l’ONU.
Ces dossiers sont distincts. Leur accumulation explique néanmoins pourquoi une garantie onusienne ne peut être considérée, du point de vue israélien, comme suffisante par sa seule appellation.
Le cas libanais pose ainsi une question de crédibilité : comment demander à un État de s’en remettre à un dispositif international lorsque celui-ci n’a pas empêché la consolidation d’une menace contre sa population ?
La France et l’Europe sous contrainte
La France souhaite conserver une influence au Liban. Mais une mission de conseil et de formation ne lui donnera pas les moyens militaires d’imposer un règlement.
Cette limite apparaît dans un contexte intérieur particulièrement difficile. Les manifestations du 17 octobre et les violences qui les ont accompagnées ont ouvert une nouvelle crise politique et sécuritaire française. À Milan, des protestations contre le coût de la vie et la dégradation des services publics ont également débouché sur des affrontements le 18 octobre. Des mobilisations sociales ont touché la Belgique et le Portugal.
Ces crises ne prouvent pas une incapacité militaire européenne. Elles rendent plus exigeante la justification d’un engagement extérieur, de son financement et de sa durée.
La vulnérabilité énergétique renforce cette contrainte. Les tensions au Moyen-Orient atteignent les ménages et les entreprises européennes par les prix des carburants et les coûts de transport. La politique extérieure rencontre ainsi les arbitrages budgétaires et les inquiétudes quotidiennes des électeurs.
L’Europe a des raisons de soutenir la stabilité libanaise. Elle doit cependant présenter honnêtement les moyens qu’elle engage et les résultats qu’elle peut espérer.
Sa mission peut rendre les institutions libanaises plus compétentes. Elle ne peut leur fournir de l’extérieur toute l’autorité dont elles ont besoin. Elle ne peut davantage promettre à Israël une sécurité qu’elle n’a pas les moyens d’assurer elle-même.
La mesure du succès sera concrète : moins d’armes clandestines, des frontières mieux contrôlées, une armée libanaise capable de tenir le terrain et aucune reconstitution du dispositif militaire du Hezbollah au sud du Litani.
La FINUL prépare son départ. L’Europe prépare une assistance. Entre les deux, la responsabilité de la sécurité devra être réellement assumée.
Une présence européenne peut y contribuer. Elle ne constitue pas, à elle seule, une garantie européenne de sécurité.



Au plaisir de ne plus vous revoir 😉🇮🇱