De Woody Allen aux bananes antillaises, Jacques Frojmovics n’a besoin que de quelques lignes pour passer du burlesque à la politique. Martinique, Guadeloupe : il rappelle leur histoire coloniale et s’interroge, avec son ironie coutumière, sur la géographie parfois sélective des indignations contemporaines. Jusqu’à détourner un célèbre slogan militant.
Bananas
C’est le film délicieux
De Woody Allen
Qui nous dépeint
Une révolution burlesque
Dans un pays
Du Grand Sud
Comme on dirait
De nos jours
Mais justement,
Ces chères bananes
Chez nos voisins
D’Outre-Quiévrain
Une bonne partie
Nous vient des Antilles françaises
Ces territoires
Qu’on continue d’appeler
De leurs noms coloniaux
La Martinique
Et la Guadeloupe
Oï veï !
Mais où sont-ils donc
Nos progressistes
Nos biens-pensants
Nos pourfendeurs
Des injustices ?
Madinina
L’île aux fleurs
Ainsi nommait-on
Cette île des Caraïbes
Bien avant que les Européens
Ne s’en emparent
Ses premiers habitants
Arawaks, puis Kalinagos
Ont subi la conquête
La violence
Et l’esclavage
Et Madinina
Est devenue
La Martinique
Karukera
L’île aux belles eaux
Ainsi s’appelait
L’autre île
Jusqu’à ce que Colomb
En 1493
La baptise Guadeloupe
En hommage à un monastère
Espagnol
Santa María de Guadalupe
À quand les slogans
Les campagnes de boycott
Les grandes déclarations
De solidarité ?
Boycott the Bananas
of the Occupation !
From the Caribbean to France
Bananas will be free


