Il ne s’agit ni d’annoncer un miracle ni de promettre une guérison. Mais, face à l’un des cancers les plus difficiles à traiter, une technologie de radiothérapie interne développée par la biotech israélienne Alpha Tau Medical produit des signaux suffisamment encourageants pour être désormais évaluée en France. Au CHU Grenoble Alpes, un premier patient européen a été traité en avril. HaBayta fait le point sur ce que l’on sait — et sur ce qu’il est encore beaucoup trop tôt pour affirmer.
Il faut commencer par dire ce que cette histoire n’est pas: on n’a pas trouvé « le traitement » du cancer du pancréas. On ne sait pas encore si la technique dont il est question changera demain le pronostic de la maladie. Et les résultats disponibles ne permettent certainement pas de promettre une guérison aux patients.
Mais ce qui se passe depuis quelques mois mérite d’être raconté.
Parce qu’une technologie conçue en Israël est aujourd’hui testée sur des malades atteints d’un cancer du pancréas en France. Parce que les premiers résultats obtenus au Canada et en Israël ont conduit à poursuivre et élargir les essais. Et parce qu’en avril 2026, au CHU Grenoble Alpes, un premier patient européen a reçu ce traitement expérimental.
Son nom : Alpha DaRT, pour Diffusing Alpha-emitters Radiation Therapy. Son principe paraît presque simple : au lieu d’irradier la tumeur depuis l’extérieur, aller déposer la source radioactive directement en son cœur.
Aller chercher la tumeur de l’intérieur
Alpha DaRT repose sur de minuscules dispositifs implantés dans la tumeur. Ils portent du radium 224 et libèrent, à très courte distance, des atomes émettant des particules alpha.
L’objectif est de délivrer une irradiation extrêmement localisée et de détruire les cellules cancéreuses tout en limitant autant que possible l’exposition des tissus sains environnants.
Dans le cas du pancréas, l’implantation peut être réalisée par échoendoscopie : les médecins passent par les voies digestives supérieures et atteignent la tumeur à travers la paroi de l’estomac.
C’est précisément ce qui a été réalisé le 22 avril 2026 au CHU Grenoble Alpes. L’établissement français est devenu le premier centre européen à implanter Alpha DaRT chez un patient atteint d’un cancer du pancréas dans le cadre de l’étude ACAPELLA.
Cette étude concerne des patients présentant un adénocarcinome pancréatique localement avancé, non métastatique mais impossible à opérer, dont la maladie est stable ou répond après plusieurs cycles de chimiothérapie.
Quarante patients doivent être inclus en France.
Grenoble et Jérusalem
L’étude française est conduite par le professeur Gaël Roth, oncologue digestif au CHU Grenoble Alpes, en partenariat avec Alpha Tau Medical, société israélienne à l’origine de la technologie.
L’ambition clinique est importante : obtenir un meilleur contrôle local de la tumeur et, chez certains patients, parvenir éventuellement à rendre opérable une maladie qui ne l’était pas.
Car dans le cancer du pancréas, la possibilité d’opérer demeure un enjeu déterminant.
Le professeur Roth le dit avec la prudence indispensable : il s’agit d’essayer de « neutraliser localement » la maladie. Le bénéfice espéré pourrait aller d’une pause thérapeutique améliorant la qualité de vie jusqu’à, pour certains patients seulement, une possibilité ultérieure d’intervention chirurgicale.
Le mot essentiel reste donc : essayer.
Des premiers résultats qui justifient de continuer
Pourquoi la France s’est-elle engagée dans cette recherche ? Parce qu’Alpha DaRT n’arrive pas à Grenoble à partir d’une simple expérience de laboratoire. Des patients ont déjà été traités dans plusieurs études cliniques, notamment en Israël et au Canada.
Lors du congrès annuel 2026 de l’American Society of Clinical Oncology (ASCO), des chercheurs ont présenté une analyse regroupant trois études prospectives de phase I/II portant sur 58 patients atteints d’adénocarcinomes pancréatiques localement avancés ou métastatiques.
Parmi les patients dont la réponse tumorale pouvait être évaluée, les chercheurs ont observé un contrôle de la maladie dans 87 % des cas et une réponse objective dans 27 % des cas, avec trois réponses complètes et neuf réponses partielles.
Ces chiffres sont remarquables par ce qu’ils permettent d’envisager. Ils ne constituent pourtant pas la preuve que le traitement prolonge la vie ou qu’il serait supérieur aux traitements existants.
Les études sont encore précoces, portent sur de petits effectifs et ne sont pas des essais randomisés comparant Alpha DaRT à un traitement témoin. Les auteurs de l’étude présentée à l’ASCO parlent eux-mêmes de signaux précoces prometteurs justifiant la poursuite des recherches.
C’est exactement ainsi qu’il faut les présenter.
Et maintenant, 48 patients aux États-Unis
La recherche s’accélère néanmoins: aux États-Unis, l’étude multicentrique IMPACT évalue Alpha DaRT associé à la chimiothérapie de première ligne chez des patients nouvellement diagnostiqués avec un cancer du pancréas non opérable, localement avancé ou métastatique. Le 31 août, Alpha Tau Medical a annoncé que le recrutement était terminé.
Quarante-huit patients ont été inclus.
Les données de cette étude sont attendues au début de 2027 et doivent notamment servir à préparer un essai clinique de plus grande ampleur.
Parallèlement, les recherches se poursuivent en France avec ACAPELLA et en Italie, à l’Institut du pancréas de l’Université de Vérone.
Il existe donc désormais un véritable programme clinique international autour de cette technologie.
Israël, un pays
C’est aussi pour cela que cette histoire a sa place dans HaBayta: Alpha Tau Medical est une entreprise israélienne. Son siège est à Jérusalem. Les premières recherches cliniques sur Alpha DaRT ont notamment été menées au centre médical Hadassah.
Une technologie développée en Israël est passée du laboratoire aux essais chez l’homme, puis a traversé les frontières : Canada, États-Unis, France, Italie. Et à Grenoble, médecins français et technologie israélienne se rencontrent désormais autour de patients pour lesquels les possibilités thérapeutiques restent dramatiquement limitées.
Il n’y a là aucune raison de fabriquer un récit triomphaliste. Il y en a une, en revanche, de raconter Israël autrement: Israël n’est pas seulement le pays dont nous racontons la guerre, les morts, les otages, les déchirures politiques ou les menaces. C’est aussi un pays de laboratoires, de chercheurs, de médecins, d’ingénieurs et d’entreprises qui prennent des risques scientifiques.
Parfois ces recherches échouent. Parfois elles débouchent. Et parfois — comme aujourd’hui avec Alpha DaRT — elles atteignent cet instant particulier où personne ne peut encore dire ce qu’elles deviendront, mais où suffisamment de résultats ont été obtenus pour que des équipes médicales de plusieurs pays décident de poursuivre.
Le droit d’espérer, sans promettre
Le cancer du pancréas demeure une maladie redoutable. C’est précisément pour cette raison que chaque annonce spectaculaire doit être maniée avec une extrême prudence. Derrière les statistiques se trouvent des malades et des familles qui n’ont pas besoin de promesses prématurées.
Alpha DaRT n’est aujourd’hui ni un traitement standard du cancer du pancréas ni la démonstration qu’on sait désormais le guérir. C’est une piste thérapeutique expérimentale sérieuse, suffisamment avancée pour être testée chez des patients sur plusieurs continents et suffisamment encourageante pour que les essais soient poursuivis et élargis.
Entre le faux miracle et l’absence d’espoir, il existe un territoire.
Il s’appelle la recherche.


