Sous le tallith de son grand-père tenait autrefois toute une famille, peut-être même tout un peuple. Bernard Zanzouri se souvient de la Neïla de son enfance et de ce jour où, au nom de la règle, quelque chose de cette magie s’est brisé.
Quand nous étions jeunes, dans ma synagogue à Paris, le meilleur moment de l’année c’était la bénédiction des Cohanim de la Neïla.
La cour se remplissait alors de centaines de visages qu’on ne voyait jamais pendant l’année, plein d’entre eux étaient fraîchement arrivé en voiture d’ailleurs, et tout ce beau monde, femmes, enfants, grand-mères, oncles et tantes, se fondait sous les talliths des patriarches pour cinq minutes de rapprochement avec Dieu.
D’un seul cœur. D’une seule voix.
Et puis, un jour, le président de la synagogue nous a annoncé qu’on allait “progresser” et arrêter ce balagan. Les hommes d’un côté, les femmes de l’autre, dans le respect de la halakha, de la tsniout et des barbes offusquées.
Mais à contre sens de la coutume.
Et la magie de Kippour a disparu, pour moi, avec cette pieuse décision.
Quand Moshe rabbenou, notre maître, a compris que son peuple n’était pas à la hauteur des Tables qu’il ramenait du Ciel, ce sont les Tables qu’il a choisi de briser.
Pas le peuple.
Mais la loi brisée a poursuivi sa route avec nous, en attendant que nous soyons prêts pour elle.
Kippour est terminé. Nous avons été des anges pour une journée.
Mais moi, je me souviens encore du Tallith de mon grand père où venait se presser toute la famille, toutes les couleurs, toutes les odeurs, où on se passait de mains en mains ce coing piqué de clous de girofle, un tallith que prolongeait tous les Tallithot de ses fils et sous lequel, l’espace d’un instant, il n’y avait plus une somme d’individus plus ou moins pêcheurs ou plus ou moins méritants.
Juste une tribu, un peuple, heureux et ému.
Ce souvenir toujours me grandit. Mais ce sont mes Tables brisées. Que jamais les nouvelles n’ont su remplacer.
Bernard Zanzouri



Nous faisions la même chose…