Chaque mardi, ils sont là. Huit femmes et hommes, à peu près, différents par l’âge, le métier, le tempérament, parfois par les convictions. Ils ont tous une vie pleine, des obligations, des familles, des responsabilités. Et pourtant, pendant trois, quatre, parfois cinq heures, ils donnent leur après-midi au BNVCA.
Il y a des engagements qui se proclament et d’autres qui se constatent.
Au BNVCA, le mardi, on constate.
Ils sont une petite dizaine autour de la table. Aucun ne ressemble vraiment à l’autre. Des personnalités fortes, des parcours différents, des métiers qui les attendent ailleurs, des téléphones qui sonnent, des agendas chargés.
Et pourtant ils sont là. Toutes les semaines ou presque.
On parle des dossiers en cours, des signalements reçus, des plaintes, des victimes, des établissements scolaires, des réseaux sociaux, des décisions de justice, des démarches à entreprendre, des courriers à écrire, des gens à rappeler.
Parfois le ton monte. Souvent on discute. On n’est pas toujours d’accord.
Puis chacun reprend le fil.
Ce mardi-là, la réunion s’achève. Les dossiers se ferment, les téléphones réapparaissent, on pense déjà au reste de la journée.
Serge, l’un des membres du Bureau, se lève. Il a une petite cinquantaine d’années, une élégance tranquille et cette façon de parler de ce qu’il fait comme si cela allait de soi. Il dit simplement :
« Ce soir, j’ai rendez-vous avec les préfets. »
Pourquoi ?
Pour parler de la protection des écoles et des synagogues juives.
La phrase tombe presque incidemment.
Quelques heures de réunion au BNVCA, puis des rendez-vous avec des préfets pour savoir comment protéger des enfants qui vont à l’école et des Juifs qui vont prier.
Et demain, chacun retournera à son travail, à sa famille, à sa propre vie.
C’est peut-être cela qu’on voit mal lorsqu’on parle d’une association comme le BNVCA.
Derrière le sigle, il y a des gens.
Des bénévoles pour l’essentiel. Des femmes et des hommes qui n’ont abandonné ni leur métier, ni leurs soucis, ni leurs propres existences, mais qui ont décidé qu’une partie de leur temps appartiendrait aussi aux autres.
Ils répondent à quelqu’un qui a peur. Ils accompagnent celui qui ne sait pas quoi faire après une injure ou une menace. Ils lisent un dossier. Ils appellent un avocat. Ils parlent avec la police, avec une administration, avec un préfet. Ils recommencent.
Rien de spectaculaire. Et peut-être est-ce précisément ce qui mérite d’être raconté. Parce que certaines institutions existent d’abord par leurs locaux, leurs titres et leurs organigrammes.
Et d’autres existent parce que, chaque mardi, quelques personnes viennent s’asseoir autour d’une table.
Et restent là pendant des heures.
Ceux du mardi.
Sarah Cattan



