Vingt-cinq minutes d’applaudissements : Jacques Frojmovics ne regarde plus la scène, mais la salle. Qui applaudit parce qu’il approuve ? Qui applaudit parce que les autres applaudissent ? Et surtout : dans une ovation qui n’en finit plus, qui ose être le premier à s’asseoir ?
Clap clap
Le spectacle était
dans la salle
du Grand Palais du Peuple,
quand le Grand Timonier
faisait son entrée.
Ce qui m’a toujours frappé,
c’était que tout le monde applaudissait
de concert avec
le dictateur,
qui, clairement,
imprimait la cadence.
Je n’ose même pas imaginer
ce qui arrivait
quand un convive
ne faisait que songer
à ne pas suivre.
Couic.
À Venise, à présent,
que les stripteaseuses
se sont rhabillées,
comme dans la chanson
de Dutronc,
me revient l’image
de ce happening.
Car, bien sûr,
le spectacle était presque plus
dans la salle
que sur scène.
Vingt-cinq minutes,
ma foi,
c’est une sacrée
performance.
On se regarde,
on suit le mouvement,
mais surtout,
on jouit en groupe.
Je me suis demandé
qui avait osé
être le premier
à s’arrêter.
Enfin, c’est ainsi
que les traîtres à la cause
finissent par
se faire remarquer.
Jacques Frojmovics


