Plus d’une cinquantaine d’intellectuels, chercheurs, journalistes et experts sont annoncés pour la 16e Convention du Crif, le 22 novembre à Paris. Des personnalités souvent remarquables. Mais à regarder la liste non plus nom par nom, mais dans son ensemble, une question s’impose : où est le pluralisme politique et intellectuel qu’une journée consacrée au débat devrait précisément faire vivre ?
Il y a des listes qui se lisent. Et puis il y a des listes qui parlent. Celle des intervenants annoncés pour la 16e Convention nationale du Crif, le 22 novembre prochain à la Maison de la Chimie, appartient désormais à la seconde catégorie.
Le thème choisi est prometteur : « Et si c’était mieux demain ? » Philosophes, sociologues, historiens, journalistes, spécialistes de l’antisémitisme, de l’islamisme, de la laïcité, de la vie politique, d’Israël, des États-Unis, de l’économie : la liste est longue. Très longue.
Alain Finkielkraut. Gérald Bronner. Nathan Devers. Eva Illouz. Dominique Schnapper. Philippe Aghion. Alain Minc. Benjamin Stora. David Assouline. Rudy Reichstadt. Philippe Val. Frédéric Martel. Chloé Morin. Isabelle Rome. Cindy Léoni. Nathalie Goulet. Jean-Michel Fauvergue. Et beaucoup d’autres.
Que les choses soient claires : la question n’est pas de savoir si ces personnalités ont leur place.
Elles l’ont.
La question est de savoir si d’autres voix, elles aussi légitimes, auraient encore une place à la table.
Car cinquante noms ne font pas nécessairement cinquante sensibilités.
L’abondance n’est pas le pluralisme
Pris séparément, chacun peut être défendu.
Pris ensemble, les choix finissent pourtant par dessiner une géographie intellectuelle.
David Assouline est un ancien sénateur socialiste. Jean-Michel Fauvergue fut député La République en marche. Isabelle Rome a été ministre dans un gouvernement d’Élisabeth Borne. Nathalie Goulet siège au groupe Union Centriste. Cindy Léoni dirige aujourd’hui la DILCRAH. (Sénat)
Cela ne fait évidemment pas de la Convention un congrès de parti.
Alain Finkielkraut, Michaël Prazan ou Philippe Val suffisent d’ailleurs à rendre absurde toute tentative de ranger mécaniquement chaque intervenant dans une case.
Mais ce n’est pas de cases qu’il s’agit: c’est d’un centre de gravité.
Une culture républicaine, institutionnelle, universaliste, volontiers sociale-démocrate ou centriste, irrigue manifestement une grande partie de cette programmation. Pourquoi pas. Mais pourquoi presque seulement elle ?
Qui manque à la conversation ?
Une convention n’est pas un palmarès de respectabilité. Elle devrait être un lieu où des gens qui ne pensent pas pareil sont obligés de se répondre.
Où sont les grandes voix intellectuelles venues d’autres traditions politiques ? Où sont les sensibilités conservatrices françaises et israéliennes ? Où sont les intellectuels juifs qui contestent précisément certains des présupposés dominants du débat public français ? Où est cette droite républicaine dont on nous explique par ailleurs qu’elle appartient pleinement au « champ républicain » ? Où sont, surtout, les contradictions ?
Le Crif se présente lui-même comme une institution inscrite dans l’universalisme républicain et revendique la représentation des Français juifs. (Crif) Or les Français juifs ne votent pas tous pareil. Ils ne pensent pas tous Israël de la même manière. Ils ne définissent pas tous la laïcité de la même façon. Ils ne portent pas tous le même diagnostic sur l’immigration, l’islamisme, la sécurité, l’école, Gaza, le gouvernement israélien ou l’évolution de la société française.
Et heureusement.
Pourquoi leur représentation intellectuelle devrait-elle paraître plus homogène qu’eux ? « Et si c’était mieux demain ? » Justement.
Si demain devait être mieux, peut-être commencerait-on par accepter que le désaccord ne soit pas une anomalie du débat, mais sa condition.
Le plus surprenant est que le Crif sait parfaitement organiser cette confrontation. Sa propre série d’entretiens politiques le démontre. Xavier Bertrand y a été interrogé. Jérôme Guedj aussi. Bernard Cazeneuve également. Nathalie Loiseau encore récemment. Le Crif sait donc parler à droite, au centre et à gauche. (Crif)
Pourquoi cette respiration se retrouve-t-elle si peu dans la photographie actuelle de sa grande Convention annuelle ? La question mérite d’autant plus d’être posée que la liste n’est pas définitive. Le Crif précise lui-même qu’elle sera actualisée jusqu’au 22 novembre. Au 27 octobre, la page officielle annonce plus d’une cinquantaine d’intervenants et plusieurs noms ont déjà été ajoutés ou ont disparu depuis les premières annonces. (crif.org)
Il reste donc du temps. Beaucoup de temps, même.
Pour inviter. Pour surprendre. Pour contredire.
Il ne manquerait plus que…
On pourrait presque en plaisanter.
À parcourir certaines parties du casting, on se demande s’il ne manquerait plus que Raphaël Glucksmann, Jérôme Guedj, Delphine Horvilleur et Claude Askolovitch pour parachever le tableau.
Et pourquoi pas Ségolène Royal pendant qu’on y est ? Ce dernier nom relève évidemment de la boutade : Yonathan Arfi l’a très sévèrement mise en cause le 24 septembre après ses propos demandant aux Français juifs de prendre position sur Gaza. Ironie supplémentaire : Jérôme Guedj et Raphaël Glucksmann avaient alors publiquement récusé eux aussi cette injonction. (Crif)
Mais derrière la plaisanterie demeure la vraie question/ une institution représentative doit-elle seulement inviter ceux avec lesquels il est confortable de débattre ?
Ou doit-elle créer l’espace où les désaccords qui traversent réellement les Juifs de France peuvent s’entendre ?
Il ne s’agit pas de réclamer un quota de droite contre un quota de gauche. Ce serait aussi pauvre que ce que l’on prétendrait corriger.
Il s’agit de quelque chose de plus simple et de plus exigeant : faire entrer le réel dans la salle.
Le réel est contradictoire. Les Juifs de France aussi. Une Convention du Crif devrait pouvoir l’être.
Sarah Cattan
Habayta




Le Crif ou ce qu il en reste ,n est nullement representatif d une communauté en decomposition active , je vois arriver chaque semaine dans ma ville de Hadera des juifs de France qui votent avec leurs pieds .
Le coeur actif de notre communauté israelo francaise n est plus tres loin de pouvoir prendre le relais d un quarteron de petits bourgeois craintifs tenus a bout de bras par un gouvernement qui , plus que jamais, veut s appuyer sur des " representants communautaires " .
Le judaisme français et son genie tres specifique doit absolument survivre et apporter au pays son message , mais ce pays c est Israel , nekouda .