Un départ volontaire peut-il se présenter comme un exil politique ? Stéphane Goldin conteste les mots employés par Delphine Horvilleur pour raconter son éloignement d’Israël et défend ceux qui ont choisi d’y rester.
Quand Delphine Horvilleur présente, au détour d’une promotion littéraire, son départ d’Israël comme un choix d’exil face à l’arrivée au pouvoir de la droite israélienne, les mots perdent tout leur sens.
Pour information, je n’ai jamais voté pour Benyamin Netanyahou et me suis toujours senti proche de dirigeants comme Yitzhak Rabin. Mais, en lisant les propos de Delphine Horvilleur, j’ai ressenti une indécence à l’égard de tous les véritables exilés qui, eux, n’ont pas la possibilité de rejoindre une certaine forme de confort.
Rappelons une réalité : Israël est un pays démocratique. Ses citoyens, juifs ou non, disposent du droit de vote, et des partis arabes siègent à la Knesset.
Israël n’est pas une dictature. Quitter de son plein gré un État démocratique pour retourner vivre dans la capitale française, ce n’est pas être bannie. C’est bénéficier d’une liberté de choix que la plupart des exilés n’ont pas.
Quand Madame Horvilleur parle d’« exil », cela relève d’une posture de martyre de salon. C’est tenter de se draper dans les habits de Charles de Gaulle à Londres ou de Victor Hugo à Guernesey. Mais, pour cela, il faut avoir un peu de hauteur.
À l’heure où Israël fait encore face à des menaces, on aurait souhaité, de la part d’une rabbine vivant en diaspora, un peu de décence. Ce positionnement distancié s’apparente à une désertion morale.
Une question m’interpelle : Delphine Horvilleur serait-elle atteinte d’une sorte de « syndrome de l’UNRWA » pour se considérer ainsi comme exilée, réfugiée ?
À l’instar de cette agence onusienne qui entretient, à mes yeux, un statut de réfugié éternel, Madame Horvilleur s’invente une condition de bannie pour capitaliser sur une forme de teasing médiatique.
S’attribuer la condition d’exilée depuis Paris relève de cette même distorsion sémantique : transformer un simple départ volontaire en un statut de victime officielle, validé par l’entre-soi médiatique.
Il est tellement aisé de distribuer des leçons d’éthique et de fustiger la « faillite morale » de gouvernements démocratiquement élus, depuis les terrasses parisiennes.
Madame Horvilleur, jadis écoutée, préfère aujourd’hui la pureté de l’indignation médiatique à la complexité du réel. Ce choix de confort, parfaitement légitime en soi, devient insupportable lorsqu’il cherche à se faire passer pour un sacrifice politique.
Non, Madame Horvilleur, vous n’êtes pas une exilée. Vous êtes tout simplement une intellectuelle déconnectée qui a préféré le confort parisien à la solidarité avec les siens dans la tourmente.
Les mots ont un sens. Votre « exil » autoproclamé insulte ceux qui n’ont, eux, jamais eu le choix de partir, ou tout simplement ceux qui ont décidé de rester pour construire un pays meilleur.
Shabbat shalom.


