Yuval Noah Harari ne ménage ni Benjamin Netanyahou ni son gouvernement. Dans ce texte publié en Israël à quelques semaines des élections du 27 octobre, il instruit une charge sévère contre les choix du Premier ministre avant le 7-Octobre et contre sa conduite politique depuis la guerre. Sa conclusion est sans ambiguïté : elle est aussi un appel aux électeurs.
HaBayta a choisi de donner à lire ce texte dans toute sa radicalité. Le publier ne signifie pas en faire la position du journal. Cela signifie prendre au sérieux notre parti pris : faire entendre des voix différentes, y compris lorsqu’elles dérangent, et laisser toute sa place à la contradiction.
Pourquoi HaBayta publie ce texte
Ce texte de Yuval Noah Harari n’est pas un papier simplement sévère à l’égard de Benjamin Netanyahou. C’est une charge. Une charge politique, construite, assumée, qui devient dans ses dernières lignes un appel électoral explicite.
Harari développe deux accusations. La première porte sur les mois qui ont précédé le 7-Octobre : selon lui, Benjamin Netanyahou aurait imposé à Israël de mauvaises priorités, concentrant le pays sur la réforme judiciaire alors que les menaces extérieures exigeaient toute son attention. La seconde concerne les années qui ont suivi : malgré les succès militaires et opérationnels remportés par Israël, le gouvernement aurait échoué, selon Harari, à les transformer en acquis politiques durables.
On peut contester cette démonstration. On peut notamment discuter le lien de causalité qu’il établit entre la crise intérieure de 2023, les avertissements des responsables de la sécurité et la catastrophe du 7-Octobre. On peut également récuser son appréciation de la conduite de la guerre, de la situation diplomatique d’Israël ou des résultats obtenus face au Hamas, au Hezbollah et à l’Iran.
Mais on ne peut pas faire comme si cette voix n’existait pas.
Et surtout, HaBayta n’a pas été créé pour ne publier que des textes avec lesquels sa rédaction serait en accord.
Nous avons choisi une devise : « Maison de plumes libres, désaccords admis. » Elle nous oblige.
Elle nous oblige à distinguer la parole que nous publions de celle que nous faisons nôtre. Elle nous oblige à pouvoir accueillir une argumentation qui dérange une partie de nos lecteurs — et parfois la rédaction elle-même. Elle nous oblige aussi, naturellement, à ouvrir nos pages à celui ou celle qui voudra sérieusement répondre à Yuval Noah Harari.
Il y a enfin ces dernières lignes. Harari ne s’y contente plus d’analyser. À l’approche des élections du 27 octobre, il appelle les Israéliens à « se débarrasser des ânes » et affirme qu’il faut saisir cette chance, « peut-être la dernière ».
Nous ne gommerons pas ces mots. Nous ne les adoucirons pas davantage. Ils sont ceux de Yuval Noah Harari, pas ceux de HaBayta.
Mais c’est précisément parce qu’ils vont loin qu’il nous paraît plus honnête de les donner à lire tels qu’ils ont été écrits plutôt que d’en proposer une version édulcorée.
Aujourd’hui, nous publions Harari.
Demain, si un auteur veut lui répondre, défendre le bilan de Benjamin Netanyahou, contester les responsabilités qu’Harari lui attribue ou démonter son raisonnement point par point, cette réponse aura sa place ici.
C’est aussi cela, le désaccord admis.
Des lions menés par des ânes
Yuval Noah Harari
Lire ici l’article de Yuval Noah Harari
Texte publié initialement dans Ynet, le 11 septembre 2026



