Dans cette Voix, François Vannesson ne plaide pas la nuance. Partant des violences qui ont accompagné les mobilisations lycéennes et des déclarations de plusieurs responsables de La France insoumise, il attaque frontalement ce qu’il considère comme une démission de l’État face à l’incitation à la violence. Il réclame la dissolution de LFI et la poursuite de ceux qu’il tient pour responsables.
Une voix, une pensée singulière. François Vannesson assume ici ses mots, sa démonstration et sa conclusion. Habayta ouvre l’espace du débat.
1 octobre 2026
Un camion de pompiers brûle à Marseille. Des gamins l’ont encerclé, pillé, escaladé, incendié. Un pompier saigne.
À Nantes, le hall du lycée Nelson Mandela est en cendres.
À Rouen, deux proviseurs sont à l’hôpital.
Du personnel éducatif a été aspergé d’essence. D’essence. De l’acide a giclé dans un cortège de mineurs.
Six cent vingt-cinq interpellations hier.
Quatre-vingt-trois policiers blessés.
Les transports de Marseille intégralement coupés.
Et Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, filmé en train de danser devant une poubelle en flammes, déclare à la télévision nationale que :
« la violence, à un moment donné, peut être légitime »
Et Bruno Retailleau, ce matin, avec la mine grave du responsable qui pèse ses mots parce qu’il a peur de son ombre, déclare :
« Je pense aujourd’hui qu’il y a une question qui se pose : c’est la question de l’interdiction de LFI. Je sais que c’est très difficile en droit, mais je la pose, je la lance dans le débat public. »
Il la pose. Il la lance.
Pendant que des lycées brûlent, que des proviseurs sont aspergés d’essence et que des pompiers se font piller leur camion par des enfants que des députés de la République ont chauffés à blanc, Bruno Retailleau
« pose la question ».
Il
« la lance dans le débat ».
Comme on lance une bouteille à la mer. Avec la même conviction. Avec le même effet.
Et pendant qu’il ajuste sa cravate, un proviseur de Rouen crache du sang dans un mouchoir.
Moi je ne la pose pas.
Aucun Français qui paie ses impôts, amène ses enfants à l’école le matin, respecte les feux rouges, ne brûle rien, ne casse rien, ne lance aucun mortier sur personne, aucun de ces millions de gens dont le silence fait tourner ce pays ne « pose la question ».
Ils connaissent la réponse.
Elle est si simple qu’un enfant de dix ans la formulerait sans hésiter.
Un parti dont le maire déclare la violence « légitime » et danse devant les flammes. Dont le député lance des « blocus challenges » sur TikTok. Dont un autre relaie les interpellations en accusant la police de « se déchaîner ». Dont l’eurodéputée poste des photos de terroristes et menaçait l’Élysée d’insurrection. Dont un élu fiché S, condamné pour violences, siège dans l’hémicycle pendant que son assistant parlementaire, embauché sous un faux nom, est mis en examen pour complicité d’homicide. Dont le chef a appelé à rallier une milice dissoute pour violence. Un tel parti, on ne se demande pas s’il faut le dissoudre. On le dissout.
Et ses responsables, on les poursuit, on les juge, et on les envoie en prison.
En prison, Retailleau.
Le mot te fait peur ?
C’est le seul mot que comprennent ceux qui ont décidé que la loi ne s’appliquait pas à eux.
Pas l’inéligibilité : je suis contre toute peine d’inéligibilité, pour qui que ce soit, pour quelque motif que ce soit, parce qu’elle frappe le peuple plus que le condamné et qu’elle est l’arme rêvée de l’instrumentalisation judiciaire. Qu’ils se présentent depuis leur cellule s’ils le veulent. Que le peuple décide s’il veut être représenté par un incendiaire. Mais que l’incendiaire soit en tôle. Que celui qui a déclaré la violence « légitime » pendant que des pompiers brûlaient réponde de ses paroles devant un tribunal. Que celui qui a envoyé des enfants au casse-pipe paie le prix de sa lâcheté dans un lieu où les murs ne s’ouvrent pas sur Instagram.
Je n’en peux plus de cette France de la vierge effarouchée.
De cette République qui « pose des questions » pendant que ses bâtiments crament.
De ces responsables politiques qui « lancent dans le débat » ce qu’ils devraient signer sur un décret.
De ces éditorialistes qui « appellent au calme » comme si le calme avait jamais arrêté un mortier .
Il faut quoi ? Un organigramme notarié ? Un tampon du greffe sur le lien de causalité entre le discours du tribun et le camion du pompier ?
Boyard, ancien président du syndicat lycéen qui organise les blocus, devenu député LFI. Le président actuel de ce même syndicat, candidat LFI aux municipales.
Bagayoko devant les flammes.
Portes et Ersilla SOudai sur Instagram.
Mélenchon :
« Tout conflictualiser. » « Se grouper derrière la bannière de la Jeune Garde. » « Bloquons tout. » « Le peuple doit déferler. »
Sartre fournissait la théorie depuis son café. Fanon le catéchisme depuis Tunis. Mélenchon l’appareil depuis l’Assemblée. Bagayoko l’application depuis le trottoir. Et le gosse de quinze ans qui balance un mortier sur les grilles de son lycée est le produit fini de cette usine, le consommable qu’on jette après usage, qu’on laissera avec un casier judiciaire à seize ans pendant que le député qui l’a galvanisé encaissera son indemnité et criera à la répression.
Camus ne tuait pas. Il refusait de tuer. Gary le résumait en une phrase qui vaut tous les traités de philosophie politique que Mélenchon n’a jamais lus :
« Il est des vérités qui valent qu’on meure pour elles, mais aucune qui vaille qu’on tue en leur nom. »
On peut mourir pour l’école. On peut crever pour qu’un gosse de Saint-Denis ait une chaise, un professeur, un avenir. On peut tomber debout, en défendant ce qu’on aime. Cette grandeur-là est la seule que l’homme ait inventée et la seule que l’animal ne connaîtra jamais.
Mais on ne brûle pas un camion de pompiers. On n’asperge pas un proviseur d’essence. On ne jette pas de l’acide dans un cortège d’enfants. Et on n’envoie pas des mineurs au feu depuis l’écran d’un smartphone en leur jurant que « la violence, à un moment donné, peut être légitime ».
L’État est le seul dépositaire de la violence légitime. Qu’il l’exerce hors du droit, et il se putréfie.
Mais qu’il l’exerce.
Froidement. Méthodiquement.
L’article L. 212-1 du code de la sécurité intérieure n’est pas une question à poser dans un débat. C’est un outil à actionner devant une urgence. Et l’urgence, ce matin, a le visage d’un pompier marseillais qui regarde brûler son propre camion.
Il n’y a aucune difficulté de droit. Il n’y a qu’une difficulté de tripes.
Les textes sont limpides. Les conditions sont réunies.
Chaque alinéa est un portrait-robot de La France insoumise. Et le fait que Retailleau, l’homme qui proclamait place Beauvau que « l’État de droit n’est pas intangible », se croie obligé de prendre des précautions de communiant pour énoncer ce que n’importe quel citoyen formulerait sans hésiter, prouve une seule chose : la justice française est devenue un tel champ de mines procédurales qu’on n’ose plus appliquer les lois qu’on a soi-même votées. On forge des armes pour ne pas les dégainer. On imprime des codes pour les ranger dans des vitrines pendant que les lycées crament.
Retailleau, tu n’es plus ministre. Tu n’as plus la main sur rien. La question s’adresse à ceux qui l’ont. Nuñez, à l’Intérieur. Darmanin, à la Justice. Lecornu, à Matignon. C’est eux qui ont le stylo. C’est eux qui peuvent signer.
Signez.
Et si vous n’en avez pas le courage, dégagez, et laissez la place à quelqu’un qui l’a.
Aucune vérité ne vaut qu’on tue en son nom. Mais il en est une, une seule, définitive, qui vaut qu’on dissolve, qu’on interdise et qu’on foute en tôle ceux qui enseignent le contraire à des enfants de quinze ans pendant que des pompiers brûlent.
Et cette vérité-là, contrairement à Retailleau, je ne la pose pas en question.
Je l’affirme.
François Vanesson
Avocat - Communication et affaires publiques - Plume - Chroniqueur


