Après avoir raconté, dans « Le poids d’un petit bulletin », ses hésitations à la veille des élections israéliennes, Joanne Sarah Ankri est passée derrière le rideau de l’isoloir. Entre l’envie de soutenir de nouveaux visages et la crainte d’un vote sans représentation parlementaire, elle a tranché. Mais le vote met-il nécessairement fin au doute ? Le récit très personnel d’un premier scrutin depuis son retour en Israël.
Voilà, j’ai voté. Non sans hésitation.
Le temps était doux. Un jour férié, un air de fête. J’ai senti combien les gens étaient attachés à ce pays, à son avenir, et soucieux de participer à sa démocratie. J’étais portée par l’histoire d’Israël et par tout ce qui s’y joue aujourd’hui.
Puis je me suis retrouvée derrière le rideau.
Devant deux bulletins, ma main a longtemps hésité : Am’ha Israël ou מחל, le Likoud de Netanyahou.
Am’ha Israël me touche. Ofer Winter, ancien commandant de la brigade Givati, Yossef Haddad, un Arabe israélien engagé sans relâche pour Israël, une mère qui a perdu son fils au combat à Gaza, une femme qui a perdu son mari à Be’eri le 7 octobre…
Des héros d’Israël, chacun à sa façon. Leur force et leur volonté de construire l’avenir du pays me donnent envie de leur faire une place.
Mais ma voix personnelle engage aussi le collectif.
Donner une chance à cette équipe, au risque qu’elle n’obtienne aucun siège, ou choisir un vote plus assuré ?
Derrière le rideau, la question devient un vrai cas de conscience. Je regrette l’absence d’un second tour : pouvoir d’abord soutenir un petit parti, puis reporter ma voix s’il ne franchit pas les 3,25 %.
Finalement, j’ai glissé le bulletin du Likoud dans l’enveloppe.
Avec une prière : que mon vote contribue aussi au changement dont ce pays a besoin.
J’ai choisi ce qui me semblait le plus sûr. Sans grande fierté. J’aime la nouveauté et ce pays a besoin de renouvellement.
Mais devant les menaces et des sondages aussi serrés, je n’ai pas osé risquer un bulletin qui pourrait ne donner aucun siège.
Dans une situation moins incertaine, j’aurais peut-être choisi autrement. Mais ma satisfaction personnelle pouvait-elle décider à elle seule ?
J’ai essayé de penser à l’intérêt du pays, avec mes convictions et mon expérience encore limitée de sa vie politique. J’ai aussi écouté ceux qui la connaissent depuis plus longtemps.
Ce choix ne garantit rien. Je le sais.
Hachem veille sur Israël, et nous avons notre part à prendre. Aujourd’hui, la mienne tenait dans une enveloppe.
Mon petit bulletin est parti. Mon envie de changement reste.
Joanne Sarah Ankri
Écrivain
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