Comprendre n’est pas acquiescer. Publier n’est pas approuver. À HaBayta, nous voulons rendre au désaccord sa noblesse : entendre une idée dans toute sa force avant de la combattre, et ne jamais confondre pluralisme et renoncement au jugement.
Il y a quelque chose que nous aimerions réapprendre ici.
Le désaccord.
Pas l’affrontement. Pas cette étrange habitude contemporaine qui consiste à ne plus discuter une idée mais à instruire le procès de celui qui l’énonce. Pas davantage ce faux pluralisme qui voudrait qu’à toute affirmation corresponde mécaniquement son contraire, comme si la vérité se trouvait nécessairement quelque part au milieu.
Le désaccord véritable.
Les anciens avaient pour cela un exercice magnifique : la disputatio.
Dans l’université médiévale, la disputatio n’était pas une conversation aimable entre gens d’accord sur l’essentiel. Elle était une méthode. Une discipline de l’intelligence. Une question était posée. Les objections devaient être formulées, examinées, poussées jusqu’à leur conséquence. Il fallait entendre la thèse adverse avant de la réfuter.
Et surtout, il fallait lui faire justice.
C’est peut-être cela que nous avons le plus perdu.
Car faire justice à l’argument de l’autre ne signifie nullement lui donner raison. Cela signifie refuser la facilité qui consiste à affaiblir sa pensée pour mieux la vaincre.
Comprendre n’est pas acquiescer.
Cette distinction, élémentaire en apparence, est devenue presque subversive.
Nous vivons un temps où publier quelqu’un est volontiers interprété comme le soutenir ; où interroger vaut parfois approbation ; où tenter de comprendre les raisons d’un choix vous expose aussitôt au soupçon de le partager.
À ce régime-là, il n’y a bientôt plus de débat.
Il n’y a que des camps.
Or HaBayta n’a pas été créé pour devenir un camp supplémentaire.
Or HaBayta n’a pas été créé pour devenir un camp supplémentaire.
Nous avons des convictions. Elles sont fortes. Sur Israël, sur l’antisémitisme, sur le 7-Octobre, sur la démocratie, sur la liberté. Elles ne sont ni clandestines ni négociables au gré des circonstances.
Mais précisément parce que nous avons des convictions, nous pouvons nous permettre de les confronter.
La disputatio n’est donc pas pour nous l’obligation absurde de publier “les deux côtés”: Tous les faits n’ont pas deux versions également recevables. Tous les arguments ne se valent pas. Le mensonge n’acquiert pas une dignité intellectuelle parce qu’on le place en face de la vérité. L’antisémitisme n’est pas une « opinion différente » qu’il faudrait accueillir au nom du pluralisme. Et le négationnisme ne devient pas une thèse parce qu’il existe quelqu’un pour le professer.
Le pluralisme n’abolit pas le jugement. Il le rend nécessaire. Mais entre l’indiscutable et l’inacceptable existe un territoire immense : celui des idées qui nous dérangent, des diagnostics qui nous divisent, des choix politiques qui nous inquiètent, des contradictions que nous préférerions parfois ne pas regarder.
C’est là que commence la disputatio.
Le billet que publie aujourd’hui Jacques Frojmovics en offre, presque involontairement, un exemple: il raconte Marco. Un Allemand né en RDA, qui combattait autrefois les fascistes dans la rue, profondément attaché aux Juifs et à Israël, et qui annonce aujourd’hui vouloir voter pour l’AfD.
Jacques ne l’insulte pas. Il ne le caricature pas. Il raconte le chemin qui l’a conduit là.
Et parce qu’il nous permet de comprendre ce chemin, sa conclusion peut tomber, nette :
« Quel désastre. »
Tout est là: il a écouté avant de juger.
Nous aimerions faire de cette exigence une manière d’être de HaBayta.
Accueillir des plumes qui ne pensent pas toutes la même chose. Publier parfois un texte avec lequel nous avons nous-mêmes un désaccord. Poser à quelqu’un la question que nous préférerions ne pas entendre. Et, lorsque nous combattons une idée, commencer par la restituer assez loyalement pour que celui qui la défend puisse encore la reconnaître.
C’est infiniment plus difficile que l’invective. C’est aussi infiniment plus intéressant.
La maison s’appelle HaBayta.
Une maison n’est pas un endroit où chacun pense pareil.
C’est un endroit où l’on peut encore se disputer sans se détruire.
Et où l’intelligence de l’autre n’est jamais considérée comme une menace.



