Du Brésil à Israël, jusqu’aux élections américaines de mi-mandat, les urnes pourraient bouleverser des équilibres politiques que l’on croyait établis. Raphaël Nisand s’interroge sur cette fragilité propre aux démocraties : l’incertitude électorale est-elle leur faiblesse ou, au contraire, leur force ?
Poutine et Xi Jinping, ou encore Mahmoud Abbas, n’ont pas ces soucis-là.
Le pouvoir politique est remis en question ces jours-ci dans des pays qui comptent et où le résultat électoral pourrait inverser la politique suivie.
Nous croyons tous en la démocratie et en sommes de fervents partisans. Mais il peut y avoir des moments de doute lorsqu’on voit les tyrannies sembler jouir de la considération générale parce qu’elles s’inscrivent dans le temps et ne sont pas soumises à de vulgaires aléas électoraux.
En Occident, Mahmoud Abbas ne semble guère inquiété après avoir annoncé un nouveau report des élections palestiniennes. Après vingt ans sans élections législatives, le scrutin promis pour novembre 2026 est désormais repoussé à septembre 2027.
Pas fou, Abbas ! À 90 ans, il sait que des élections pourraient être favorables au Hamas, dont il redoute le poids politique.
Le Brésil vote aujourd’hui. Il doit choisir entre une gauche sortante, celle de Lula, et une droite radicale qui veut incarner le changement, celle de Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro.
Le Brésil est une puissance émergente de plus de 200 millions d’habitants.
Si Lula perdait le pouvoir, la gauche latino-américaine, et notamment Cuba, subirait un rude coup. Une victoire de Flávio Bolsonaro renforcerait également les soutiens politiques de Donald Trump en Amérique latine.
Le vote en Israël est plus complexe parce qu’il s’agit d’un scrutin proportionnel et qu’il n’est donc pas sûr que l’on sache, dès mardi 27 octobre, jour du vote, si Netanyahou restera ou non Premier ministre.
C’est donc bien le vote des Israéliens qui déterminera la politique que mènera Israël dans les années à venir.
Dans ce vote, d’innombrables questions centrales sont posées aux Israéliens : l’attitude à l’égard des Arabes israéliens, bien sûr, mais aussi les questions économiques ou encore le débat avec l’autorité judiciaire.
Au cœur de ces élections figurent également la question de la conscription des jeunes orthodoxes et celle du rôle de la religion dans les institutions de l’État.
Ajoutez à cela l’énorme traumatisme persistant du 7 octobre : les élections israéliennes constituent un cocktail détonant dont aucun sondage ne peut prédire avec certitude le résultat.
L’opinion internationale attend plus encore le résultat des midterms américains du 3 novembre, qui consistent dans le renouvellement intégral de la Chambre des représentants et d’environ un tiers du Sénat des États-Unis.
Beaucoup parient que Trump trébuchera et sera désavoué par le peuple américain lors de ces élections de mi-mandat. Les sondages semblent également aller dans ce sens.
Mais ce qui est sûr, c’est que Trump restera en place, peut-être lourdement affaibli en fonction du résultat des urnes.
Ainsi va la démocratie : un peu plus ou un peu moins de la moitié des citoyens sont satisfaits du résultat et vont voir appliquer la politique qu’ils souhaitent, tandis que l’autre moitié en sera mécontente.
Churchill disait de la démocratie, devant la Chambre des communes, en 1947 :
« La démocratie est le pire des systèmes de gouvernement, à l’exception de tous les autres qui ont été expérimentés dans l’histoire. »
Près de 80 ans après, on peut encore donner raison à Churchill.
Raphaël Nisand
Chroniqueur sur Radio Judaïca
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