DISPUTATIO — À qui revient la responsabilité du désastre du 7-Octobre ? Marc Reisinger défend ici une thèse nette : si Benjamin Netanyahu n’a pas été alerté des signaux qui précédaient l’attaque, on ne saurait lui imputer la faute qui lui est aujourd’hui reprochée.
HaBayta publie cette argumentation parce qu’elle mérite d’être entendue — et discutée. Car une autre question demeure : la responsabilité politique d’un Premier ministre se mesure-t-elle aux seules heures qui précèdent une catastrophe, ou engage-t-elle aussi la doctrine, les choix et la conduite du pouvoir qui l’ont précédée ?
Ce texte appelle la contradiction.
Benjamin Netanyahu n’a pas été réveillé dans les heures précédant l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023 malgré des signes d’activité inhabituelle à Gaza.
Les responsables de la sécurité (chef d’état-major Herzi Halevi, chef du Shin Bet Ronen Bar et chef du renseignement militaire Aharon Haliva) ont détecté des indicateurs (activation de cartes SIM israéliennes à Gaza, préparatifs de tirs de roquettes, mouvements dans les tunnels, etc.) mais ont estimé que le Hamas était dissuadé et n’allait pas attaquer.
Ils auraient choisi de ne pas le réveiller par crainte d’une « erreur de calcul » (miscalculation) : selon lui, ils savaient qu’il ordonnerait immédiatement la mise en alerte de toute l’armée, le réveil des communautés frontalières et des frappes aériennes contre quiconque s’approcherait de la clôture, ce qui, dans leur analyse, risquait de provoquer une escalade. Netanyahu soutient que s’il avait été réveillé, l’attaque n’aurait pas eu lieu (ou aurait été fortement limitée).
Un mémo de Tsahal détaillant ces signes suspects avait été envoyé vers 3 h 30 du matin aux officiers de renseignement de plusieurs dirigeants, dont le sien. Le document indiquait toutefois que le Hamas semblait opérer « comme d’habitude » et que des réunions étaient prévues plus tard dans la matinée au Commandement sud.
L’officier de renseignement du Premier ministre a lu ce message, l’a transmis au secrétaire militaire (le général de division Avi Gil), mais a décidé de ne pas réveiller Netanyahu, estimant qu’il n’y avait pas d’urgence immédiate. Avi Gil a lui aussi choisi de ne pas le réveiller plus tard, partageant l’évaluation générale qu’aucune menace de grande ampleur n’était imminente. Netanyahu n’a été informé qu’après le début de l’attaque (vers 6 h 29).
Avi Gil avait été nommé à ce poste par Naftali Bennett (alors à la tête d’un gouvernement de centre-droit) avant de poursuivre ses fonctions sous Benjamin Netanyahu. En 2026, Bennet a formé une alliance électorale appelée Together (ou B’Yachad / BeYahad) avec le parti centriste Yesh Atid de Yair Lapid. Cette liste commune se positionne comme une force d’opposition à Netanyahu.
Quelle que soit la manière dont Netanyahu aurait réagi, les responsables de l’époque reconnaissent une erreur d’évaluation grave. Ils ont admis que l’appareil de sécurité s’était trompé sur le Hamas : il n’était pas dissuadé comme ils le pensaient et préparait une attaque d’une ampleur qu’ils n’avaient pas anticipée.
Cette mauvaise lecture des intentions et des signes (y compris ceux de la nuit du 6 au 7 octobre) les a conduits à ne pas juger nécessaire de réveiller le Premier ministre ni de déclencher une alerte générale. Ils reconnaissent aujourd’hui que cette appréciation était profondément erronée.


