En Israël, on vote
Le 27 octobre, les Israéliens éliront la 26e Knesset. Pour la première fois depuis 1988, le scrutin se tiendra à l’échéance normale. Proportionnelle, coalitions, fractures autour de Benyamin Netanyahu : Raphaël Nisand ouvre pour Habayta le temps des élections israéliennes — et notre nouvelle rubrique, « Le pouvoir en jeu ».
Dans une certaine presse antisioniste, il est devenu courant de mettre en cause la démocratie israélienne, de la qualifier d’« illibérale », voire de contester sa réalité même.
Le 27 octobre prochain, en Israël, on votera.
Et, fait suffisamment rare pour être souligné, les élections auront lieu à la date prévue au terme normal de la législature. Cela n’était plus arrivé depuis 1988.
Une première remarque s’impose.
Contrairement à ce que laissent entendre certaines accusations d’apartheid appliquées indistinctement à la société israélienne, les citoyens arabes d’Israël, qui représentent environ 20 % de la population, disposent du droit de vote et d’éligibilité. Des députés arabes siègent à la Knesset et des partis représentant principalement l’électorat arabe participent au scrutin. Ils détiennent actuellement 10 des 120 sièges du Parlement.
Cela n’interdit évidemment ni de discuter des discriminations dont se plaignent les citoyens arabes israéliens, ni de critiquer les politiques des gouvernements successifs. Mais une démocratie se juge aussi à ses institutions et à ses élections : en Israël, chaque citoyen dispose d’une voix.
Le processus électoral, lui, est particulièrement disputé. Chaque parti, chaque bloc, chaque candidat défend ses positions et ses chances bec et ongles.
À ce jour, les listes définitives n’ont pas encore été déposées. Elles doivent l’être en septembre et, jusque-là, alliances, fusions et retraits peuvent encore modifier profondément le paysage politique.
Israël vote à la proportionnelle nationale : les 120 sièges de la Knesset sont répartis entre les listes ayant franchi le seuil électoral de 3,25 %. Ce système favorise la pluralité mais rend presque inévitable la constitution de coalitions. Aucun parti n’a jamais remporté à lui seul la majorité absolue des sièges.
D’où ces tractations, ces alliances et ces ruptures qui font depuis toujours partie de la vie politique israélienne — et dont les subtilités n’auraient parfois pas déparé sous notre IVe République.
Mais cette élection présente une particularité supplémentaire : le vieux partage entre droite et gauche ne suffit plus à décrire le paysage politique.
Un autre axe le traverse désormais : Netanyahu ou pas Netanyahu.
Avigdor Lieberman en offre l’exemple le plus évident. Ancien allié de Netanyahu, ancien ministre de la Défense et homme incontestablement situé à droite, il est devenu l’un de ses adversaires les plus déterminés. De même, Naftali Bennett avait participé avec Yair Lapid à la coalition qui avait évincé Netanyahu du pouvoir en 2021, malgré leurs profondes différences idéologiques.
C’est dire combien les catégories traditionnelles deviennent insuffisantes pour comprendre les coalitions qui pourraient naître au lendemain du 27 octobre.
Et l’incertitude demeure entière.
Les sondages donnent actuellement l’opposition en position de l’emporter, mais aucun chemin évident vers une majorité ne se dessine. Netanyahu a suffisamment démontré sa capacité de survie politique pour que toute prédiction péremptoire soit imprudente.
À quelques semaines du scrutin, une chose au moins est certaine : en Israël, chaque voix comptera.
La comparaison régionale mérite alors d’être faite avec prudence, mais elle n’en reste pas moins frappante.
Les régimes et systèmes politiques du Proche-Orient sont extrêmement différents : monarchies, régimes autoritaires, systèmes confessionnels, démocraties très imparfaites. Au Liban, par exemple, la répartition des trois plus hautes fonctions de l’État obéit à un équilibre confessionnel : la présidence de la République revient traditionnellement à un chrétien maronite, la présidence du Conseil à un musulman sunnite et celle du Parlement à un musulman chiite.
Et du côté palestinien ?
Mahmoud Abbas a annoncé des élections législatives pour le 28 novembre 2026. Si elles se tiennent effectivement, elles mettront fin à une interruption vertigineuse : les dernières élections législatives palestiniennes remontent à 2006.
Vingt ans sans élections législatives.
Israéliens et Palestiniens pourraient donc, à un mois d’intervalle, être appelés aux urnes.
Dans une région épuisée par la guerre, ce simple calendrier ouvre une question autrement plus importante que les calculs de partis :
les élections pourraient-elles, cette fois, ouvrir un chemin vers cette paix que tout le monde invoque et que personne ne parvient à construire ?
Raphaël Nisand
Chroniqueur sur Radio Judaïca



