Au lendemain de la messe célébrée par Léon XIV place de la Concorde, l’avocat Rémi-Pierre Drai publie une singulière fiction : Jésus de Nazareth pousse la porte de son cabinet. Il a besoin d’un avocat. Derrière l’humour, une manière très juive de rouvrir un dossier vieux de deux mille ans : celui du procès, de la preuve et de la justice.
Il fallait peut-être être avocat. Et avocat juif.
Alors que la visite de Léon XIV en France vient de réunir des centaines de milliers de personnes place de la Concorde, Rémi-Pierre Drai a choisi une voie inattendue pour lui souhaiter la bienvenue.
Il ferme les yeux.
Un homme vêtu d’une tunique, les sandales couvertes de poussière, entre dans son cabinet.
Il s’appelle Jésus. Jésus de Nazareth.
Et il demande à être défendu.
Le trait pourrait n’être qu’une jolie fantaisie d’avocat. Mais très vite, Drai transforme la scène en dossier judiciaire.
Une arrestation nocturne. Une trahison. Des témoignages contradictoires. Un interrogatoire. Une accusation religieuse devenue politique. Puis la comparution devant le pouvoir romain.
L’avocat reprend alors ses réflexes professionnels : procès-verbaux, témoignages croisés, qualification des faits, compétence des juges.
Et cette question, évidemment :
« Où sont les preuves ? »
C’est là que la petite fiction prend une autre dimension.
Car Drai ne prétend pas refaire en quelques paragraphes l’histoire du procès de Jésus. Il l’utilise pour poser une question qui, elle, n’a pas deux mille ans :
qu’est-ce qu’un procès juste ?
Un juge peut-il résister à la foule ? Peut-on condamner un homme parce que sa parole dérange ? Que devient la justice lorsque l’accusation religieuse rencontre le pouvoir politique ?
Et puis il y a, derrière la fantaisie, cette évidence historique que les siècles de séparation entre judaïsme et christianisme ont parfois fait oublier : Jésus était juif.
Au moment où Léon XIV traverse la France, l’image possède donc une force particulière : celle d’un avocat juif du XXIᵉ siècle rouvrant symboliquement le dossier d’un Juif de Judée condamné il y a deux millénaires.
Drai écrit à son étrange client qu’il ne peut lui promettre l’acquittement.
Mais il lui promet quelque chose d’autre :
« Vous aurez un avocat. »
C’est peut-être cette phrase qu’il fallait retenir.
Non pour rejuger l’Histoire.
Mais parce qu’entre le Sanhédrin, Rome, Jésus, les Juifs et les chrétiens s’est construite une histoire immense, douloureuse, souvent tragique — et qu’il n’est pas indifférent qu’en 2026, à l’occasion de la venue d’un pape à Paris, un avocat juif choisisse l’humour et le droit pour en reprendre le fil.
La Rédaction de HaBayta
Le texte original de Rémi-Pierre Drai est à retrouver sur sa page LinkedIn.



