Il est des amitiés que l’Histoire a nouées et que le présent met douloureusement à l’épreuve. Lorsque Simon Gronowski, rescapé de la Shoah, invite son vieil ami Marc Reisinger à l’accompagner à Auschwitz, celui-ci hésite, puis refuse. Non par indifférence à la mémoire, mais par désarroi devant ce qu’il perçoit comme son instrumentalisation. Derrière la colère et les mots tranchants de Marc Reisinger affleure une blessure plus intime. Et, au bout du texte, une question adressée à un ami. Une question sans réponse ? HaBayta choisit de la laisser ouverte.
« On adore le Juif en pyjama rayé »
13 octobre 2026
« On adore le Juif en pyjama rayé, mais on l’abhorre en kaki » (Gilles-William Goldnagel).
Mon vieil ami Simon Gronowski, enfant caché, survivant qui a sauté à 11 ans du XXe convoi de Belgique pour Auschwitz, âgé aujourd’hui de 95 ans, m’a invité à l’accompagner là où sa mère et sa sœur ont été assassinées, et où il se rend chaque année. Il s’agit d’un aller-retour d’une journée en avion militaire organisé par l’Etat belge, accompagné de jeunes et de journalistes.
Je lui ai exprimé mes doutes à l’heure où la commémoration du génocide des juifs sert à mieux accuser Israël de génocide, en vertu du poncif selon lequel les victimes sont devenues des bourreaux.
Rien ne permet de qualifier la guerre à Gaza de génocide – ni la définition du terme, ni le nombre de victimes, ni le jugement d’un tribunal. Reste une calomnie antijuive classique, comme celles dont l’Histoire est truffée depuis 2.000 ans.
Au négationnisme – la négation de l’existence du génocide des Juifs – se substitue un pseudo-négationnisme consistant à nier le soi-disant « génocide des Palestiniens ». Les nazis du 7 Octobre sont désormais appelés Résistants et l’armée israélienne est qualifiée de nazie. Un frisson d’admiration malsaine pour le Hamas parcourt le monde. Les « bons juifs » deviennent ceux qui ont été gazés jadis, et les « mauvais juifs » ceux qui réagissent au pogrom du 7 Octobre.
Cet événement est la source d’une cassure morale. Je ne peux plus tolérer ceux qui le nient ou le minimisent, et collaborent à la nazification d’Israël.
Simon m’a répondu : « Tu as raison, il vaut mieux que tu ne viennes pas, tous les jeunes qui accompagnent sont pro-palestiniens… »
« Et toi, Simon… ? » lui ai-je demandé.


