Dans cette tribune, Sidney Touati livre une lecture sévère de l’évolution politique de l’Europe. Israël, les États-Unis, l’islamisme politique, le déclin français et la montée de l’antisémitisme composent, selon lui, les éléments d’un même basculement. Un texte volontairement polémique, qui se termine pourtant sur une question : est-il encore permis d’espérer ?
Rendons hommage à la clairvoyance de Bat Ye’or, qui avait su capter, décrire les linéaments d’un mariage contre nature entre l’Europe démocratique et la nébuleuse islamiste. Ce pacte, dont la plupart des « observateurs » niaient l’existence, est maintenant à l’œuvre au grand jour.
L’U.E. et le Royaume-Uni jettent le masque
La décision prise par douze pays — le Canada, le Danemark, la Finlande, la France, l’Islande, l’Irlande, la Norvège, la Pologne, le Portugal, l’Espagne, la Suède et le Royaume-Uni — d’introduire, de soutenir ou d’envisager des restrictions commerciales visant les produits israéliens provenant des implantations de Judée-Samarie nous fournit un exemple concret de la politique orchestrée notamment par le trio Royaume-Uni, France, Canada, dont nous dénoncions, dans un précédent article publié dans HaBayta, les effets pervers.
Israël n’est pas l’unique cible de cette offensive internationale. Couper l’herbe sous les pieds des Américains semble être devenu une véritable obsession. En atteste la visite de Mme von der Leyen au Groenland et la décision d’y injecter deux cents millions d’euros d’investissement au cours des deux prochaines années.
L’Europe espère accroître sa sphère d’influence en pactisant avec la nébuleuse islamique. En réalité, elle perd son âme, payant au prix fort sa soumission aux exigences des organisations islamiques radicales telles que l’OCI, les Frères musulmans, le Hamas…
La progression de l’islam politique se traduit, sur le plan international, par les incessantes attaques contre l’État hébreu. Qu’importe si diaboliser Israël contribue à une explosion des actes antisémites dans la plupart des pays de l’U.E., principalement ceux où les tensions communautaires sont les plus fortes.
Cette haine, diffusée à longueur d’agressions et parfois d’attentats contre les Juifs, est-elle profitable aux pays qui l’encourageaient hier implicitement, aujourd’hui beaucoup plus ouvertement ?
Paradoxe
L’Union européenne s’enfonce dans la complaisance envers l’islamisme à l’heure où de nombreux pays arabo-musulmans veulent en sortir, tentant un rapprochement avec Israël, notamment par le biais des Accords d’Abraham.
Ne comprenant pas le refus de certains dirigeants européens de classifier certains mouvements comme organisations terroristes, craignant un endoctrinement par l’islam radical, certaines monarchies, dont les Émirats arabes unis, ont elles-mêmes pris leurs distances.
L’U.E. va-t-elle devenir le nouveau sanctuaire de l’islamisme radical ?
Le comble de cette politique dangereuse est atteint par l’Espagne, dont le gouvernement n’hésite plus à se faire le porte-parole des thèses les plus extrémistes. La gestion de la crise migratoire, visible notamment à Ceuta, ne plonge-t-elle pas les Espagnols dans le désarroi et l’U.E. dans une forme de sidération ?
Se mettre à la remorque des Frères musulmans et, plus largement, de l’islam politique est le fruit d’une stratégie ancienne.
Alain Juppé ne déclarait-il pas le 6 mars 2011, lors de sa visite au Caire :
« Le dialogue que j’ai eu […] en particulier avec les membres des Frères musulmans […] m’a permis de bien mesurer que la présentation qui est faite parfois de ce mouvement mérite d’être éclairée et approfondie. Plusieurs d’entre eux m’ont fait part de leur vision d’un islam libéral et respectueux de la démocratie. »
Depuis, les dirigeants ne s’embarrassent plus de clauses de style.
Sous couvert d’aide humanitaire, on prend comme parangon de vertu les Palestiniens de la bande de Gaza ; on ferme les yeux sur les mensonges, sur la corruption de leurs dirigeants ; on se bouche les oreilles pour ne pas entendre les cris d’une population captive livrée à l’arbitraire d’un régime totalitaire… mais l’on s’empresse de clouer au pilori les États-Unis et Israël, deux démocraties rendues coupables de tous les maux de la planète.
L’ensemble des éléments d’une même structure étant liés, on perçoit dans tous les domaines les signes des craquements engendrés par cette politique favorable à l’islam politique et par la négation progressive des valeurs humanistes qu’elle entraîne.
La France décline. Son édifice social, dans toutes ses structures, menace ruine. Sa base, composée d’éléments hétérogènes aux valeurs parfois antagonistes, peine à alimenter une dynamique commune. L’émergence brutale de l’islamisme politique ajoute encore aux fractures qui perturbent, plus ou moins gravement, tous les échelons de la société.
Elle n’explique évidemment pas à elle seule tous les maux français. Mais ceux-ci se conjuguent et donnent l’image d’un pays fragilisé.
Quelques faits parmi cent autres :
1° Baisse de compétitivité
L’industrie de pointe européenne est frappée en plein cœur.
L’U.E., jadis leader dans le domaine spatial, s’effondre face à son concurrent américain. En 2025, l’Europe a effectué 7 lancements orbitaux, quand les États-Unis en ont réalisé 193.
Le rapport des forces est saisissant.
2° Endettement record
La France s’endette depuis des décennies au-delà de toute limite raisonnable.
Nicolas Dufourcq montre dans son ouvrage La Dette sociale de la France que les dépenses sociales jouent un rôle majeur dans l’accumulation de la dette publique française : selon lui, près des deux tiers de cette dette financent des prestations sociales.
Le nouveau régime de la « charité sociale » risque ainsi de fragiliser celui de la Sécurité sociale, fondé historiquement sur le principe de l’assurance et de la cotisation, qui a fait le bonheur du peuple français pendant les Trente Glorieuses.
3° Poids écrasant des prélèvements obligatoires et de la pression bureaucratique
Le surendettement plombe l’investissement et la charge de la dette occupe une place toujours plus considérable dans le budget de l’État.
La France ne parvient plus à se maintenir dans le peloton de tête. Une grande partie de son industrie a disparu. Celle qui demeure décline.
Les entreprises et les salariés croulent sous le poids des prélèvements obligatoires et tous subissent la pression croissante qu’exerce la bureaucratie sur leur moindre fait et geste.
4° Misère de la sécurité
Participent à ce marasme généralisé les grands incendies qui ont ravagé cet été les forêts et qui ont, une nouvelle fois, posé la question des moyens dont dispose la France pour combattre ce genre de catastrophe pourtant prévisible.
Les services chargés de la sécurité et du secours sont soumis à des contraintes budgétaires croissantes.
5° L’école en chute libre
La France connaît un déclassement sans précédent de ses systèmes scolaire, de santé, de justice… jadis parmi les meilleurs.
Le constat est terrifiant aussi bien pour les couches les plus défavorisées, pour lesquelles l’école républicaine ne remplit plus suffisamment sa mission, que pour celles des « élites ».
Les classements internationaux sont sans appel. Le niveau moyen des élèves français de 15 ans inquiète.
Il y a des années que les observateurs lucides actionnent la sirène d’alarme. Les nombreux ministres qui se succèdent sont incapables d’inverser durablement la courbe du déclin.
L’ouvrage publié par Madeleine de Jessey, L’École des illettrés, lance un nouveau pavé dans la mare. L’auteure décrit l’effondrement du niveau de langue des élèves à la sortie du lycée et montre que le processus de déculturation atteint jusqu’aux filières les plus sélectives.
6° L’antisémitisme s’étale au grand jour
Tout se tient. Tout est lié.
Les universités et les instituts les plus prestigieux dialoguent avec les braillards de « Free Palestine » qui terrorisent les étudiants juifs au nom d’un racisme décomplexé qui voit en chaque Juif un « génocidaire ».
Est-il permis d’espérer ?
Mais, pour dramatique qu’elle soit, la situation ne doit pas nous plonger dans le pessimisme.
Une lueur d’espoir se profile.
Israël résiste ; les États-Unis se battent ; de nombreux peuples de l’U.E. sont de plus en plus choqués, scandalisés par l’incurie de leurs dirigeants.
En France, l’idéologie d’une gauche qui a trahi ses idéaux, agitant frénétiquement l’épouvantail d’une extrême droite fantasmée, a fait long feu.
Le spectacle offert par la « bien-pensance » est parfois tout simplement grand-guignolesque. Les plus invraisemblables délires s’exposent sans complexe.
Qui peut croire que la famille classique relève d’une idéologie fasciste ?
Les citoyens attachés à la démocratie et aux grandes valeurs humanistes attendent le « coup de torchon » salutaire.
Viendra-t-il de la prochaine échéance électorale ?



