La paracha s’appelle ‘Hayé Sarah, « La vie de Sarah », et commence pourtant par sa mort. Jacquot Grunewald s’arrête sur quelques lignes parmi les plus tendres de la Genèse : Isaac aime Rébecca, la conduit dans la tente de sa mère — et trouve auprès d’elle la consolation de sa perte.
« Hommelette pas née » aurait calembouré Manitou, le rabbin Léon Askenazi, à propos d’Ève.
Mais à peine était-elle née que l’Écriture annonçait :
« L’homme abandonnera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme et ils seront une même chair. »
L’idée d’« abandonner » père et mère m’a toujours mis mal à l’aise.
Un terme moins tranchant ne pouvait-il exprimer la primauté du lien conjugal sur le lien filial ?
Aussi, ce que nous dit la Thora de la rencontre entre Rébecca, revenue de Mésopotamie, et Isaac, rencontre qui allait sceller leur union, est-il particulièrement marquant.
Notre lecture, qui porte le nom de ‘Hayé Sarah, « La vie de Sarah », pour… annoncer sa mort, conclut :
« Isaac fait venir Rébecca dans la tente de Sarah, sa mère. Il prend Rébecca : elle est à lui pour femme. Il l’aime. Isaac se réconforte de [la mort de] sa mère. » (24,67)
Isaac aime Rébecca.
L’Écriture se plaît à le souligner, et il nous plaît de le lire.
C’est précisément l’amour qu’il lui porte qui lui permet de conduire son épouse dans la tente de sa mère.
Et de trouver par elle la consolation de sa perte.
De… l’abandon qu’il a ressenti à sa mort.
Il y a là, dans ces lignes qui comptent parmi les plus belles, les plus émouvantes de la Thora, comme une mise au point :
l’impulsion que l’homme et la femme, unis et aimants, devront donner au programme divin.


