Abraham plaide pour Sodome au nom du dérekh de l’Éternel : pratiquer la justice et le droit. Quelques millénaires plus tard, Jacquot Grunewald retrouve ce même mot, Dérekh, jusque dans l’isoloir israélien. De la Genèse aux élections : il suffisait de suivre la route.
Le Bon Dieu annonce à Abraham qu’il envisage de détruire Sodome !
Et Abraham, promu par l’Éternel Lui-même protecteur des nations, que vouliez-vous qu’il fît ? Qu’il se croise les bras ? Qu’il se taise ?
Sûrement pas.
Mais, d’autre part, les gens de Sodome, c’étaient d’infâmes crapules, dont l’horizon était l’assassinat et le viol, et qui ne méritaient pas mieux.
Reste que, dans Sodome, il devait quand même y avoir quelques types moins violents que la moyenne locale.
Alors Abraham va attaquer le point faible du Bon Dieu : Son dérekh — rappelé comme par hasard dans le texte… —, la « route » de l’Éternel : pratiquer la justice et le droit, à charge pour Abraham d’y adonner ses descendants, précise l’Écriture (18, 19).
Et Abraham engage le combat.
— Le Juge de toute la terre ne pratiquerait pas la justice ? Il devrait bien y avoir une cinquantaine d’innocents dans la ville et Tu n’en tiendrais pas compte ?
— Si je trouvais cinquante innocents, je pardonnerais à toute la place, répond Dieu…
Et vlan !
Commence alors, sur fond d’humour — parce que la partie est jouée d’avance et que Dieu en est le maître —, un jeu héroïque et tragique.
Peut-être pas cinquante… Il pourrait en manquer cinq. Non ?
Alors quarante ?
Toujours pas ?
Mais trente, assurément !
Vingt ?
De grâce, laisse-moi une dernière chance…
Dix !
Mais il n’y en avait pas dix et l’Éternel mit fin à la partie. Tout en assurant à Loth et aux siens le salut.
À nous, descendants d’Abraham, il aura été appris de la manière la plus marquante possible qu’il nous faut marcher sur le dérekh, la route de l’Éternel.
J’y avais pensé dès le début de la semaine.
Parce que le Talmud nous demande de préparer la lecture biblique du Chabat à venir en la lisant deux fois.
Si bien que, par deux fois, j’avais lu dérekh.
Et voilà que mardi, en allant aux urnes à Jérusalem, je trouvais parmi les bulletins de vote celui portant דרך — Dérekh : le bulletin de Yashar, le parti d’Eisenkot !
Si… je vous jure.
Un parti qui nous assure de sa « droiture » et promet d’appliquer le droit et la justice.
Eisenkot sera-t-il chef du gouvernement ?
Ce n’est pas garanti.
Vous pensez que si le Talmud avait demandé de lire Dérekh trois fois au lieu de deux, ça aurait servi ?
J.G.
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