Après les vingt-cinq minutes d’applaudissements de Venise, Jacques Frojmovics sort un instrument de mesure de son invention : le « keffieh-mètre ». Dans son café bruxellois, les keffiehs semblent avoir disparu. Mais dans certains cercles mondains, l’accessoire demeure de rigueur. Entre observation ethnographique et satire des conformismes, Jacques prend le pouls d’une révolution qui change peut-être de garde-robe.
On murmure qu’il a implosé.
À Venise, il n’a pas soutenu
Les 25 minutes d’effort.
Il n’était pas prévu
Pour une telle performance.
Merci qui ?
Parlant d’appareils de mesure,
Perso, j’utilise le keffieh-mètre.
Je possède le seul et unique exemplaire
Sur le marché.
Et ma foi, les amis,
J’ai une bonne nouvelle.
J’espère qu’elle n’est
Pas momentanée.
Au caberdouche que je hante,
Je l’avoue, quasi tous les jours,
Antre de la révolution mondiale,
Enfin, au niveau de notre capitale,
Mon péché mignon étant
L’observation ethnographique
Des masses populaires.
Eh bien, l’année passée encore,
Mon keffieh-mètre
Dépassait largement
La barre maximale.
Depuis quelques semaines,
Comme neige au soleil,
Les keffiehs ont disparu
Du cou de ces messieurs-dames.
Par contre, les noyaux durs,
Et ô combien purs,
Perdurent dans certaines hautes sphères,
Comme l’autre soir, lors d’un vernissage.
Des djeunes, bon chic bon genre,
Arboraient cet accessoire
— Must have —
Négligemment jeté ?
Non, savamment drapé,
Sur leurs révolutionnaires épaules.
Soupir.
Jacques Frojmovics
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