Sergente-major Eden Alon Levy, 19 ans. Commandante au Commandement du Front intérieur. Tombée au combat à Zikim le 7 octobre 2023
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Une photographie circule sur Facebook sans légende. Une jeune soldate israélienne sourit à l’objectif. Sous l’image, quelqu’un écrit : « Dommage. Faut laisser la guerre aux garçons. » La jeune femme s’appelait Eden Alon Levy. Elle avait 19 ans. Le 7 octobre 2023, elle est morte en combattant à Zikim, après avoir contribué à protéger les jeunes recrues placées sous sa responsabilité.
Une photographie circule sur Facebook.
Des soldats de Tsahal. Plusieurs jeunes femmes. Au premier plan, l’une d’elles regarde l’objectif. De longues tresses, le visage barré de peinture de camouflage, un énorme paquetage sur les épaules.
Et un sourire éclatant.
Pas de légende. Pas de nom. Pas de lieu. Pas de date.
Quelqu’un demande :
« Qui sont-elles ? »
On lui répond :
« Des combattantes de Tsahal. »
Alors viennent les « Bravo les filles », les « belles et si courageuses ».
Et puis un homme écrit :
« Dommage. Faut laisser la guerre aux garçons. »
La phrase pourrait faire sourire. Elle ne me fait pas sourire. Car la jeune femme au premier plan a un nom.
Eden Alon Levy.
Elle avait 19 ans. Et elle est morte le 7 octobre 2023 en combattant les terroristes du Hamas à la base de Zikim. Tsahal la recense comme sergente-major, commandante au centre d’entraînement du Commandement du Front intérieur.
À Zikim, il n’y avait plus de garçons et de filles
Ce matin-là, la base d’entraînement de Zikim, à quelques kilomètres de Gaza, abrite de très jeunes recrues. Lorsque l’attaque commence, les cadres leur ordonnent de se mettre à l’abri et prennent eux-mêmes les positions de combat. Beaucoup de ces cadres sont des femmes.
L’enquête de Tsahal sur la bataille établira qu’ils ont sauvé plus d’une centaine de recrues. Six commandants seront tués. Une seule recrue mourra. Les terroristes ne réussiront pas à prendre la base.
Parmi ceux qui tiennent se trouve Eden. À 6 heures du matin, elle est au poste du portail donnant accès au champ de tir. Lorsque les tirs commencent, plusieurs commandants la rejoignent.
Les combats durent. Des soldats sont blessés. Les autres continuent. À court de munitions et sous le feu, les défenseurs réclament des renforts. Une roquette antichar frappe finalement leur position. Eden Alon Levy, Adar Ben Simon, Yannaï Kaminka et Omri Niv Firshtein sont tués.
Eden avait dix-neuf ans.
« Je vous aime »
Mais un compte rendu militaire ne raconte jamais entièrement une vie. Eden dansait depuis l’enfance. Elle aimait la musique. Elle envisageait de poursuivre sa carrière dans l’armée et de devenir officier.
Sa mère, Inbar, était policière. Sa sœur Nofar avait elle-même été combattante. Une famille dans laquelle servir n’était pas un mot abstrait.
Le matin du 7-Octobre, alors que sa famille reçoit ses messages sans encore mesurer l’ampleur de ce qui se passe à Zikim, Eden leur envoie ses derniers mots.
« Je vous aime. »
Puis elle retourne au combat.
La guerre aux garçons ?
Il ne s’agit pas ici de célébrer la guerre. Encore moins de prétendre qu’envoyer des filles de dix-neuf ou vingt ans combattre serait en soi une victoire dont il faudrait se réjouir. La guerre est suffisamment abominable pour que personne n’ait à revendiquer le privilège de la faire.
Mais Israël possède cette particularité : certaines discussions qui peuvent demeurer théoriques ailleurs cessent brutalement de l’être lorsque la frontière est franchie.
Le 7 octobre, à Zikim, personne n’a organisé de colloque sur la place des femmes dans les unités combattantes. Personne n’a demandé si une jeune femme possédait les qualités traditionnellement attribuées au soldat masculin.
L’ennemi était là. Et elles aussi. Elles ont mis leurs recrues à l’abri. Elles ont pris les postes. Elles ont combattu.
Certaines sont mortes.
Ce n’est peut-être même pas l’égalité entre les hommes et les femmes que raconte Zikim. C’est quelque chose de beaucoup plus élémentaire. La responsabilité. Lorsque tout s’effondre, celui — ou celle — qui est chargé des autres reste devant.
Et puis il y a cette photographie
Trois ans plus tard, la photographie d’Eden voyage encore sur les réseaux sociaux.
Mais son nom s’est perdu. Son âge s’est perdu. Zikim s’est perdu. Le 7-Octobre s’est perdu.
Il ne reste plus qu’une très jolie jeune femme en uniforme, les yeux bleus, des tresses, de la peinture de camouflage sur le visage et un sourire immense.
Quelqu’un la regarde et écrit : « Dommage. Faut laisser la guerre aux garçons. »
Il ne savait pas qui il regardait.
Elle s’appelait Eden Alon Levy. Elle avait 19 ans.
Voilà pourquoi nous nous obstinons, où que nous écrivions, à remettre les noms sous les visages.



