À la fin des années cinquante, un petit garçon se promène dans un parc, la main dans celle de sa mère, rescapée d’Auschwitz. Elle lui montre des fleurs, lui apprend à regarder leurs couleurs, à respirer leurs parfums. Des années plus tard, Jacques Frojmovics raconte cette scène aux élèves qu’il rencontre. Parce que survivre ne signifiait pas nécessairement renoncer au bonheur. Même lorsque les nuits demeuraient peuplées de cauchemars.
Difficile à imaginer
De pouvoir découvrir
Et apprécier
De belles choses
Simples de la vie
Quelques années
Après Auschwitz.
Et pourtant.
Je me promène
Avec ma maman
Dans un parc,
À la fin des années cinquante.
Ma petite main dans la sienne,
On s’arrête
Devant un parterre
De fleurs.
« Regarde ces belles couleurs,
Hume ces parfums merveilleux. »
C’est une histoire
Que je raconte souvent
Aux jeunes élèves
Lors des ateliers de témoignage.
Lorsqu’ils me demandent
Comment les survivants
Ont vécu par après.
C’est le contre-exemple
Que je cite,
Non sans rappeler
Les suicides,
Les dépressions,
Le mutisme,
La folie.
Que d’autres rescapés
Ont vécus toute leur vie.
Mais que, par ailleurs,
Certains autres,
Dont ma maman,
Ont eu le privilège
De pouvoir vivre
Leurs journées
Dans le bonheur,
Tout en étant hantés
Chaque nuit
Par des cauchemars.
Jacques Frojmovics
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