Dans Le Siècle de ma mère, Martine Gozlan remonte un siècle de mémoire juive, de Souk-Ahras à la France de Vichy, de l’exil à la transmission. Fundji Benedict lit ce livre par les odeurs, les femmes, l’école, les silences et les traces — jusqu’à voir dans cette histoire familiale un « tombeau de papier » où le passé continue d’éclairer le présent.
La lumière bleue de Souk-Ahras
J’ai d’abord lu ce livre avec le nez. Dès les premières pages, dans la cuisine de la rue du Général-Valée où Guemara-Marie mène sa maisonnée à la baguette, flotte un parfum de poivron grillé mêlé à des effluves de coriandre et de cumin, qui s’évaporent pour laisser place à des senteurs de miel et de cannelle, tandis que sèchent sur la terrasse des nappes brodées « dont la blancheur humilie les voisines».
Viennent ensuite les briks à l’œuf qui doivent émerger de la poêle « miraculeusement dorés et moelleux », les makrouds qu’on apporte avec le café dans les tasses bleues, surtout pas la porcelaine, le berbouch parfumé au thym et à la menthe sauvage, la dafina qui mijote de longues heures pour le dîner du shabbat, les boulettes à l’œuf et au cumin. Le soleil des hauts plateaux pèse sur la nuque, les chardonnerets pépient sur tous les balcons de Souk-Ahras, et une enfant blonde aux yeux bleus file vers l’école en tirant son frère par la main. J’ai senti tout cela sur ma peau. En reprenant le livre crayon en main, j’ai cherché la bougainvillée qui avait accompagné ma lecture, ses bractées pourpres contre un mur chaulé. Elle n’y est pas. Martine Gozlan écrit les seringas, les lauriers-roses, les narcisses de février, les glycines de Vitry, le jasmin de Tunis. La bougainvillée venait de moi, de mes Afriques à moi, l’orientale et l’australe, où l’on est juive au bout d’un continent, et le livre l’avait appelée sans la nommer. Je tiens cette erreur de lectrice pour le premier hommage que je lui doive.
Le Siècle de ma mère s’ouvre pourtant sous un tout autre ciel. Une ombre s’assied dans un fauteuil, regarde le portrait d’un petit-fils qu’elle n’a pas connu et murmure : « Est-ce que ça va recommencer ? Et as-tu tout prévu ? » La narratrice, grand reporter qui n’a jamais craint les cris du monde, avoue avoir peur de la rue. Sa mère s’étonne de la mezouza fixée au linteau droit de sa porte ; il n’y en avait pas chez elles, dire qui l’on était au voisinage aurait été pure folie. La fille répond qu’elle ne croit pas en Dieu, mais au peuple juif. Puis elle descend chez un très jeune horloger faire changer le bracelet d’une montre des années 1950, choisit un cuir « entre parme et prune », et le temps de Béatrice recommence à battre à son poignet. Le livre se referme sur cette même montre, un siècle plus loin : « L’heure de Béatrice bat toujours à mon poignet pour me rappeler que le temps ne peut se rompre. » Entre ces deux battements, quatre titres portent chacun une femme, L’écolière, L’émancipée, La fugitive, La muette, et un cinquième, Retours, n’en porte plus aucune. Au pluriel et sans article, il appartient à la fille.
Cette architecture abrite un mouvement plus secret, que j’ai mis du temps à percevoir. La narratrice entre dans le récit à mesure que sa mère en sort. Elle y pénètre d’abord par effraction, dans une note de bas de page où la grand-mère Rose revient la visiter « tel un fantôme errant, un dibbouk disait-on en yiddish, sa langue natale ». Elle se glisse ensuite dans une incise, à Saint-Martin-le-Beau, lorsqu’elle confie avoir retrouvé, sept décennies plus tard, la trace de Raymonde Sergent. Au seuil de La muette, enfin, le « je » s’installe pour de bon : « La vie me fut donnée pour que je rende à mes parents la leur. » Le passage de relais s’accomplit dans la grammaire même, et les temps verbaux trahissent la blessure. Le récit algérien coule au passé simple et à l’imparfait, temps des contes et des souvenirs, jusqu’en septembre 1940, où il bascule soudain au présent : « Raymond, rendu à la vie civile, sans nouvelles de Béatrice depuis mai, espère la retrouver à Pazy. » Quelques lignes plus bas tombe la phrase la plus nue du livre. « Béatrice devient une ombre. » L’histoire cesse dès lors d’être racontée pour avoir lieu sous nos yeux, et le lecteur traverse la ligne de démarcation au pas des fugitifs.
Ce qui m’a retenue en anthropologue, dans les premiers chapitres, tient au déplacement du sacré. Dans la maison de Souk-Ahras, la religion prend la forme de corvées : traquer la moindre miette avant la
Pâque, préparer dès le jeudi les marmites du samedi, écosser les fèves avant Rosh Hachana. Au Seder, les enfants posent quatre questions, « quatre très exactement », mais seuls les garçons instruits en vue de leur bar-mitsva, « on disait la communion », s’empressent de les formuler. La fillette reste avec ses questions et en conclut que la fête n’apporte qu’un surcroît de vaisselle. L’école lui offre l’inverse exact de ce silence imposé. « Écouter, regarder, lire, écrire, compter, comprendre. Quel silence bienheureux.»
Martine Gozlan choisit alors un lexique qu’elle sait chargé : l’institutrice appartient à « une caste consacrée », les professeures de l’École normale d’El Kantara sont des « vestales en tailleurs sobres » officiant derrière des remparts d’un blanc virginal, et dans les salles de classe veillent « ces objets du culte : mappemondes, globes terrestres, squelette pour les leçons d’anatomie ». Le sacré a changé de temple. Une phrase, à mes yeux la plus belle du livre, scelle ce transfert. Quand Guemara, retirée de l’école par un père qui ne supportait pas son éclat de rire, retraverse quarante ans plus tard le préau pour plaider la cause de sa nièce, l’odeur de la craie et de l’encre « la grisait comme celle du bouillon à la coriandre qui rompait le long jeûne de Kippour ». L’école rompt un jeûne.
La cuisine elle-même porte cette tension. Guemara répète « On ne cuit pas l’agneau dans le lait de sa mère ! » sans avoir la moindre idée de ce que signifient ses propres mots, et René rapporte que même le rabbin ne sait pas pourquoi. Mary Douglas aurait reconnu là une grammaire de la séparation, un ordre du monde tenu par des frontières que l’on ne justifie pas parce qu’elles fondent tout le reste. Au réfectoire de l’École normale, Béatrice découvre au contraire « le mélange et l’exubérance », une gourmandise inconnue du temps où elle aidait sa tante à nourrir la maisonnée. Dans ce livre consacré à la transmission de mère en fille, la seule loi alimentaire citée interdit de mêler le petit au lait maternel. Béatrice passera sa vie à s’en éloigner, et sa fille écrit pour y revenir.
Le livre se lit aussi comme la généalogie que l’état civil avait refusé d’écrire. Nouna avait dix ans quand les Français prirent Constantine en 1837 ; sa fille Béia, née Khalifa en 1853, meurt avant la naissance de sa petite-fille ; Messaouda, la mère de Béatrice, emportée « d’une maladie de cœur, disait-on », n’a pas de visage, et sa date de décès demeure prisonnière des registres conservés par l’Algérie. René, au moment de sa bar-mitsva, explique à sa sœur qu’en hébreu « on est enfant de la maman. C’est écrit. On l’écrit. Mais les filles ne savent pas plus écrire l’hébreu que le français. » Chaque prénom porte cette double appartenance que l’autrice relève avec une précision d’ethnographe : Messaouda se double de Fortunée, Guemara de Marie, « l’un venu du fond des temps, l’autre calqué sur la vie française », et l’enfant de février 1909 est bénie deux fois par le chœur des femmes, « Mabrouk ! Mazeltov ! ». Je m’en voudrais de ne pas relever une homophonie que le livre laisse dormir. La tante qui apprend seule à lire dans sa cuisine, sur la Nouvelle Méthode de Gabet et Gillard, porte un prénom qui sonne comme la Guemara, le commentaire talmudique dont l’étude lui était fermée. Sur la couverture de son second manuel, une femme vêtue à l’antique désigne la carte de France à deux écoliers en sarrau, et Martine Gozlan note, d’une phrase sèche : « L’Algérie n’y figurait pas. »
Un fil plus ténu encore court d’un bout à l’autre du livre, et il m’a semblé en tenir la clef : le rire. Makhlouf Guedj retire sa fille de l’école parce qu’elle en est revenue en riant aux éclats, et cet éclat, « jailli d’un bonheur extérieur à son autorité, menaçait directement l’empire qu’il entendait exercer sur ses filles ». À la génération suivante, « le rire était une spécialité des garçons » : René et le cousin Roger volent les gâteaux de Rosh Hachana en riant, tandis que Béatrice rit peu, dans la crainte de déplaire à une mère épuisée qui avait la main leste. Devenue la muette, elle ne rira plus qu’aux retrouvailles avec son frère, après 1962, autour du souvenir des makrouds de Tante Marie. La dernière-née, celle qui écrit, se décrit au contraire comme « sa rieuse, sa frondeuse, sa sans-passé-apparent », chargée de consoler ses parents de la désolation par ses imitations de professeurs, devant la table basse en bois pâle. « Il était clair que moi […] je devais la venger. Ce qui fut fait. » Le rire confisqué à une fillette de Souk-
Ahras au temps des lois Ferry revient, un siècle plus tard, sous la plume de sa petite-nièce. Ce livre accomplit la vengeance d’un éclat de rire.
Reste la question que je me suis posée en le refermant : à qui s’adresse cette ode ? La tentation est grande de répondre l’Algérie, et pourtant Martine Gozlan ne peint aucun paradis. La ville coloniale, avec la monotonie de ses rues et la raideur de son tracé, « semblait un défi à la faune extraordinaire qui peuplait la région », et l’ennui y règne, que personne ne peut identifier ni surtout avouer. Le foyer étouffe sous le droit de regard du groupe familial, les corrections y sont monnaie courante, les rumeurs envahissent jusqu’à la cour de récréation. Les quartiers arabes, avec leurs foulards de noces, demeurent un monde entrevu de loin. Le maire de Constantine, Émile Morinaud, milite pour l’abrogation du décret Crémieux
; le 31 juillet 1932, plusieurs centaines de manifestants attaquent le siège de L’Avenir de Souk-Ahras et criblent de pierres le magasin d’un commerçant juif ; en août 1934, à Constantine, on relève vingt-quatre morts juifs, égorgés et mutilés, et « cette fois, la France n’avait pas protégé ses enfants ». L’amour de l’Algérie ne naît, dans ces pages, qu’au moment exact où l’on s’en arrache. Accoudée au bastingage en 1933, Béatrice entend Raymond lancer son adieu triomphal, « R’alass ! », et le mot arabe « siffla comme un lasso qui étrangle au vol le col du passé ». Elle comprend alors seulement qu’elle aimait ce pays, et la prose se déploie en une litanie que je cite parce qu’elle porte tout le livre : « Elle y laissait la poussière des étés et les champs de narcisses sur les hauts plateaux, et l’odeur de la terre mouillée. Elle y laissait les mouchoirs colorés des femmes aux mariages arabes […] et le parfum des coings qu’on respirait pour ne pas défaillir le jour de Kippour. » La nostalgie de Martine Gozlan naît de la rupture, et invente après coup le pays qu’on ne savait pas habiter.
La France reçoit une ode plus déchirée encore. Béatrice a les larmes aux yeux quand retentit La Marseillaise ; Mlle Wagner, fille d’instituteur, issue d’une famille alsacienne émigrée en Algérie dans les années 1860, protestante par sa mère et laïque par son père, installe les enfants les plus pauvres sur les meilleurs bancs, convaincue que les derniers seront les premiers. Vient le 3 octobre 1940. Le statut des Juifs chasse Béatrice de sa classe, l’abrogation du décret Crémieux rend cent dix-sept mille Juifs d’Algérie à la condition d’indigènes, et au fronton de l’école, la devise républicaine « est un mensonge ». La scène la plus cruelle se déroule dans le bureau même de Mlle Wagner, à Souk-Ahras, où une ancienne collègue devenue directrice refuse d’inscrire Jacqueline : « Ici, en Algérie, la loi est la loi pour les bons Français. » Deux femmes ont occupé le même bureau, et la France n’a plus désormais d’autre visage que celui des individus. Face au commissaire Tonnelier, rosette de la Légion d’honneur au revers, qui convoque Raymond en présence d’un officier allemand, se lève une chaîne de noms que Martine Gozlan arrache à l’oubli : la boulangère de Vitry, René Bigot, boulanger à Amboise, Raymonde Sergent, la communiste du Café de l’Union surnommée « le Rossignol », dénoncée en novembre 1942 et déportée à Auschwitz d’où elle ne revint pas, l’institutrice Germaine Renaud, l’abbé Marcel Lacour, curé d’Athée-sur-Cher, le batelier d’à peine vingt ans, le gendarme qui se contente de faire remplir un cahier. « Les berges du Cher sont ainsi festonnées de braves. » Une institutrice tient l’un des maillons. La république des écoles, que Vichy avait reniée, franchit la ligne dans une barque de pêcheur.
L’anthropologue s’arrête encore sur les scènes où le corps et la langue deviennent des laissez-passer. Gare d’Austerlitz, en septembre 1941, deux officiers allemands devancent le contrôle français ; l’un soulève Jacqueline dans ses bras et lance à son collègue : « On dirait une petite fille de chez nous ! » Ce blond « plus miel que blé », que l’autrice rattache dès les premières pages aux très lointains métissages des Juifs avec les premiers habitants berbères d’Afrique du Nord, ridiculise en un geste la science raciale du Reich, et la famille part vers la Touraine « sauvée par le blond berbère ». Quelques jours plus tôt, pourtant, Béatrice avait visité au palais Berlitz l’exposition sur les Juifs et la France, et guettait depuis son reflet dans les miroirs, redoutant de porter en elle la bête malfaisante des affiches.
À Marseille, faute de papiers, Raymond retourne contre Vichy sa propre humiliation légale : il se déclare « indigène » désireux de regagner son sol natal et obtient ainsi le droit d’embarquer. À Tunis, en janvier 1943, raflé avenue de France sur la désignation d’un jeune rabatteur, il récite à l’officier SS les vers de La Lorelei. L’Allemand le relâche, saisi d’entendre « un air immortel » dans une rue d’Afrique du Nord, sans savoir que le poème est de Heinrich Heine.
Guemara avait jeté de l’eau sous les pas de sa nièce, en 1925, pour s’assurer de la voir revenir. Béatrice n’est jamais revenue ; le rite s’est accompli à travers sa fille, et le dernier chapitre, Retours, en porte la trace. Je garde pour la fin le passage qui m’a le plus bouleversée. Claudine-Mariella naît à Tunis le 31 mai 1943, trois semaines après la libération de la ville, et s’éteint le 22 juin, nourrisson chétif d’une mère à qui les privations avaient ôté le lait et la force. Des décennies plus tard, Martine Gozlan, venue couvrir la révolution tunisienne, s’assied au crépuscule sur un banc du jardin Habib Thameur. Un très vieil homme prend place à côté d’elle, parle de sa petite promenade et de sa « petite âme », et lui demande si elle sait comment cela se dit en arabe. Elle le sait. Ruh’a, « le seul mot arabe que m’ait légué Béatrice », celui que sa mère avait murmuré en serrant Jacqueline en larmes, dans la rue froide de Souk-Ahras, après le refus de l’école. Le vieillard raconte alors que le jardin recouvre l’ancien cimetière juif, que les bulldozers ont retourné la terre avec les ossements, que les Juifs pleuraient et interdisaient à leurs enfants d’aller jouer sur la pelouse « de peur de profaner les esprits mélangés à la terre ». La fille se demande un instant si sa sœur repose sous cette herbe ; au Borgel, Henda, la gardienne musulmane qui tient le registre des inhumations, lui explique qu’on ne retrouve pas la tombe d’un bébé, tant on enterrait alors de nourrissons ensemble. À Souk-Ahras, des enfants jouent au football avec des boîtes de conserve entre la sépulture de Mardochée et la pierre plate de Messaouda, dont il ne doit plus rien subsister. Pour ces morts-là, le livre devient ce que sa quatrième de couverture nomme un « tombeau de papier », et peut-être le seul.
La muette éclaire enfin la place des photographies, et l’intelligence de l’éditeur. Béatrice déchirait sa correspondance et ses photos, sauf celles où figuraient ses filles, et même sur celles-là elle découpait sa propre silhouette. Elle enfermait ses secrets dans un secrétaire Louis XV égaré parmi des meubles d’une modernité rassurante, et se confiait, apprend-on, à sa femme de ménage. Au matin de sa mort, le 7 avril 1979, Raymond retrouve dans un vieil appareil les pellicules des clichés pris en 1931, lors des fiançailles à Souk-Ahras. « Ainsi revivra-t-elle en disparaissant. » Le cahier de photographies que l’on découvre au cœur du volume - Béatrice, Raymond, Constantine et la vie française d’après la traversée - répond au geste de la muette : elle avait détruit son image, le livre la lui rend. David Reinharc l’a compris en plaçant la dernière photographie du cahier sur la couverture du livre. Une jeune femme en manteau sombre, coiffée d’un chapeau de feutre plutôt masculin se tient devant un mur à la vigne nue, près d’une fenêtre ; au premier plan, l’arc chromé d’une calandre de voiture et le globe d’un phare annoncent la route. Elle ne sourit pas. Elle fixe l’horizon, le visage serré, le regard perçant comme sur les photos des plages bretonnes de 1937 que décrit sa fille. La femme qui effaçait sa silhouette des images occupe toute la surface du livre, et ferme le récit. Le sous-titre, « Une femme, un destin juif, un écho pour le présent », nous dit ce que l’éditeur a compris : ce livre sur 1909, 1934 et 1941 parle aussi de la peur d’aujourd’hui, celle d’une fille qui installe une mezouza à sa porte.
Martine Gozlan écrit avec le souffle des auteurs que Béatrice s’offrit avec son premier salaire : Lamartine et George Sand. Sa phrase s’étire sur toute une page de saveurs et de lumière, puis se contracte en quatre mots : « Ils ont franchi la ligne. » Elle sait se taire au bon endroit, ce qui, pour un livre consacré à une muette, témoigne d’un tact rare. Dans les dernières pages, l’autrice dresse l’inventaire de ses cinq sens de Française : un verre de chinon, un brin de mimosa, un moineau à la fenêtre, la reliure rêche des vieux livres sur les quais de Seine, le grand air de la liberté, jusqu’aux terrasses ensanglantées du 13 novembre 2015. Puis elle pose une question que je lis, moi aussi, en juive : « De génération en génération, quel juif ne s’est-il demandé s’il n’était pas le dernier de la lignée ? »
Dans la boutique, le jeune horloger tendait le bracelet réparé en disant qu’il aurait aimé connaître cette femme, et la fille répondait qu’elle aussi aurait aimé mieux la connaître. Je referme le livre en regardant encore la jeune femme au chapeau de feutre, debout contre son mur en hiver, près de la voiture qui va l’emporter.
Sur Le Siècle de ma mère de Martine Gozlan (Éditions David Reinharc) -


