Le mot « génocide » s’est imposé presque immédiatement dans le débat sur Gaza, jusqu’à devenir pour beaucoup une évidence qui ne se discute plus. Emmanuel Ruimy choisit de la discuter autrement : non par une démonstration, mais par dix-huit questions. Sur le retrait de Gaza, les permis de travail, les avertissements avant les frappes, l’aide humanitaire, les vaccinations, les évacuations ou encore le sort des otages. Des questions volontairement abruptes, adressées à ceux pour qui le verdict semblait acquis avant même que la guerre ne commence.
Chers spécialistes du « génocide », qui avez appris le mot le 8 octobre, votre intelligence m’impressionne et me dépasse. Un modeste idiot vous soumet ses questions. Soyez indulgents :
— Pourquoi plus de 97 % des Gazaouis sont-ils toujours en vie après trois ans de guerre, s’il s’agit d’un génocide ?
— Pourquoi Israël s’est-il retiré de Gaza en 2005, si le projet est un génocide ?
— Pourquoi avoir fourni l’électricité et une partie de l’eau de Gaza pendant dix-huit ans, si le projet est un génocide ?
— Pourquoi près de 20 000 Gazaouis avaient-ils un permis de travail en Israël à la veille du 7-Octobre, si le projet est un génocide ?
— Pourquoi attendre 75 ans, et commencer précisément après le pire massacre de Juifs depuis la Shoah, si le projet est un génocide ?
— Pourquoi le Hamas, dont la charte appelle à tuer les Juifs et qui a mis son programme en pratique en massacrant des familles entières le 7-Octobre, n’est-il jamais accusé de génocide, lui ?
— Pourquoi prévenir par SMS et par tracts avant de frapper, s’il s’agit d’un génocide ?
— Pourquoi publier des cartes d’évacuation quartier par quartier, s’il s’agit d’un génocide ?
— Pourquoi envoyer des soldats mourir dans les rues au lieu de tout raser d’en haut, s’il s’agit d’un génocide ?
— Pourquoi le Hamas se cache-t-il sous les civils, alors que les boucliers humains ne fonctionnent que contre une armée qui cherche à les épargner, s’il s’agit d’un génocide ?
— Pourquoi vacciner des centaines de milliers d’enfants palestiniens contre la polio, s’il s’agit d’un génocide ?
— Pourquoi faire entrer des dizaines de milliers de camions de nourriture, s’il s’agit d’un génocide ?
— Pourquoi évacuer des milliers de malades vers des hôpitaux étrangers, s’il s’agit d’un génocide ?
— Pourquoi accepter des cessez-le-feu en échange d’otages, s’il s’agit d’un génocide ?
— Pourquoi arrêter la guerre le jour où le Hamas rend les otages, s’il s’agit d’un génocide ?
— Pourquoi épargner les deux millions d’Arabes israéliens d’origine palestinienne — environ 20 % de la population —, s’il s’agit d’un génocide ?
— Pourquoi la guerre est-elle à Gaza et non en Cisjordanie, où vit la majorité des Palestiniens, s’il s’agit d’un génocide ?
— Pourquoi parlait-on déjà de génocide avant même l’entrée des troupes israéliennes à Gaza, s’il s’agit d’un constat et non d’un slogan ?


