De Guillaume Tell à la table de Rosh Hashanah, une pomme traverse les récits. Jacques Frojmovics y voit davantage qu’un symbole du savoir : une invitation à tempérer la connaissance par l’humanité, et nos certitudes par un peu de douceur.
Guillaume Tell
L’a utilisée
Dans les Alpes
Pour démontrer
Son adresse
D’archer
La pomme,
Ce fruit modeste
Aux rondeurs
Sympathiques
Ornera bientôt
Nos tables
Avant d’être plongée
Dans la douceur
Du miel
Un fruit
Dont la Bible
Ne révèle jamais
Le nom
Et puis
Tout le monde
Connaît la suite
Notre innocence
S’est envolée
Le jour où
Nous avons goûté
À la connaissance
Ce couteau
Souvent
À double tranchant
Capable du pire
Comme du meilleur
Alors j’ai songé
Que cette coutume
De tremper la pomme
Dans le miel
Est
Une invitation
À tempérer
Le savoir
Par l’humanité
À adoucir
Nos certitudes
Pour guider
Nos pas
Durant l’année
Nouvelle
Jacques Frojmovics
___________________________
Jacques Frojmovics, quelques lignes et tout un monde
Il lui suffit de quelques lignes. Un mot yiddish, un souvenir familial, une indignation, une absurdité de notre temps, et Jacques Frojmovics en fait un billet.
Depuis longtemps, il écrit ainsi : court, léger souvent, grave parfois, drôle presque toujours jusque dans la gravité. Une écriture à pas comptés, qui semble ne pas y toucher et touche pourtant juste.
Fils de survivants de la Shoah, engagé aujourd’hui dans la transmission de leur histoire auprès des jeunes générations, il sait mieux que beaucoup ce que les mots peuvent porter de mémoire. Mais il sait aussi qu’une mémoire vivante ne se récite pas : elle observe le présent, s’en amuse, s’en inquiète, le rappelle parfois à l’ordre.
Chez lui, un krekhts peut raconter le peuple juif, un Kaddish sauver une vie, et quelques lignes sur les réseaux sociaux devenir une leçon de dignité.
Habayta garde précieusement cette voix-là.
Le billet de Jacques Frojmovics : quelques lignes, chaque jour ou presque, pour sourire, se souvenir, s’agacer — et penser.


