Habayta.
En hébreu, ce n’est pas « la maison ».
C’est un mouvement.
Vers la maison. Chez soi. Rentrer.
Un jour, mille musiciens israéliens se sont réunis pour jouer Habayta, la chanson d’Ehud Manor et Yair Klinger. Ils ne célébraient rien. Ils appelaient les otages du 7-Octobre à revenir.
Bring them home.
Habayta.
Le « Homeland Concert » a réuni à Césarée un millier de musiciens et de chanteurs israéliens autour de Habayta, la chanson d’Ehud Manor et Yair Klinger, pour appeler au retour des otages du 7-Octobre. Les familles des otages ont participé aux chœurs. Le projet, initié et produit par Talya Yarom, a mobilisé bénévolement une large partie du monde musical israélien.
Ce mot avait été écrit bien avant eux. Il avait déjà traversé une autre guerre, d’autres absences, d’autres attentes. Ce jour-là, il retrouvait sa terrible simplicité : que ceux qui sont loin reviennent. Que ceux que l’on attend franchissent enfin la porte.
Nous avons appelé notre journal HABAYTA.
Il faut donc dire ce que ce nom signifie pour nous. Et peut-être davantage encore ce qu’il ne signifie pas.
Habayta n’est pas un mot d’ordre.
Ce journal n’appellera pas les Juifs de France à partir pour Israël. Il ne leur commandera pas davantage de rester en France. Nous ne déciderons pour personne où commence son chez-soi.
Car une maison n’est pas toujours une adresse.
On peut avoir une maison à Paris et une part de soi à Jérusalem. Être israélien et aimer ailleurs. Être juif sans vivre en Israël et savoir pourtant que l’existence d’Israël a changé quelque chose d’irréversible à sa présence au monde.
On peut partir. Revenir. Rester. Hésiter. Aimer deux langues, deux paysages, plusieurs fidélités, sans demander à quiconque la permission.
Habayta ne désigne pas une destination. Il dit la possibilité du retour.
C’est aussi pour cela que nous avons voulu faire de ce journal une maison de plumes.
Il y aura ici des femmes et des hommes qui ne pensent pas tous la même chose — Dieu merci.
Des Juifs et des non-Juifs. Des Français, des Israéliens, des ailleurs. Des croyants, des incroyants. Des gens de droite et de gauche, et quelques-uns probablement devenus allergiques à ces deux mots. Des amoureux d’Israël qui se disputeront sur Israël. Des voix qui se répondront, parfois rudement.
Nous ne leur demanderons pas de déposer leurs désaccords à l’entrée : une maison où chacun pense pareil n’est pas une maison. C’est une caserne.
Mais une maison a des murs.
Les nôtres sont connus.
L’antisémitisme n’y entrera pas. Le racisme non plus. Ni la haine travestie en opinion. Ni le complotisme grimé en information. Ni cette étrange maladie de notre époque qui consiste à ne plus répondre à quelqu’un mais à l’excommunier.
Pour le reste, la porte est ouverte.
Voilà pourquoi, sous notre nom, il y a un autre mot hébreu :
בואו — Bo’u. Venez.
Deux mots, finalement, suffisaient peut-être à écrire notre ligne éditoriale.
Habayta. Vers la maison.
Bo’u. Venez.
Et depuis le 7-Octobre, impossible de prononcer Habayta sans entendre aussi ceux pour lesquels ce mot fut une supplication : ramenez-les à la maison.
Nous ne nous approprions pas cette douleur. Nous savons seulement d’où nous écrivons. Nous savons ce qui s’est brisé ce jour-là et ce qui, depuis, exige de nous mémoire, lucidité et fidélité aux faits.
Alors nous avons construit une maison.
Pas pour nous y enfermer.
Pour pouvoir ouvrir la porte.
בואו.
Bienvenue chez vous.
Sarah Cattan
Merci à Jolea



