« Hakol beseder » : tout va bien. À bord d’un avion qui aurait pu ne jamais arriver à destination, un passager répète ces mots pour rassurer les siens — peut-être aussi pour se rassurer lui-même. Jacques Frojmovics s’arrête sur cette formule presque ordinaire au milieu de l’extraordinaire : fatalisme, inconscience, ou cette étrange faculté de continuer à vivre quand tout pourrait basculer ?
Hakol beseder
Tout baigne
En hébreu.
Alors qu’en réalité,
Nous avons frôlé
Le bain de sang.
On entend dire
Et répéter
« Hakol beseder »
Par un passager
Qui tente,
Tant bien que mal,
De rassurer sa femme
Et ses voisins,
Tout en filmant
Ce qui aurait pu devenir
Son propre
Message d’adieu.
Lors de l’attentat
Durant un vol
Dubaï – Tel-Aviv.
Une fois de plus,
On peut malheureusement
Constater
Qu’à force
D’attentats,
De roquettes,
De pogroms,
L’exceptionnel
Finit parfois
Par ressembler
À l’ordinaire.
Presque
Business as usual.
Certains crient
« Allah hou Akbar »
Pendant qu’ils tuent
Ou se tuent.
D’autres murmurent
« Hakol beseder »
Comme pour dire :
Attendons.
Voyons venir.
On verra bien.
Inconscience ?
Fatalisme ?
Ou simplement
Cette étrange faculté
De continuer à vivre


