Pas d’images d’archives du massacre, pas de violence montrée. Dans Heartbreak, Jessica Vaturi-Dembo choisit un mime, le noir et blanc et le silence pour traverser Israël au cours de la première année qui suit le 7-Octobre.

Heartbreak : quand les images se taisent
Un film de Jessica Vaturi-Dembo
Comment filmer l’après-7-Octobre sans montrer les massacres ? Comment raconter une société blessée sans transformer sa douleur en spectacle ?
Avec Heartbreak, la réalisatrice franco-israélienne Jessica Vaturi-Dembo choisit une voie singulière : celle du silence, du mime et du noir et blanc.
Son film, réalisé en 2025, se situe à la frontière de la fiction et du documentaire. Il traverse Israël entre octobre 2023 et octobre 2024, au cours de cette première année où le pays tente de vivre avec le traumatisme du massacre et la guerre qui lui a succédé.
Au centre du récit, un personnage : Heartbreak. Un homme qui ne parle pas. Un mime, un danseur, une silhouette à la fois fragile, espiègle et poétique.
Il marche, observe, rencontre. Il écoute surtout.
À travers lui, le spectateur découvre des hommes et des femmes confrontés à la perte, à la peur, à l’absence. Des personnes qui racontent ce qu’elles ont traversé, tandis que le personnage leur répond par les gestes et les mouvements de son corps.
Un film né d’un cri
Jessica Vaturi-Dembo vivait en Israël lorsque le Hamas a perpétré les massacres du 7 octobre 2023.
Dans sa note d’intention, elle raconte une nuit de décembre 2023. Un cri terrible retentit dans son voisinage. Elle croit d’abord à une nouvelle attaque. C’est celui d’une mère qui vient d’apprendre la mort de son fils, tué à la guerre.
Ce cri est à l’origine de Heartbreak. Le film lui est dédié.
Comment donner une forme cinématographique à une douleur qui semble dépasser les mots ?
La réalisatrice choisit de ne pas reproduire les images de violence. Elle invente un personnage capable de traverser les souffrances sans les expliquer, sans les juger, sans prétendre les résoudre.
Buster Keaton, Marcel Marceau et la tragédie
Les références revendiquées sont celles de Buster Keaton et de Marcel Marceau.
Comme dans le cinéma muet, le corps devient un langage. Un mouvement, une immobilité, un regard peuvent exprimer ce qu’un dialogue ne saurait contenir.
Les masques portés par les interprètes évoquent également le théâtre de la Grèce antique. Ils permettent aux personnages de dépasser leur individualité pour accueillir une émotion plus universelle.
Le noir et blanc participe de cette recherche. Il retire aux images une partie de leur immédiateté documentaire, sans effacer la réalité des rencontres.
Car Heartbreak ne se contente pas de construire une fiction. Le réel vient constamment traverser le parcours de son personnage.
Le mime rencontre des personnes qui ont vécu la tragédie. Leurs paroles, leurs silences et leurs visages appartiennent au présent d’Israël.
Raconter sans démontrer
Jessica Vaturi-Dembo revendique une démarche artistique plutôt que politique.
Son personnage n’est ni un enquêteur ni un porte-parole. Il n’est pas chargé de produire une analyse de la guerre ou de distribuer les responsabilités.
Il reçoit des témoignages.
Cette position ne signifie pas que la guerre disparaît. Elle demeure partout présente, dans les récits, les absences, les corps et les lieux traversés.
Mais la réalisatrice refuse d’en faire le spectacle.
Elle laisse exister les êtres avant les discours.
Il y a dans cette démarche une question qui dépasse le cinéma : comment continuer à regarder des personnes lorsque l’actualité tend à les réduire à des chiffres, à des symboles ou à des positions politiques ?
L’art comme refuge
Heartbreak ne promet pas de réparer ce qui a été détruit.
Il tente autre chose : ouvrir un espace où la douleur peut être exprimée sans devoir immédiatement se justifier.
La parole des témoins rencontre le silence du mime. La fiction accueille le documentaire. Le mouvement accompagne les récits de ceux qui cherchent encore à tenir debout.
Au terme de cette traversée, une idée demeure : lorsque les mots ne suffisent plus, il reste parfois le corps, le geste, la présence.
Et le cinéma.
Heartbreak, film franco-israélien de Jessica Vaturi-Dembo, 2025. Fiction et documentaire, noir et blanc.
Pour découvrir le film, sa bande-annonce et le dossier de presse :
https://jessicavaturidembo.com/heartbreak-2



Je n ai pas encore vu le film, mais d adhere pleinement a l idee que " les mots ne suffisent plus" .
La lecture de certains ecrits des rescapés de la Shoah nous entrainait deja sur ce terrain : certains consideraient , alors, que leur malheur ne pouvait trouver ses mots .
Je reste rempli d une immense tristesse doublé d une admiration sans borne pour ces parents israeliens qui viennent a l ecran evoquer leurs enfants suppliciés , et je sais que leurs regards parlent plus que leurs mots .