Dans les paysages paisibles de l’Allgäu bavarois, Jacques Frojmovics rencontre des élèves et des enseignants habités par une histoire qui ne passe pas. Petits-enfants d’une génération compromise ou silencieuse, ils lui confient leurs interrogations, leurs craintes, parfois leur culpabilité. Face au fils de survivants de la Shoah, la mémoire cesse d’être une leçon abstraite. Elle devient une rencontre. Profondément humaine.
Voilà quelques jours,
Que je bats la semelle
Dans cette région de l’Allgäu,
Où l’on s’attend à voir Heidi
À chaque détour d’un sentier,
Mener son troupeau
De vaches dans les alpages.
Ici, on est loin des discours,
Des conférences
Et des symposiums
Sur l’antisémitisme.
On ne voit ni affiches
« Free Palestine »,
Ni croix gammées,
Gravées sur les portes.
Faudrait pour cela
Trouver un Juif
Dans la foule.
L’antisémitisme pourtant
Est l’une des thématiques,
Dont on parle
Et que l’on combat.
Les jeunes élèves bavarois craignent
De ne pas être aimés,
A l’étranger,
Parce que petits-enfants de…
Les profs se confient,
Me parlent de cette chape de silence,
Que leurs grands parents
Ont imposé,
L’un ayant été pendu par la résistance,
Un autre “conducteur de locomotive”
En France…
Mes interventions
Bien que accueillies
Avec beaucoup d’émotion,
Les trouble,
me confient certains profs.
Le sentiment profond de culpabilité,
Ils m’en parlent sans retenue,
Et les paroles se déversent
Comme une rivière,
Dont on aurait enfin
Ouvert les vannes.
Avides d’entendre
Des histoires vécues,
D’écouter un Juif
Leur raconter l’indicible,
Comme si, soudain,
L’Histoire prenait un visage
Une voix
Une présence
Pour moi c’est un moment
De rencontre,
De communion,
Profondément humain.


