Il faudra bien rentrer.
Doucement, j’essaye de me sevrer.
…
Du lemon/nana sur la plage, de Nahalat Benyamin piétonnisée toute la nuit pour faire la fête avec une jeunesse qui se bat chaque jour.
De la polémique sur la grève surprise à l’aéroport Ben Gourion, qui a fait plus de dommages qu’un missile iranien.
De toutes ces discussions passionnées, avec mes amis israéliens, sur le manque de charisme d’Eizenkot, la roublardise de Bibi, la crétinerie fascistoïde de Ben Gvir.
De cette serveuse du Tzfon Abraxas qui me révèle que son rêve est de visiter Le Louvre, de ce schnorrer, version 2.0, qui me tend un terminal de CB pour la tzedaka, de ce jeune juif hollandais qui vient de faire son aliya et qui me parle de Spinoza.
Du bruit des rotors d’hélicoptères, en surveillance dans le ciel, qui me rappelle que le danger n’est jamais loin.
De ce petit-cousin, que je ne connaissais pas, qui était le 7 octobre au festival Nova et qui a survécu à la barbarie.
…
Il faudra bien rentrer.
Et se réhabituer à voir cette jeunesse petite bourgeoise, très peu créolisée, se pâmer devant un gourou logorrhéique, aux universités d’été de LFI.
Ces imbéciles irresponsables qui nous précipitent contre le mur d’un duel RN/LFI.
…
Il faudra bien rentrer.
Lire chaque jour un nouveau fait-divers antisémite.
S’entendre dire que « nous sommes trop nombreux », responsables et coupables de tous les malheurs du monde.
…
Prolonger jusqu’au dernier instant, le spectacle de ce soleil qui plonge dans la mer.
Les hauts-parleurs de la cabine des matzilim se sont tus.
Le vent, qui s’est levé, fait palpiter les drapeaux bleus et blancs.
Je frissonne.
Peut-être ne pas rentrer, en définitive.
Daniel Sarfati



