Une proche d’Itaï Hen raconte avoir quitté en pleurs un événement où une vidéo consacrée au retour des otages avait omis les morts. Dans ses mots, aucune colère contre la joie des retrouvailles. Seulement cette demande : qu’il ait, lui aussi, sa place.
« Il ne peut pas monter sur scène. »
La phrase est courte. Elle arrive après deux autres, tout aussi nues : « Il n’est pas revenu vivant. Nous n’avons pas de fin heureuse. »
Une femme parle d’Itaï Hen. Elle raconte un événement auquel ses proches et elle ont assisté, presque par hasard. Une vidéo y évoquait le retour des otages à la maison, accompagnée d’une chanson émouvante. Selon son témoignage, Itaï et les autres otages morts n’y figuraient pas.
Alors, au milieu d’une salle dont elle pense que personne d’autre n’a remarqué cette absence, elle a éprouvé une blessure qu’elle résume ainsi : « Notre Itaï est un otage de seconde catégorie. »
Il faut entendre ce que coûte une telle phrase.
Il faut aussi lire la suite. Cette femme ne nomme pas les organisateurs. Elle ne désigne personne à la réprobation publique. Elle croit même qu’ils n’ont pas voulu lui faire de mal.
Mais elle est repartie en pleurs.
Il y a une délicatesse immense dans cette manière de raconter. Aucun reproche adressé aux survivants. Aucune contestation de la joie de ceux qui ont retrouvé un enfant, un conjoint, un frère. Elle demande une place pour Itaï dans les images qui racontent le retour.
Cette place aurait pu tenir à une photographie. À un nom. À quelques secondes pendant lesquelles la salle aurait su qu’il fallait aussi penser à lui.
Nous comprenons si bien les images des retrouvailles. Nous les attendons, nous les regardons, nous y revenons. Un visage apparaît. Deux êtres se reconnaissent. Des bras se referment. Après tant de peur, quelque chose de la vie reprend.
Comment raconter, dans le même hommage, le retour de celui que personne ne pourra plus serrer vivant contre soi ?
Les familles qui ont attendu les dépouilles ont, elles aussi, attendu un retour. Elles se sont battues pour qu’un être aimé puisse être ramené, identifié, inhumé. Pour disposer d’une tombe où venir. Pour accomplir des gestes que la captivité du corps leur interdisait encore.
Ce retour a une importance immense. Il laisse pourtant entière l’absence de celui qui aurait dû rentrer vivant.
Itaï ne pourra pas monter sur scène. Il ne pourra pas prendre un micro, raconter, remercier. Il ne pourra pas faire apparaître son visage dans le récit autrement que par les images que nous choisirons de garder et de montrer. Sa place dépend désormais de l’attention des vivants.
C’est une responsabilité très concrète pour ceux qui préparent une cérémonie, montent un film, écrivent un hommage : regarder aussi qui manque. Se demander quelle famille, assise dans la salle, attendra en vain de voir apparaître un nom.
Nous ignorons les circonstances précises de l’événement évoqué. Ce témoignage ne permet pas de juger toutes les cérémonies. Il nous permet, en revanche, d’entendre ce qu’une omission peut faire à ceux qui portent déjà un deuil.
Cette femme a pris soin de préserver les autres jusque dans sa peine. Elle leur accorde l’absence de mauvaise intention. Elle leur laisse leur joie.
Accordons à sa douleur toute notre attention.
Itaï ne peut pas monter sur scène.
Nous pouvons prononcer son nom.
Sarah Cattan
« אתמול השתתפנו בארוע שבכלל לא ציפינו שעניין החטופים יהיה במרכזו,
למען האמת אפילו די במקרה היינו שם.
אבל בפועל שוב נזרקה בפנינו המציאות הקשה.
איתי שלנו חטוף סוג ב.
הוא לא חזר בחיים,
אין לנו סוף טוב.
הוא לא יכול לעלות לבמה.
הוא וחבריו החטופים החללים לא היו מספיק חשובים לציון בסרטון סיכום של החזרת החטופים הביתה כחלק משיר מרגש.
והאמת , אני חושבת לצערי שאף אחד באולם חוץ מאיתנו לא חש את העלבון הזה.
אף אחד לא חשב שמשהו לא בסדר.
לצערי אני מאמינה שיש בארץ ובעולם טקסים רבים כאלו שבהם אין שום צורך וחשיבות להזכיר שגם חטופים חללים חזרו הביתה והם חלק מהסיפור.
איתי חן גיבור ישראל אהוב שלי סליחה.
סליחה שאתה לא חשוב מספיק לאזכור ושנפילתך בקרב הירואי והחזרתך לארץ אחרי 760 יום אחרי מאבק אומלל לא חשוב מספיק לאזכור.
אני בכוונה לא מציינת איפה היה הארוע.
מי שיודע יודע.
ולצערי כמו שכתבתי זה בטוח לא הארוע היחיד שמתקיים במתכונת כזו.
אני אפילו מאמינה שלא היתה כוונה לפגוע בנו אבל יצאתי בוכה.




