Le chiffre de 1 318 membres des forces de sécurité tombés depuis le 7-Octobre est exact. Mais il ne dit pas, à lui seul, le bilan humain de ces trois années. Il faut y lire aussi les 1 029 civils tués, et cette autre comptabilité : celle des 87 286 civils reconnus comme victimes d’actes hostiles. Des catégories différentes, des statuts différents, des chiffres qui ne s’additionnent pas tous de la même manière — mais qu’il faut lire ensemble.
Un chiffre vient d’être publié et il est vertigineux : 1 318.
Depuis le matin du 7 octobre 2023, 1 318 membres des forces de sécurité israéliennes ont été tués. Le ministère de la Défense en a publié le bilan ce dimanche 4 octobre, à l’approche du troisième anniversaire du massacre. משרד הביטחון
La dépêche française d’i24NEWS le rapporte avec exactitude : le décompte comprend les soldats de Tsahal, les policiers, les agents du Shin Bet, les personnels de l’administration pénitentiaire, les pompiers, les responsables locaux de la sécurité et les membres des unités civiles d’intervention. i24NEWS
Mais 1 318 n’est pas le nombre des morts israéliens depuis le 7-Octobre.
C’est le nombre des morts relevant du ministère de la Défense.
Et la distinction est essentielle.
Car, parallèlement, une autre administration israélienne tient une autre comptabilité : celle des victimes civiles des actes hostiles, prise en charge par le Bituah Leumi, l’Assurance nationale israélienne.
Son bilan publié pour ce même troisième anniversaire est de 1 029 civils tués depuis le 7 octobre 2023. Parmi eux, 668 hommes et 361 femmes ; 88 étaient des ressortissants étrangers. Soixante-trois étaient des enfants ou des adolescents de moins de 18 ans. i24NEWS
Le seul 7 octobre, 778 civils ont été assassinés. i24NEWS
Il y avait les familles de Be’eri, de Kfar Aza, de Nir Oz, de Nahal Oz.
Il y avait les jeunes de Nova.
Il y avait les personnes abattues sur les routes.
Il y avait les habitants brûlés dans leurs maisons.
Il y avait les travailleurs étrangers.
Puis il y eut ceux tués dans les attentats, par les roquettes et les missiles, sur les différents fronts de cette guerre.
Ils ne figurent pas dans les 1 318.
Deux chiffres qu’il faut lire ensemble
Les deux décomptes répondent à deux statuts administratifs différents.
Le ministère de la Défense compte aujourd’hui 1 318 morts relevant des systèmes de défense et de sécurité : 1 153 morts comptabilisés par Tsahal — parmi lesquels 43 membres des unités locales d’intervention —, 116 policiers, neuf membres du Shin Bet, cinq membres des services d’incendie et de secours, onze membres de l’administration pénitentiaire, ainsi que 24 invalides décédés des suites de blessures liées à la guerre. i24NEWS
L’Assurance nationale compte de son côté 1 029 civils tués dans des actes hostiles depuis le début de la guerre. i24NEWS
Les deux catégories ne se recouvrent pas dans cette comptabilité administrative.
1 318 + 1 029 = 2 347.
Ce nombre de 2 347 n’est pas présenté par les autorités comme un nouveau « bilan officiel » unique : c’est la somme des deux catégories officielles publiées simultanément.
Cette précision compte.
Parce que les chiffres, lorsqu’ils sont sortis de la catégorie qu’ils mesurent, peuvent finir par faire disparaître ceux qu’ils ne comptent pas.
Et il n’y a pas que les morts
Le bilan publié aujourd’hui dit encore autre chose.
Depuis le début de la guerre, 87 286 civils ont été reconnus comme victimes d’actes hostiles. Parmi eux, 34 878 ont été reconnus pour une atteinte psychique, 3 171 pour une atteinte physique et 2 355 pour des atteintes à la fois physiques et psychiques. Vingt-quatre ont subi une amputation. i24NEWS
Du côté des familles des membres des forces de sécurité tombés depuis le 7-Octobre, le ministère de la Défense dénombre plus de 7 150 nouveaux membres de familles endeuillées : 2 143 parents, 355 veuves, 880 orphelins et 3 772 frères et sœurs. משרד הביטחון
Dans les familles des victimes civiles, l’Assurance nationale compte depuis le début de la guerre 1 216 orphelins, 300 veufs et veuves, 1 204 parents endeuillés et 2 281 frères et sœurs endeuillés. i24NEWS
Ce sont encore des chiffres.
Mais chacun d’eux désigne quelqu’un qui continue à vivre avec une place vide.
Compter tout le monde
À l’approche du 7 octobre, Israël recompte ses morts.
Il doit les compter avec précision.
Les soldats.
Les policiers.
Les membres des unités d’intervention.
Les pompiers.
Les agents du Shin Bet.
Et les civils.
Les 1 318 ne doivent pas effacer les 1 029.
Pas davantage qu’il ne faudrait ajouter mécaniquement une catégorie — les otages morts, par exemple — lorsqu’elle est déjà comprise dans l’un ou l’autre de ces décomptes.
La rigueur ne diminue pas le deuil.
Elle lui rend ses noms, ses catégories, son étendue.
Trois ans après le 7-Octobre, le chiffre à retenir n’est donc pas seulement 1 318.
Il y a 1 318 membres des forces de sécurité tombés.
Il y a aussi 1 029 civils tués.
Et il y a encore cette autre comptabilité, celle des 87 286 civils reconnus comme victimes d’actes hostiles : blessés, mutilés, traumatisés, atteints dans leur corps ou dans leur psychisme.
Ces chiffres ne s’additionnent pas tous de la même manière. Ils ne désignent pas les mêmes statuts. Mais ils appartiennent à une même réalité humaine.
Le bilan du 7-Octobre et de la guerre ne tient donc pas dans un chiffre.
Il tient dans plusieurs comptabilités qu’il faut lire ensemble.



