À sept semaines des élections israéliennes du 27 octobre, HaBayta ouvre ses pages aux voix qui vont traverser une campagne décisive. Thérèse Zrihen-Dvir ne dissimule ni son choix ni sa colère : pour elle, le « Tout sauf Bibi » a profondément fracturé Israël et Benyamin Netanyahou demeure, après le 7 Octobre et la guerre, l’homme auquel confier le pays. Une tribune résolument engagée — appelée, comme toutes celles que nous publierons, à rencontrer ici la contradiction.
Par Thérèse Zrihen-Dvir
Au carrefour de Kaplan, la contestation politique a dépassé, à mes yeux, le stade du simple débat démocratique pour révéler une fracture identitaire et sociale profonde.
Ce déchaînement, loin d’être un mouvement purement spontané, s’inscrit dans un environnement où interviennent également des influences et des financements extérieurs, notamment européens et américains. Le rôle de certains de ces financements auprès d’organisations liées à la contestation fait lui-même l’objet de controverses. Il n’en demeure pas moins que, pour une partie de la société israélienne, ils apparaissent comme des catalyseurs supplémentaires de division.
En exacerbant les tensions internes au moment même où la sécurité nationale est en jeu, ces dynamiques menacent les fondations d’un peuple dont l’histoire, depuis la renaissance de son État, est celle d’une lutte acharnée pour sa propre survie. Au-delà des clivages politiques, c’est cet instinct premier de conservation qui se retrouve aujourd’hui pris dans les flammes de la discorde.
À cette équation complexe s’ajoute le rôle paradoxal d’une partie de l’élite sécuritaire. L’implication de certains anciens généraux de l’armée dans la contestation politique a, selon moi, porté une atteinte profonde à la cohésion nationale. Que d’anciens responsables de la sécurité utilisent le prestige acquis au service de l’État pour intervenir directement dans l’affrontement politique ne peut être considéré comme anodin.
Ce mouvement trouve également un écho dans ce que les détracteurs de certaines institutions désignent comme un « État profond » (deep state), auquel ils associent une partie des élites laïques du pays, accusées d’être devenues étrangères aux réalités de sa survie.
À cela s’ajoutent les accusations extrêmement graves portées contre Israël et ses soldats depuis le 7 Octobre — accusations de génocide, mais aussi accusations de mauvais traitements et de violences sexuelles sur des détenus. Leur retentissement international a contribué à nourrir une hostilité considérable envers Israël et s’est accompagné d’une flambée d’antisémitisme dans de nombreux pays.
Ce climat de fragmentation ne pourrait, à mes yeux, perdurer avec une telle intensité sans le rôle joué par les principaux canaux télévisés d’information.
Une partie des médias israéliens semble avoir fait du « Tout sauf Bibi » une grille de lecture permanente de la vie politique. Le débat démocratique risque alors de se transformer en campagne continue, où l’opposition à un homme finit par tenir lieu de projet politique.
C’est là que le piège se referme.
Alors que les images de dissension tournent en boucle sur les écrans, les ennemis d’Israël observent un pays profondément divisé. Le carrefour Kaplan est ainsi devenu, pour une partie de la population, le symbole d’une vulnérabilité qu’Israël s’inflige à lui-même.
Pour un peuple confronté depuis sa naissance à la question de sa survie, sortir de cette spirale est devenu une nécessité.
Le moment des urnes
C’est dans ce contexte de polarisation extrême que les prochaines élections législatives israéliennes prennent une dimension particulière.
Face aux pressions multiples auxquelles le pays est soumis, l’argument en faveur d’un leadership fort et éprouvé devient central pour une partie de l’électorat.
J’en fais partie.
La poursuite du combat pour la sécurité d’Israël exige, selon moi, un dirigeant de la trempe de Benyamin Netanyahou, capable de résister à la fois aux pressions extérieures et aux secousses intérieures.
Après le 7 Octobre et la guerre qui l’a suivi, cette question ne peut plus être abordée comme elle l’aurait été auparavant.
Le pays navigue en pleine tempête géopolitique. Le prochain scrutin ne départagera donc pas seulement des programmes économiques ou sociaux : les électeurs devront choisir une orientation stratégique, une conception de la sécurité et, plus largement, la trajectoire qu’ils souhaitent donner à l’État d’Israël.
C’est ici que se noue, à mes yeux, le véritable enjeu de cette élection.
Pour les partisans d’une ligne de fermeté nationale, dont je suis, un échec de la droite et un basculement du pouvoir vers la gauche feraient courir à Israël un risque majeur.
Une gouvernance davantage disposée aux concessions territoriales et plus sensible aux pressions diplomatiques occidentales pourrait, selon cette vision, affaiblir la posture de dissuasion du pays face à ses ennemis.
Dans un Moyen-Orient où les rapports de force demeurent déterminants, substituer à la fermeté sécuritaire une politique de compromis mal maîtrisée pourrait avoir des conséquences considérables.
Ce n’est donc plus, à mes yeux, un simple choix entre deux programmes. C’est un arbitrage entre deux conceptions de l’avenir d’Israël et de la manière d’assurer sa pérennité en tant qu’État juif et souverain.
Choisir
Face à ce carrefour historique, la sagesse d’un peuple réside dans sa capacité à distinguer le bruit de la réalité du terrain.
L’histoire d’Israël montre que sa force n’a jamais dépendu des validations extérieures, mais de sa capacité à maintenir sa cohésion, sa détermination et sa souveraineté.
Le défi des prochaines élections ne sera donc pas seulement de glisser un bulletin dans l’urne. Il sera de choisir la manière dont Israël entend affronter les années qui viennent.
Même si j’ai la politique en horreur, je conseille de ne pas miser sur un cheval sans expérience antérieure, qui ignorerait tout des rouages du pouvoir, mais de remettre les rênes de l’État à celui qui vient de subir le « baptême d’un feu implacable » et qui, selon moi, en a tiré ses conclusions, sa maturité et sa force.
VIVE BIBI.


