Le dépouillement est achevé, mais aucune majorité de gouvernement n’est constituée. Avec 53 sièges, le camp Netanyahou reste minoritaire ; face à lui, les 48 élus du changement et les 19 députés des listes arabes ne forment pas une coalition. Soutien extérieur, refus de Liberman, conditions d’Eisenkot, négociations ultraorthodoxes : avant la remise officielle des résultats à Isaac Herzog, le 4 novembre, voici les accords nécessaires — et les concessions qu’ils exigeraient.
Le dépouillement est terminé, mais la succession reste ouverte. Les partis arabes proposent leur soutien, Eisenkot maintient ses conditions, Liberman oppose ses refus et les ultraorthodoxes réservent leur décision. Derrière les tractations se jouent trois batailles distinctes : contrôler la Knesset, obtenir l’investiture d’un gouvernement, puis réussir à gouverner.
Les élections ont affaibli le camp de Benyamin Netanyahou sans donner à ses adversaires une formule de gouvernement immédiatement praticable. C’est cette double réalité qui commande désormais la vie politique israélienne.
Netanyahou conserve le premier parti du pays et reste Premier ministre. Eisenkot peut revendiquer l’existence d’une majorité opposée au gouvernement sortant. Mais cette majorité rassemble des formations qui ne s’accordent ni sur leurs partenaires ni sur les concessions acceptables.
Le problème n’est plus de compter les sièges. Il est de savoir quels élus accepteront de voter ensemble, sur quoi et pour combien de temps.
Les résultats : un décompte achevé, une validation encore attendue
FormationSiègesLikoud27Yashar, Gadi Eisenkot21B’Yachad, Naftali Bennett et Yaïr Lapid12Liste commune11Les Démocrates8Ra’am8Israël Beiteinou7Judaïsme unifié de la Torah7Otzma Yehudit7Shas6Sionisme religieux–Zehut6
Le bloc Netanyahou totalise 53 sièges, le bloc du changement 48, les deux listes arabes 19. La participation annoncée atteint 77,9 %.
Les bulletins à double enveloppe ont été comptés. Ces chiffres correspondent au dépouillement achevé, et non aux estimations de sortie des urnes. Leur remise officielle au président Isaac Herzog est prévue le 4 novembre, après les dernières vérifications. La nouvelle Knesset doit être installée le 10 novembre. www.timesofisrael.com
Tibi offre des voix ; Jabareen précise les contreparties
Ahmad Tibi propose que la Liste commune facilite une alternative à Netanyahou sans entrer au gouvernement. Il soutient le remplacement d’Amir Ohana à la présidence de la Knesset et une commission d’enquête d’État sur le 7-Octobre. Il promet aussi de ne pas soutenir une motion de défiance du Likoud contre le gouvernement espéré et de ne pas prendre l’initiative d’une dissolution.
Son président, Youssef Jabareen, affirme que des contacts préliminaires existent avec plusieurs formations d’opposition. Ses demandes portent sur la lutte contre la criminalité dans les localités arabes, l’arrêt des démolitions de maisons et une voie diplomatique vers un État palestinien.
Mais Jabareen refuse de qualifier le Hamas d’organisation terroriste et maintient son opposition au service obligatoire dans sa forme actuelle.
Ce sont des positions déclarées et des contacts initiaux, pas un accord signé. Et les propos de Tibi n’engagent pas automatiquement les dix-neuf députés arabes : la Liste commune et Ra’am restent deux formations distinctes. The Times of Israel
Le soutien extérieur ne serait donc pas gratuit politiquement. Ne pas demander de ministère ne signifie pas renoncer à peser sur l’action du gouvernement.
Les conditions d’Eisenkot rencontrent un obstacle concret
Eisenkot réaffirme quatre principes pour ses partenaires :
Israël comme État juif, démocratique, libéral et égalitaire ;
respect des valeurs de la Déclaration d’indépendance ;
service militaire, national ou civil pour tous ;
reconnaissance du Hamas comme organisation terroriste et démantèlement de son pouvoir militaire et gouvernemental à Gaza.
Ces conditions existaient avant le scrutin. Sa porte ouverte à tout député qui les accepterait ne constitue donc pas, à elle seule, un revirement.
La difficulté apparaît désormais clairement : certaines positions de Jabareen se heurtent à ces exigences. Et une question reste sans réponse publique suffisante : quelles obligations seraient imposées aux partis qui permettraient au gouvernement d’exister sans en être membres ?
Il ne suffit pas de distinguer partenaires ministériels et soutiens parlementaires. Il faut expliquer comment leurs désaccords seraient traités lors des décisions essentielles.
Liberman et Bennett détiennent aussi des moyens de blocage
Yaïr Golan défend la coopération avec les formations arabes. Liberman refuse un gouvernement dépendant de leur soutien. Bennett reste réticent à une formule dont il redoute notamment la fragilité, selon les informations rapportées par Ynet.
L’obstacle n’est donc pas seulement d’obtenir des voix arabes. Il faut conserver celles des partenaires du changement. De même, la piste ultraorthodoxe se heurte à leurs engagements sur le service militaire. ynetnews.com
L’arithmétique révèle le problème : sans les sept élus de Liberman, les partis du changement passent de 48 à 41 sièges. Même avec les dix-neuf élus arabes, le total serait de 60.
Cela ne ferme pas juridiquement toute possibilité d’investiture : une abstention n’équivaut pas à un vote contre. Mais cela interdit de présenter les 67 sièges comme une majorité déjà constituée.
Les partis arabes peuvent apporter des voix décisives. Ils ne peuvent, à eux seuls, résoudre les désaccords entre leurs partenaires potentiels.
La Knesset pourrait devenir le premier terrain d’affrontement
Avant même de former un gouvernement, l’opposition veut remplacer Amir Ohana à la présidence de la Knesset.
L’enjeu est concret : peser sur l’organisation des travaux parlementaires, les votes et les commissions pendant que Netanyahou reste à la tête du gouvernement sortant. Plusieurs candidatures circulent, mais les informations vérifiées ne permettent pas de présenter un candidat commun et le soutien de tous les partenaires comme définitivement acquis. www.jpost.com
Ce vote fournirait un premier test de coopération. Il ne réglerait pas les autres.
Une majorité peut se former pour désigner un président de la Knesset et se diviser sur le service militaire, une orientation diplomatique ou un budget. Une majorité sur un vote n’est pas encore une majorité pour gouverner.
Les ultraorthodoxes : une possibilité, aucun ralliement acté
La piste d’un soutien ou d’une abstention ultraorthodoxe reste évoquée. Mais la réunion des représentants de Degel HaTorah avec leurs rabbins s’est achevée sans décision sur le candidat à recommander, selon Ynet. Il n’y a donc pas de ralliement confirmé à Eisenkot. www.ynet.co.il
Cette hypothèse déplacerait le compromis vers une autre question centrale : le statut des étudiants de yeshiva et le partage des obligations de service.
Changer de partenaire potentiel ne fait pas disparaître le prix d’un accord. Cela change les concessions à négocier.
L’enquête électorale : deux dossiers à ne pas confondre
Le premier dossier concerne des soupçons d’ingérence étrangère, examinés par le Shin Bet avec le concours du Mossad. L’enquête ne constitue pas une preuve de financement illicite attribuable au Qatar ou à la Turquie. La Commission électorale a indiqué qu’elle ne devait pas affecter les résultats remis au président. Les informations sur son contenu doivent rester distinguées des conclusions officielles, encore attendues. N12
Le second dossier concerne des personnes soupçonnées d’achat de voix en faveur de Ra’am. Selon Israel Hayom, une audience est annoncée ce dimanche à midi ; une remise en liberté assortie de restrictions est envisagée après l’insuffisance des éléments réunis rapportée par le journal. À l’heure de ce point, cette perspective ne doit pas être présentée comme une décision déjà rendue. Une libération ne signifierait pas davantage, à elle seule, un classement définitif. היום
Les soupçons doivent être vérifiés. Ils ne peuvent servir de résultat de remplacement. Et les actes éventuellement reprochés à certaines personnes ne permettent pas d’incriminer une communauté électorale entière.
Les scénarios encore ouverts
ScénarioCe qu’il exigeSon obstacle principalGouvernement Eisenkot soutenu par les partis arabesAccord des partenaires du changement et garanties des soutiens extérieursRefus internes et divergences politiquesGouvernement facilité par les ultraorthodoxesSoutien ou abstention négociésService militaire et engagements de campagneGouvernement d’unionAccord sur le leadership, le programme et la compositionPromesses contradictoires et défianceÉlargissement du camp NetanyahouNouveaux partenaires ou transferts de soutienAucun apport décisif confirméNouvelles électionsÉchec des procédures de formationProlongation de l’incertitude
À titre de calcul, le Likoud, Yashar, B’Yachad et Israël Beiteinou réuniraient 67 sièges. Mais une combinaison numérique ne vaut pas négociation aboutie. Le camp Netanyahou, lui, a besoin de huit sièges supplémentaires pour atteindre la majorité absolue.
Un retour exceptionnel à l’élection directe du Premier ministre a également été évoqué. Cette hypothèse demanderait de modifier les règles : elle n’est ni adoptée ni immédiatement disponible. Elle ne garantirait pas davantage au vainqueur une majorité pour sa politique.
Ce qui va se passer maintenant
Après la publication officielle des résultats, le président consulte les formations et dispose de sept jours pour confier une première mission de formation.
Le candidat reçoit 28 jours, avec une prolongation possible de 14 jours. Un deuxième candidat peut ensuite disposer de 28 jours. Si cette étape échoue ou n’est pas engagée, une période de 21 jours permet à 61 députés de proposer un candidat, auquel seraient accordés 14 jours. L’échec de la procédure conduit à de nouvelles élections.
Une nuance compte : l’investiture initiale peut être obtenue à la majorité des suffrages exprimés, grâce à des abstentions. En revanche, la défiance constructive exige 61 députés réunis autour d’un gouvernement de remplacement. Investir une équipe, empêcher son renversement et faire voter sa politique sont trois problèmes différents. main.knesset.gov.il
Netanyahou conserve entre-temps l’avantage de la fonction : son gouvernement continue jusqu’à l’entrée en fonctions d’un successeur. Il n’a pas besoin d’un nouvel accord pour rester provisoirement en place. Eisenkot doit, lui, construire celui qui lui permettra de le remplacer.
Voilà le véritable rapport de forces. Les partis arabes disposent d’un pouvoir de négociation majeur ; les partenaires du changement disposent, eux aussi, de moyens de blocage. La suite dépendra de leur capacité à définir un compromis qu’ils pourront expliquer à leurs électeurs — et tenir une fois au pouvoir.



