Le mot s’est imposé. L’accusation aussi. Richard Prasquier remonte leur histoire, en examine les usages et rappelle ce que le droit permet — ou non — d’affirmer.
«Ce qu’a fait Israël à Gaza est un million - je dis bien un million- de fois pire que la Shoah»
«Ce qu’a fait Israël à Gaza est un million - je dis bien un million- de fois pire que la Shoah», a déclaré Khaled Amin, rédacteur en chef du journal égyptien de référence, Al Goumouria, où il tient une rubrique historique. Une information à transmettre à Mme Adèle Haenel pour qu’elle mette à jour sur des bases scientifiques ses vomissures contre Israël.
Aujourd’hui, dire ou écrire que Israël commet un génocide est un prérequis indispensable pour être labélisé dans le camp du bien et recevoir la récompense symbolique et puissante d’un assentiment collectif. Déroger à cette exigence, c’est risquer l’ostracisme, l’exclusion du groupe Watsapp , des activités entre copains, des soirées d’étudiants ou des discussions près de la machine à café. Il ne faut pas en rire, c’est pour beaucoup, et notamment pour les jeunes, une solitude difficile à supporter, et pour l’éviter, vient la tentation de relayer l’accusation, surtout si on pense qu’on n’y connait pas grand chose et qu’au fond, il n’y a pas de fumée sans feu…
Un slogan en lieu de programme correspond à notre société d’immédiateté et de superficialité. D’autres ont eu leur succès et sont encore disponibles: état colonial et état d’apartheid sont des classiques, famine a beaucoup servi mais est moins en vogue aujourd’hui.Non pas qu’on s’intéresse enfin aux vrais foyers de famine dans le monde, mais le mot sonne moins bien que génocide. Et puis des famines, il y en a eu beaucoup dans l’histoire, tandis que génocide, ça neutralise la Shoah, cet événement que certains voient avant tout un privilège juif insupportable.
Appliquer le mot génocide à Israël remonte à la création de l’Etat, 1948. Le précurseur fut Maurice Bardèche, un intellectuel collaborateur, père du négationnisme français et correspondant du groupe de SS réfugiés en Egypte et convertis à l’Islam. Comme eux, il avait aussi des sympathies tiers-mondistes et la haine de l’Occident, un assemblage idéologique complexe où l’antisémitisme est un ciment bienvenu, que l’URSS a plus tard largement exploité.
Après les massacres perpétrés par les phalanges chrétiennes à Sabra et Chatila, Israël, dont les soldats n’avaient pas mis les pieds dans les camps, fut condamné pour génocide par 122 pays de l’Assemblée Générale des Nations Unies. Parmi eux le Cambodge dont les dirigeants avaient impunément massacré deux millions de leurs concitoyens.
En 1982 le même Bardèche écrit que l’’extermination systématique des Palestiniens est un authentique génocide. Le nombre d’Arabes palestiniens a été multiplié par plus de cinq depuis 1948, le nombre de Gazaouis a doublé depuis l’an 2000. Israël serait un génocidaire fort peu efficace…
C’est un historien d’origine israélienne, Raz Segal, qui a alerté le premier sur un génocide à Gaza. C’était le 13 octobre et Israël n’avait pas encore mis le pied dans l’enclave. Une aubaine pour l’Afrique du Sud qui a repris l’accusation à la Cour internationale de Justice fin décembre 2023.
C’est la Cour Internationale de Justice, et elle seule, qui est habilitée à conclure si un pays a commis ou non un génocide. La CPI ne juge que des individus, et les instances de l’ONU ne délivrent dans ce domaine que des opinions, largement biaisées par la composition de l’Assemblée Générale où 56 Etats sont musulmans. La haine de Mme Albanese envers Israël y a facilité sa carrière et les organisations de l’ONU ne sont pas des lieux légitimes de validation du terme.
Un remarquable dossier sur l’accusation de génocide contre Israël a été publié par le Droit de Vivre, le journal de la LICRA. Les conclusions en sont formelles: il n’y pas de motif juridique pour accuser Israël de génocide.
Deux considérations sont ici fondamentales.
D’abord, la CIJ n’a pas encore statué. Elle a déterminé que l’instruction du dossier était justifiée. C’est le sens du mot «plausible» , et la CIJ n’a nullement suggéré, encore moins déclaré qu’un génocide était plausible. Plusieurs juges de la CIJ, dont la présidente, ont insisté sur cette distinction essentielle.
Ensuite, la définition juridique de génocide exige la preuve de l’intentionnalité, le «dolus spécialis». Pour la prouver, on a pris des paroles de responsables israéliens dans l’émotion de l’après 7 octobre. Ainsi le Ministre de la Défense a qualifié au cours d’une réunion militaire les auteurs du 7 octobre de bêtes sauvages. Ce n’est pas une déshumanisation de l’ennemi, c’est la traduction d’une insulte yiddish bien connue, qui signifie qu’une personne s’est conduite comme un sauvage.
Sans intentionnalité, pas de génocide …
A ceux qui, sous influence du martelage, utilisent ce terme en ignorant aussi bien l’idéologie proprement génocidaire du Hamas que les contraintes de la guerre en général et de la guerre dans les tunnels en particulier, Il faut expliquer.
Contre ceux qui l’utilisent comme outil politique, il est inutile de le faire. Ce qu’ils font s’appelle une diffamation et devrait relever d’une sanction pénale.


