Le président israélien Isaac Herzog a annoncé samedi soir qu’il confierait à Gadi Eisenkot la première tentative de formation du gouvernement. Recommandé par des partis représentant 67 députés, l’ancien chef d’état-major ne dispose pas pour autant d’une coalition. La place des partis arabes, les exigences d’Avigdor Liberman et l’attitude des formations ultraorthodoxes seront décisives.
Israël : Herzog choisit Eisenkot, mais la bataille pour former une majorité commence
Le président israélien Isaac Herzog a annoncé samedi soir qu’il confierait à Gadi Eisenkot la première tentative de formation du gouvernement. Recommandé par des partis représentant 67 députés, l’ancien chef d’état-major ne dispose pas pour autant d’une coalition. La question des partis arabes, les exigences d’Avigdor Liberman et l’attitude des formations ultraorthodoxes seront décisives.
Gadi Eisenkot aura le premier la possibilité de mettre fin au gouvernement de Benyamin Netanyahou. Le président Isaac Herzog l’a informé samedi 7 novembre de sa décision de le charger de former le prochain gouvernement israélien. La remise officielle du mandat est prévue dimanche à 17 heures à Jérusalem, soit 16 heures à Paris. www.walla.co.il
L’annonce marque une étape dans la crise politique ouverte par les élections législatives du 27 octobre. Elle ne règle cependant pas la question centrale : avec qui Eisenkot pourra-t-il gouverner ?
Lors des consultations menées par le président, les formations qui l’ont recommandé représentent 67 des 120 députés de la Knesset. Celles qui ont proposé le maintien de Benyamin Netanyahou en représentent 46. Les sept élus de Judaïsme unifié de la Torah, allié traditionnel du Premier ministre sortant, n’ont recommandé aucun candidat. www.walla.co.il
Ces chiffres décrivent les recommandations adressées au président. Ils ne dessinent pas encore une majorité prête à voter la confiance à un gouvernement.
Les partis arabes au cœur de l’équation
Les quatre formations du bloc de Gadi Eisenkot disposent ensemble de 48 sièges. Pour parvenir aux 67 recommandations, il a fallu y ajouter les 19 élus des deux listes arabes, Ra’am et la Liste commune.
Leur soutien a donc pesé dans la décision présidentielle. Mais recommander un candidat pour former un gouvernement ne signifie pas automatiquement entrer dans sa coalition, ni même garantir son soutien à un gouvernement dont la composition et le programme restent à négocier. www.everycrsreport.com
C’est là que commence la difficulté politique. Eisenkot a posé plusieurs conditions aux formations qui rejoindraient un gouvernement sous sa direction : reconnaître Israël comme État juif et démocratique, accepter les valeurs de sa déclaration d’indépendance, soutenir une obligation de service pour tous et reconnaître le Hamas comme une organisation terroriste dont les capacités militaires et le pouvoir doivent être démantelés. www.israelhayom.co.il
La question n’est donc pas seulement de savoir si les partis arabes peuvent contribuer à écarter Netanyahou. Elle est de savoir quel rôle Eisenkot leur demanderait, quelles conditions il leur imposerait et ce que ses propres partenaires accepteraient.
L’autre piste : les ultraorthodoxes
Une autre possibilité passerait par un rapprochement avec Judaïsme unifié de la Torah. La formation, longtemps associée au camp Netanyahou, a refusé de le recommander au président.
Mais cette piste rencontre un obstacle majeur : la conscription des ultraorthodoxes. Avigdor Liberman, chef d’Israël Beitenou et partenaire du bloc Eisenkot, défend depuis longtemps une ligne ferme sur cette question. Selon la chaîne israélienne 12, il serait néanmoins ouvert à une coopération avec Judaïsme unifié de la Torah. Cette possibilité reste à transformer en accord, notamment sur le service militaire.
Une addition de sièges ne suffira pas. Un gouvernement durable devra réunir des partis qui ne s’accordent ni sur la place de la religion dans l’État ni sur les concessions acceptables pour obtenir l’alternance.
Netanyahou appelle à l’union nationale
Benyamin Netanyahou ne renonce pas. Samedi, avant l’annonce du choix présidentiel, le Premier ministre sortant a appelé à la formation d’un gouvernement d’union nationale et mis en garde contre un gouvernement qu’il accuse de pouvoir s’appuyer sur des soutiens du terrorisme, visant manifestement les partis arabes. apnews.com
La réponse du camp Eisenkot sera déterminante : accepter une négociation avec le Likoud, et à quelles conditions ? Ou chercher une autre combinaison pour mettre fin à la direction de Netanyahou ? Les dirigeants du bloc du changement ont jusqu’ici rejeté l’idée d’un gouvernement d’union avec le Premier ministre sortant.
En attendant la formation et l’investiture d’un nouveau gouvernement, Netanyahou demeure Premier ministre à la tête du gouvernement sortant.
Vingt-huit jours pour convaincre
Une fois le mandat officiellement remis, Gadi Eisenkot disposera de 28 jours pour tenter de former son gouvernement. Une prolongation de 14 jours est possible. www.walla.co.il
Le président Herzog lui ouvre donc la porte ; il ne lui apporte pas les voix qui lui manquent. Entre un bloc de 48 sièges, des partis arabes devenus indispensables dans les recommandations présidentielles et des ultraorthodoxes dont le choix pourrait modifier l’équilibre, Eisenkot doit maintenant passer des promesses d’alternance à un accord de gouvernement.
La distinction sera décisive dans les prochains jours : avoir été recommandé par 67 députés ne signifie pas disposer de 67 députés prêts à gouverner ensemble.


