Dix jours après les législatives du 27 octobre, Israël connaît la composition de sa nouvelle Knesset, mais toujours pas celle de son prochain gouvernement. Gadi Eisenkot a recueilli 67 recommandations parlementaires contre 46 pour Benyamin Netanyahou. Pourtant, aucune coalition n’est constituée. Isaac Herzog doit désigner dimanche le député chargé de tenter de former un gouvernement. Retour sur un scrutin dont les conséquences politiques restent ouvertes.
HaBayta — La Rédaction | 6 novembre 2026
Les Israéliens ont voté le 27 octobre. Les résultats officiels ont été remis au président Isaac Herzog le 4 novembre. Les consultations des partis se sont achevées le lendemain.
Et pourtant, au soir du 6 novembre, Israël ne sait toujours pas qui formera son prochain gouvernement.
Ce n’est plus une question de dépouillement. C’est une question de majorité.
Les résultats : trois ensembles, aucune majorité
La nouvelle Knesset compte 120 députés. Il en faut 61 pour disposer d’une majorité absolue.
Le Likoud de Benyamin Netanyahou reste le premier parti, avec 27 sièges. Yashar, la formation de Gadi Eisenkot, en obtient 21.
Dans la répartition politique issue du scrutin, le bloc associé à Netanyahou totalise 53 sièges, celui de ses adversaires 48, tandis que les deux listes arabes en réunissent 19.
Cette arithmétique contient toute la difficulté.
Netanyahou ne dispose plus d’une majorité avec ses alliés habituels. Eisenkot ne peut davantage gouverner avec les seules formations qui composent son bloc.
Les 19 députés arabes occupent donc une place décisive dans les équilibres parlementaires. Mais cette importance numérique ne signifie pas automatiquement qu’ils participeront au prochain gouvernement.
Le retournement des consultations
Les consultations organisées par Isaac Herzog ont produit un résultat politiquement spectaculaire.
Les formations représentant 67 députés ont recommandé que Gadi Eisenkot soit chargé de former le gouvernement. Celles représentant 46 députés ont recommandé Benyamin Netanyahou.
Les sept élus du Judaïsme unifié de la Torah n’ont recommandé aucun des deux candidats.
Eisenkot a ainsi obtenu une majorité de recommandations, sans disposer pour autant d’une majorité gouvernementale déjà négociée.
La distinction est fondamentale.
Recommander un candidat au président de l’État signifie souhaiter qu’il reçoive le premier mandat de formation. Cela ne constitue pas nécessairement un engagement à entrer dans son gouvernement, à voter sa confiance ou à soutenir durablement sa politique.
Cette ambiguïté concerne notamment les partis arabes, dont les recommandations ont pesé dans le résultat des consultations.
L’une des grandes questions des jours à venir sera donc de savoir si le soutien exprimé au moment des consultations peut se traduire en accord parlementaire.
Herzog devant une responsabilité inhabituelle
Jeudi 5 novembre, Isaac Herzog a reconnu publiquement la difficulté de la situation.
Le résultat des recommandations semble clair. Mais les refus de coopération entre certaines formations, et parfois au sein d’un même ensemble politique, compliquent considérablement la recherche d’une coalition.
Le président ne doit pas simplement désigner le candidat ayant recueilli le plus grand nombre de recommandations. Il doit apprécier lequel est susceptible de parvenir à former un gouvernement.
Herzog a annoncé de nouvelles conversations avec des responsables politiques avant de faire connaître sa décision dimanche 8 novembre.
Il a également appelé les partis à dépasser leurs engagements les plus rigides pour rechercher une solution stable.
Ce langage traduit une préoccupation institutionnelle : éviter qu’un scrutin organisé pour départager les forces politiques débouche sur une nouvelle impasse.
Le problème des alliances
Les résultats ont mis en évidence un déplacement des rapports de force, mais ils n’ont pas fait disparaître les incompatibilités politiques.
Pour Eisenkot, la difficulté consiste à transformer des soutiens hétérogènes en majorité de gouvernement.
Pour Netanyahou, il s’agit de trouver des partenaires supplémentaires alors que son bloc traditionnel demeure en dessous du seuil des 61 sièges.
Plusieurs scénarios peuvent être discutés : une coalition élargie, des accords de soutien parlementaire sans participation gouvernementale, ou des arrangements entre formations qui s’étaient jusqu’ici opposées.
Mais aucun de ces scénarios ne peut être présenté aujourd’hui comme un accord conclu.
Le véritable événement politique du moment n’est donc pas seulement le recul parlementaire de Netanyahou ni le nombre de recommandations obtenues par Eisenkot.
C’est la difficulté, pour les deux camps, à convertir le résultat électoral en capacité de gouverner.
L’enquête sur les soupçons d’ingérence : une question distincte
À cette incertitude politique s’ajoute une autre affaire, particulièrement sensible.
Des soupçons d’ingérence étrangère et d’irrégularités électorales ont conduit à l’ouverture d’investigations auxquelles participe le Shin Bet.
Benyamin Netanyahou a publiquement évoqué de graves soupçons d’interventions financières étrangères destinées à influencer le scrutin.
Ces accusations doivent être prises au sérieux et examinées par les autorités compétentes.
Mais il faut distinguer trois réalités : l’existence de soupçons, l’ouverture d’une enquête et l’établissement de faits susceptibles d’avoir altéré les résultats.
À ce stade, la Commission centrale électorale a validé les résultats. Les éléments publiquement établis ne permettent pas d’affirmer qu’une fraude aurait modifié l’issue du vote.
Le président Herzog a appelé à laisser les investigations suivre leur cours, tout en mettant en garde contre les accusations collectives visant les électeurs arabes.
L’intégrité électorale exige des enquêtes rigoureuses. Elle exige aussi de ne pas présenter comme démontré ce qui demeure à établir.
Dimanche, une première réponse, pas nécessairement une solution
La décision annoncée pour le 8 novembre constituera la prochaine étape majeure.
Le député désigné par Isaac Herzog recevra la mission de rechercher une majorité. Cette désignation ne signifiera pas qu’il est déjà parvenu à former un gouvernement.
Il faudra ensuite négocier des accords, répartir des responsabilités, rapprocher des programmes et surmonter les refus de coopération.
Pendant ce temps, Benyamin Netanyahou demeure Premier ministre sortant.
Israël se trouve ainsi dans une situation singulière : le verdict électoral est connu, les consultations présidentielles ont révélé un rapport de force nouveau, mais la question du pouvoir reste entière.
Le scrutin du 27 octobre a redistribué les cartes.
Il n’a pas encore désigné ceux qui pourront jouer ensemble.
La Rédaction de HaBayta
Sources de vérification : résultats officiels de la 26e Knesset ; déclaration d’Isaac Herzog du 4 novembre ; compte rendu de ses consultations du 5 novembre ; Associated Press, 4 novembre ; Reuters et presse israélienne, 5-6 novembre 2026.


